Interview – Jacco Gardner, enfant d’un autre temps

Jacco Gardner a 25 ans, possède de multiples talents qu’il a autrefois mis à contribution au sein de divers groupes, jusqu’à prendre le taureau par les cornes en se lançant dans une carrière solo. La suite, beaucoup d’entre vous la connaissent: un premier album « Cabinet Of Curiosities » encensé de toute part qui fera finalement de son auteur un des incontournables newcomers de l’année 2013. Le jeune homme passait cet été à Saint Malo à l’occasion de La Route du Rock, là ou nous l’avons rencontré le temps de lui poser quelques questions.

En février, tu as sorti « Cabinet of Curiosities », un premier album très bien reçu par la critique comme par le public. Que s’est-il passé pour toi depuis?

Jacco Gardner: Ça a été une grande surprise pour moi. Je n’avais pas spécialement d’attente au départ étant donné que c’était le premier projet que je publiais en solo. J’avais déjà sorti quelques trucs avec un autre groupe, mais personne ne connaissait Jacco Gardner jusqu’à il y a quelques mois. J’ai donc été pris par surprise. Evidemment, quand on sort un disque, on a toujours envie d’attirer l’attention des médias et du public. J’avais l’espoir que « Cabinet of Curiosities » plaise mais là, pour le coup, ça a été inattendu pour moi qu’il reçoive un si bon retour. Je ne vais pas m’en plaindre! J’étais satisfait du travail accompli, et c’est toujours gratifiant quand on salue ton boulot.

On t’a rapidement associé à des références telles que The Zombies, Curt Boettcher du fait de ce côté pop baroque à influence psychédélique… Les revendiques-tu de ton côté?

Pour moi, « Odissey & Oracles » de The Zombies est l’un des tous meilleurs disques sortis dans les sixties. J’aime aussi beaucoup ce qu’ils ont fait avant, mais les orchestrations de certaines chansons de leur chef d’oeuvre ont eu un impact sur ma façon de penser la musique. Un artiste come Curt Boettcher a également eu une très grande importance pour moi musicalement parlant. J’aime tout ce qu’il a sorti, ses deux premiers disques – « The GoldeBriars » et « The Ballroom » – sont de véritables influences pour moi. Tout comme Billy Nicholls, un type qui – à 18 ans – a publié un album intitulé « Would You Believe ». Ça aurait pu être la réponse anglaise au « Pet Sounds » des Beach Boys, mais il n’a pas eu la chance de rencontrer le succès. C’est aussi un nom qui revient souvent quand je cite mes influences.

Syd Barrett est également un nom qui revient souvent dans la presse quand on parle de toi… C’est la référence la plus simple si on ne bosse pas trop le dossier Jacco Gardner…

Étant donné que Syd Barrett est certainement mon influence la plus « mainstream », je comprends que les gens prennent ce raccourci. Ça ne me dérange pas car ils ne connaissent ni Billy Nicholls, ni Curt Boettcher. Du coup, quand quelqu’un me dit que mon son ressemble au leur, je suis agréablement surpris. C’est la même chose quand on me dit que je fais de la musique des années 60. On va toujours te parler des Beatles pour se référer à cette époque, alors que je ne suis pas particulièrement fan de ce qu’ils ont fait… C’est juste comme ça, j’accepte, ce n’est pas grave!

Y a t-il eu un moment déterminant dans ta jeune carrière où tu as vu que ta vie professionnelle allait tourner autour de la musique?

Non, il n’y a pas eu un événement en particulier qui me fasse réaliser que j’allais vivre de ça. Je n’ai pas eu de flash du genre « oh mon Dieu, c’est vraiment en train de se passer« . Ça s’est fait petit à petit, sans anticiper quoi que ce soit. J’ai pris les choses positivement quand elles se présentaient. Ça m’a fait grandir musicalement et professionnellement, mais je n’ai jamais vécu un tournant radical me laissant penser que j’allais faire de ça ma vie.

Tu es un type plutôt Do It Yourself: tu composes, tu joues de quasiment tous les instruments sur ton disque, tu produis… Ne crois-tu pas qu’il est parfois bon de collaborer pour avoir une autre vision, extérieure et objective, de ton travail?

C’est important pour moi de rencontrer et de parler musique avec d’autres personnes. Cela permet de faire des découvertes. Par exemple, les nouveautés que j’écoute en ce moment m’ont été conseillé. C’est toujours important car ces disques ont une influence sur moi, ils peuvent faire évoluer ma musique. Mais je n’ai pas de besoin d’être entouré pour composer, je préfère bosser seul là-dessus. En revanche, une fois le travail terminé, je peux avoir besoin d’amis pour qu’ils me donnent leur avis, particulièrement sur l’ordre des chansons. Je connais trop bien mes morceaux, et j’ai parfois besoin de ce recul et des appréciations extérieures pour m’aider à trouver l’ordre adéquat du tracklisting.

Comment travailles-tu tes compositions? Commences-tu par les paroles, ou est-ce une mélodie qui va servir de déclencheur?

