Interview – J.Fernandez, meilleur technicien que Luis

Même s’il est bien connu des lieux souterrains de Chicago, ce n’est vraiment que l’an passé que J. Fernandez s’est fait un nom chez nous, d’abord avec son EP ‘Memorize Now‘, puis son premier album ‘Many Levels of Laughter‘. À l’occasion d’un concert au Phare de Limoges, le musicien s’est confié à nous dans la cuisine des lieux.

Lors de la rédaction des chroniques de ‘Memorize Now’ et ‘Many Levels of Laughter’, je n’avais guère trouvé beaucoup d’informations à ton sujet. As-tu beaucoup de secrets à cacher ?

J. Fernandez : Non, je pense être plutôt ouvert. Je ne pense pas cacher quoi que ce soit. Je ne pensais pas que les gens seraient vraiment intéressés. Pendant longtemps, j’ai travaillé à côté de la musique, d’une manière très commune. Je bossais pour une agence de pub et mon temps était assez restreint. La musique était juste mon passe-temps. J’ai toujours joué dans plein de groupes de potes, des projets d’autres gens. Jusqu’ici, cela s’est toujours passé comme ça.

Quand la musique est-elle devenue sérieuse pour toi ?

Pendant longtemps, il n’y avait pas de groupe à mes côtés pour les concerts. C’était juste moi et mes enregistrements. Je crois que pas mal de mes amis m’ont encouragé à m’entourer d’autres musiciens et j’ai commencé à jouer plus de concerts. Ça s’est fait très progressivement.

De fait, tu as quitté ton boulot ?

Ouais. En fait, mon travail était assez souple. Pendant longtemps, on me laissait partir sur des mini-tournées. Mais récemment, comme j’ai dû partir plus longuement, j’ai quitté mon travail. Mon patron est vraiment très compréhensif, donc je pourrais quand même continuer de bosser pour eux en freelance.

Pourquoi avoir mis si longtemps à t’entourer de musiciens ?

Je crois que cela m’a juste pris beaucoup de temps pour prendre tout cela au sérieux. En fait, la décision de consacrer tout mon temps à la musique est vraiment récente.

Était-ce difficile pour toi de traduire le son de ton album sur scène et de confier tes morceaux à d’autres musiciens ?

Non, comme j’ai joué dans plein de groupes différents, c’était assez facile de trouver des gens pour jouer avec moi. La plupart de mes potes sont musiciens. En fait, c’était vraiment simple. Nous n’essayons pas de re-créer exactement les enregistrements, on essaye principalement de trouver une voie plus frontale pour le traduire. Il s’agit plus d’une question d’énergie. Je ne suis pas obsédé par la précision. Je crois qu’on fait du bon boulot en rendant ces chansons sympas à voir sur scène.

Que préfères-tu entre enregistrer chez toi et jouer en concert avec tes potes ?

Je crois que je préfère enregistrer… Mais j’aime les concerts ! En fait, je crois qu’en concert, je préfère jouer les chansons des autres plutôt que les miennes. J’aime vraiment jouer sur scène, mais je pense préférer enregistrer.

C’est assez rare d’entendre ça. Pourquoi préfères-tu jouer sur scène les chansons des autres ?

Euh… je ne suis pas vraiment sûr. Quand j’étais plus jeune, j’avais l’habitude d’écrire constamment mes propres chansons, puis quand j’ai déménagé à Chicago, j’ai joué dans tous les groupes possibles. Je jouais tout le temps pour d’autres. Je crois que j’aime écouter le son des autres et essayer de les aider à les façonner. J’ai l’impression que mon oreille est vraiment plus à l’aise pour écouter la musique des autres que la mienne. Je ne sais pas si c’est très sensé…

Si, totalement. En France, la première fois que l’on a vraiment entendu parler de toi était pour ‘Memorize Now’, ton EP. Beaucoup de choses ont l’air d’avoir changé pour ton premier album, notamment l’utilisation plus importante de synthés. Pourquoi avoir choisi cette voie ?

Je pense qu’il y avait aussi beaucoup de synthés sur les premiers enregistrements mais ils étaient sans doute utilisés un peu plus discrètement dans le mix. Sur celui-ci, je pense que je m’en suis servi pour écrire beaucoup de chansons plutôt que… (il s’interrompt). En fait, je pense qu’il y a un très bon équilibre entre les guitares et les claviers sur le nouvel album, mais ces derniers sont peut-être un peu plus audibles.

De nos jours, on utilise l’étiquette ‘psychédélique’ plus que de raison. Penses-tu qu’elle soit justifiée dans ton cas ?

Je ne sais pas. Personnellement, j’aime beaucoup ce genre de musique mais je ne le perçois pas vraiment dans la mienne. Après, j’imagine que les gens ont tendance à utiliser ce terme pour pas mal de musiques que j’aime, donc ça a du sens. Mais c’est difficile pour moi de dire si, oui ou non, c’est le cas.

Je dis cela car tes chansons n’empruntent pas des voies directes. Entre leur introduction et leur conclusion, tu prends beaucoup de chemins loin d’être évidents. À l’écoute, c’est parfois très déstabilisant.

Merci. Je pense qu’il y a des chansons vraiment simples mais, en effet, il y a des virages que je prends qui peuvent être complexes. J’essaye des petites choses mais mon but n’est pas de briser des conventions ou d’innover quoi que ce soit.

Depuis que tu as commencé tes propres concerts, quelle est la réaction du public en général ?

Euh… Je ne suis pas sûr. J’espère qu’ils apprécient. J’espère qu’ils sont satisfaits par le fait que le concert est plus énergique que l’album. C’est notre but : simplement jouer des chansons, prendre du plaisir avec, improviser. Ouais, parfois on change un peu les titres en les jouant sur scène pour nous stimuler. J’espère que lorsque les gens viennent, ils obtiennent ce qu’ils voulaient entendre de l’album, tout en appréciant notre énergie sur scène.

Ton EP était sorti sur Atelier Ciseaux, un label français. Comment cette relation a commencé ?

En fait, je planchais sur le premier album et j’ai écrit ces six morceaux en parallèle. Non, je crois que mon idée de départ était de faire une cassette ou quelque chose comme ça. J’ai dû envoyer une démo, et j’imagine qu’ils ont répondu… En fait, je ne m’en souviens pas (rires). Je sais qu’ils étaient contents de ces six morceaux donc j’ai continué à travailler dessus, à les mixer, et finalement ils ont sorti le Ep.

Tu as vraiment l’air d’écrire constamment des chansons…

Récemment, je n’ai pas eu beaucoup de temps pour écrire, mais j’ai des idées sur lesquelles je travaille en vue d’un nouvel album. Mais ce ne sera sans doute pas avant un moment. À l’heure actuelle, je me concentre surtout sur la tournée, mais une fois de retour à Chicago en janvier, je serai prêt à enregistrer de nouveau.

Tu disais préférer écouter les chansons des autres. Qu’écoutes-tu en ce moment ?

J’écoute beaucoup Marker Starling, il est de Toronto. En fait, je n’ai entendu qu’un seul de ses albums. Je l’écoute constamment. On a fini une tournée avec Turn To Crime, ils sont de Detroit. Je les écoute beaucoup aussi. C’est ce qui m’a le plus marqué récemment.

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