Interview : J Live (12-2002)

Comment as-tu abordé ton dernier album « All Of The Above » par rapport à « The Best Part »?

J Live: « All Of The Above » est sorti en avril dernier alors que « The Best Part » est sorti en 1999. J’ai donc eu quelques années pour mûrir. En fait, ce dernier album comprend tout ce que j’ai pu apprendre de ma première expérience.

Peux tu nous rappeler comment tu as débuté au sein de la scène hip hop?

J’ai commencé à chanter lorsque je devais avoir douze ans et j’ai débuté le deejaying à peu près à la même période. Lors de ma deuxième année de lycée, en 1995, j’ai sorti mon premier maxi sur un bon label indépendant. En 1996, j’ai commencé à donner quelques concerts, puis j’ai commencé à travailler sur mon premier album qui est sorti en 1999 après que le label ait enfin trouvé un distributeur.

Justement, « The Best Part » est d’abord sorti en bootleg…

Cela a mis du temps à sortir car le label a fait faillite juste après que le disque ait été fabriqué. C’est pourquoi des gens ont réussi à l’obtenir. Il a ensuite été vendu par le biais d’internet et chez quelques disquaires spécialisés. Mais il a quand même réussi à sortir officiellement en 1999.

Peux tu nous présenter Coup d’Etat, ton label?

Le label s’est monté à New York grâce à quelques personnes qui bossaient auparavant pour 75 Ark. Cela ne fait que commencer donc il n’y a pas encore beaucoup de choses au catalogue mais je pense que cela va venir. Pour l’instant, il n’y a que moi et Mc Paul Barman qui vient de sortir son album. Je ne sais pas vraiment pourquoi ils ont choisi un nom français pour leur structure, peut être par simple désir d’originalité vis-à-vis de la scène hip hop indépendante. Je ne sais pas non plus qui est la fille avec le drapeau sur leur logo. Je sais que cela représente un symbole assez fort.

Comment te situes tu par rapport aux radios? Est-ce que « Satisfied » va t’en ouvrir les portes ?

Je passe pas mal sur les colleges radios aux Etats Unis, et sur celles qui accentuent leur programme sur la scène indépendante. En ce qui concerne les grosses radios, je semble très peu les intéresser. Pour elles, je suis un artiste obscur et en plus elles se limitent à un certain nombre de morceaux par laps de temps. Il est donc assez difficile de s’y faire une place lorsque l’on appartient à la scène hip hop indépendante et encore plus lorsqu’on est sur un label comme Coup d’Etat qui a tout à prouver et qui n’a pas un gros capital.

Est-ce que le reggae est une grosse influence pour toi?

Oui, à une époque je faisais un peu de dancehall puis en grandissant, j’en suis venu au dub et au ska. Cela s’illustre aujourd’hui sur un morceau comme « Satisfied ». J’aime bien ce genre de morceau, qui possède un message conscient comme il y en a beaucoup dans la scène reggae.

Où en es-tu avec les Lone Catalysts?

Je suis toujours avec eux mais J Rawls est de Colombus et J Sands est de Pittsburgh, il est donc assez difficile pour nous de nous réunir régulièrement. J’ai pas mal travaillé avec J Rawls dans le passé et je compte bien rééditer cela dans le futur.

Quel est ton regard sur le hip hop commercial?

Je pense qu’il est nécessaire et qu’il a sa place. Il ne faut pas juger hâtivement. Moi, je préfère juger chaque personne plutôt que de généraliser. Il faut se méfier car les médias ont un rôle très important là dedans. Il y a des centaines de morceaux commerciaux qui sont réalisés tous les ans et les ondes en diffusent qu’une minorité. La jeunesse n’en connaît donc pas la majorité et n’écoute que ce qui passe en radio. Ils se mettent devant MTV après l’école et la chaîne propose les mêmes choses. Il y a trop peu de gens qui écoutent les college radios sur lesquelles des artistes comme moi passent. Tout cela, c’est du business et malheureusement ça passe avant ce qui vient du coeur. C’est le problème majeur. Mais il faut persévérer en tournant, en allant vers les gens, en leur ouvrant l’esprit. Le fossé va ainsi se réduire petit à petit entre le hip hop imposé et le hip hop de l’ombre. Ca va venir doucement mais sûrement.

Penses tu que cette commercialisation influe sur la façon de composer aujourd’hui?

En effet, certains artistes font maintenant de la musique pour faire partie de ce business. Le coeur parle moins maintenant que lorsque j’ai débuté. A cette époque, les artistes faisaient du hip hop parce qu’ils en étaient passionnés, pas parce qu’ils en attendaient des retours financiers ou autres. Et pour faire partie de ce business, il leur faut s’adapter musicalement à la tendance. Aujourd’hui le hip hop a perdu son côté alternatif et rebelle et est devenu conventionnel. A côté de ça, il y a des producteurs qui font du hip hop pur et dur, qui restent vrais et qui stagnent dans l’ombre de ces opportunistes.

Es tu un artiste qui expérimente ?

Quand j’étais jeune, j’écrivais tout le temps des textes. J’ai ensuite eu l’opportunité de composer, ce qui m’a permis d’adapter mes versions à mes textes, de créer des concepts différents. Grâce à cela, mes structures ont vraiment évolué et cette évolution m’autorise aujourd’hui à faire de la musique de manière souvent différente. J’utilise mon imagination autant que je le peux.

Quelle est ta définition du véritable Mc ?

Un vrai Mc doit être très professionnel. Il doit être un bon performer sur scène, un bon freestyler, écrire de bons textes, avoir des paroles puissantes, être carré sur les beats. Quand tu veux être un Master of Ceremony aujourd’hui, tu as plusieurs possibilités nées du fait que le hip hop a beaucoup évolué. Tu dois aussi être combatif et te mesurer à d’autres Mcs plus faibles ou plus forts que toi.

Vis tu du hip hop aujourd’hui ou continues-tu d’enseigner ?

Oui, je fais de la musique à plein temps maintenant. J’ai enseigné pendant deux ans après mes études dans des écoles de Brownsville et Brooklyn.

Peux tu nous donner tes cinq albums de tous les temps ?

Non, c’est une question beaucoup trop difficile et dont la réponse change à chaque journaliste qui me pose cette question. Il y en a tellement… Là, maintenant, je dirais les cinq qui me viennent à l’esprit, c’est-à-dire le « Second Nature » de All Natural, « All Of The Above » car je continue de l’écouter et d’en être fier, « Things Fall Apart » de The Roots, Slick Rick, « Fear Of a Black Planet » de Public Enemy.

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