Ça change tout le temps, même si je remarque que je pars souvent des paroles. En elles-mêmes, elles contiennent une certaine mélodie lorsque tu les lis, un rythme qui semble s’imposer naturellement lors de la lecture. Du coup, le processus de transformation en musique est assez simple pour moi. Ecrire des paroles, je ne trouve pas ça facile, mais une fois que c’est fait, j’ai la sensation que les choses vont plus vite, que la musique s’impose presque d’elle même…

Tu es hollandais, tu chantes en anglais… Est-ce que tu as du faire un choix à un moment, ou est-ce tout à fait naturel pour toi étant donné tes influences?

C’est complètement naturel, je ne sais pas vraiment pourquoi. Ça doit remonter à mon enfance, je regardais Cartoon Network déjà très jeune, ces dessins animés en anglais, sous-titrés en hollandais. Apprendre l’anglais a toujours été un truc facile pour moi quand j’étais petit, c’est la matière dans laquelle j’avais mes meilleures notes. Je pensais même en anglais à partir d’une certain âge. Cela vient aussi très certainement de mes racines familiales: je suis anglais à 25% (sourire), c’est peut-être quelque chose dont j’ai hérité de façon plus ou moins consciente. J’ai déjà essayé de chanter en hollandais, pour rire, cela fonctionnait pas trop mal, mais je ne me sentais pas du tout à l’aise au final…

Il n’y a finalement que très peu d’artistes de ton pays connus au niveau international. Penses-tu qu’il soit plus compliqué de percer en étant hollandais?

Les artistes hollandais qui ont du succès à l’étranger sont majoritairement des DJs, ou des artistes de musique électronique. En ce qui concerne les groupes, rien de comparable avec la France, la Suède, l’Islande ou même la Belgique: aucun n’est vraiment réputé. Dans mon cas, le fait que ma musique ne sonne pas hollandaise a du m’aider. Ce n’est pas volontaire, c’est juste une question de background musical. Aucune stratégie opportuniste là dedans…

Est ce que certains artistes hollandais ont quand même eu une influence sur toi à un moment donné de ta vie? Quelques uns des années 60 par exemple…

Oui, il y en a quelques-uns de cette époque qui me plaisent, des formations comme The Golden Earring ou Q65. J’ai même fait un travail d’investigation sur ce dernier, un groupe garage des années 60. Mes recherches portaient sur la technique de production qu’ils utilisaient, ce qu’il se passait en studio, le matériel qu’ils utilisaient, leurs micros… J’ai appris beaucoup de cette étude. Donc oui, finalement, je peux dire que ce groupe a eu une influence sur la façon d’aborder l’enregistrement de mon album, c’est certain…

Tu joues de toutes sortes d’instruments sur ton disque: de la harpe, du mellotron… Des instruments qui semblent quasiment complètement oubliés dans la musique pop moderne…

C’est justement une bonne raison pour moi de les utiliser de nouveau. Ça me transporte en quelques sortes vers une époque que je n’ai évidemment pas pu connaitre. On n’entend pas ce genre d’instrument non plus à la radio. Ils sont superbes, viennent d’un autre temps, d’une toute autre époque. Je les trouve très attirants au niveau visuel également. On les utilise peu maintenant, c’est certain, mais raison de plus pour moi de les inclure comme une partie fondamentale de mes orchestrations. C’est peut-être ce genre de choses qui finalement aide à définir mon son et ma musique…

Que retiens-tu de cette année qui a du être plus qu’importante pour toi?

Il s’est passé tellement de choses. Jusque là, ça a vraiment était incroyable, souvent surprenant… Mais il y a un moment qui me revient souvent en mémoire, c’est le concert que l’on a fait à la Flèche d’Or à Paris. C’était le jour de mon anniversaire, le show était sold out, dans une salle superbe. Il s’est passé un truc ce soir là, on a joué comme jamais sur scène, on a certainement fait notre meilleur concert là-bas. C’est ça, en définitive: on continue à faire ce qu’on aime, à une échelle un peu plus importante chaque fois, et c’est vraiment satisfaisant.

Nous sommes à La Route Du Rock. Es-tu toi-même un adepte de festivals en tant que spectateur?

Je n’assiste pas vraiment à des festivals, j’y joue simplement. Quand j’étais plus jeune, avant d’être musicien, je n’y assistais pas non plus vu que j’écoutais principalement de la musique des sixties dont la plupart des groupes n’existent plus, sont complètement oubliés, ou n’ont pas leur place dans des festivals. De toutes façons, même si ces artistes pouvaient encore jouer dans ce genre d’événement, j’imagine que ça ne donnerait pas grand chose tant ils ont vieilli… Mais là, pendant que j’y suis, j’aimerais voir Tame Impala, Allah-Las, ou encore Moon Duo

Les festivals sont donc ton « Summer’s Game » préféré?

(rires) Oui, je crois qu’on pourrait dire ça, en effet… La Route du Rock, c’est certainement le meilleur plan que j’ai pu avoir pour l’été… J’ai de grands souvenirs d’enfance de vacances d’Été, je partais avec des amis en camping, on faisait un feu le soir, on s’amusait… J’y pense parfois avec mélancolie, j’adorerais refaire ce genre de truc.

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