Interview : Irie Ites Sound System (06-2003)

Comment est né votre sound system?

Suite à la rencontre de U Natty & Jericho sur Angers. On a d’abord démarré en faisant des soirées toutes les semaines (Big up l’Ile de Gorée) au cours desquelles se greffaient différents MCs & DJs. Au bout de quelques mois, on a commencé à jouer dans divers lieux de l’Ouest de la France et ce n’est qu’un an et demi plus tard que la formation actuelle a pris forme.

Pouvez vous présenter les membres du Irie Ites crew?

Irie Ites est composé de deux selectas, U Natty et Jericho, et de deux MCs (animateurs) Barakuda & Elimane. Sans oublier les invités réguliers tels que Ras Mc Bean (Guyana), Lorenzo (Jamaïque) mais également Jornick, Keefaz & Paco………et occasionnellement des artistes venus de Londres comme ce fut le cas dernièrement lors de la venue de Tena Stellin.

Vous avez enregistré un CD démo « Krew and Connections » il y a quelques temps… D’autres projets? Un album peut-être?

Oui, depuis le mois de novembre 2002 nous travaillons sur un album qui sortira le 21 juin prochain sur lequel de nombreux intervenants se sont investis (nuff respect à Zenzilé, Miniman, Judï…et tous les artistes). Cet album intitulé « Link Up » comprend 15 titres (dont 4 dubs), tous enregistrés et mixés au Mans. La distribution sera assurée par Avel Ouest et ce, dans toute la France.

Que pensez vous de la production jamaïcaine actuelle? Et le manque de tolérance des textes de certains artistes? Nous sommes très loin des messages de paix et de tolérance qui ont fait du reggae ce qu’il est… non?

Les productions actuelles, pour ce qui concerne le dancehall, sont très influencées, comme depuis toujours, par les Etats-Unis. La musique jamaïcaine intègre des sonorités américaines tout comme les thématiques. Quant au message, il ne fait que refléter un quotidien qui, pour la majorité des jamaïcains, devient de plus en plus difficile.

Malgré cela, pour ceux qui se donnent la peine de chercher dans le new roots, il y a toujours des artistes pour prôner la tolérance et la paix comme Ras Shiloh, Jahmali, Chrisinti ou encore Chezidek (à découvrir absolument pour ceux qui ne connaissent pas son album « Harvest time »)

Que pensez vous du « reggae business »? Le message est-il toujours aussi présent?

C’est une expression qui n’a pas de sens. Le business est partout et fait partie intégrante de tous styles de musique et le reggae ne fait pas exception. Il faut simplement qu’à la tête du business il y ait des passionnés pour que le côté mercantile ne prenne pas le pas sur l’artistique. Bien sûr que le message est présent et bien plus qu’au début des 90’s par exemple. Depuis Garnett Silk, de nombreux artistes Rastas ont occupé le haut de l’affiche et, depuis quelques années, ils sont aussi sollicités que les artistes dancehall. Pour exemple: Warrior King, Turbulence, Jah Mason ou plus connus encore Capleton ou Sizzla…

Quel est le message que vous aimeriez faire passer par le biais de votre son?

Que dans la musique jamaïcaine, chacun peut trouver ce qui lui convient. La diversité de cette musique fait que chacun peut, selon ses inspirations et sensibilités, apprécier les vibrations de la musique jamaïcaine. Il ne faut pas s’arrêter à un seul aspect de cette musique et surtout s’informer, rechercher…… Ainsi, vous trouverez forcément ce qui vous fait kiffer.

Que pensez-vous de la course aux dubplates que se livre la plupart des sound-systems?

Il y a des côtés positifs dans le sens où cela permet au public d’entendre des exclusifs et de se familiariser avec cette tradition jamaïcaine. Il ne faut pas oublier que, pour une grande majorité d’artistes, c’est leur principal revenu avec les shows lorsqu’ils ont la chance d’en faire. Même si certains prix deviennent abusifs, personne n’est obligé de rentrer dans ce jeu. La France est en retard par rapport aux autres pays européens dans le business du dubplate, mais la multitude des sounds qui se sont créés ces dernières années incitent aussi de nombreux artistes à venir en France.

Vous devez desormais avoir pas mal de dubplates, pouvez vous nous donner quelques noms d’artistes?

Récemment, on a enregistré Elephant Man, Gregory Isaacs, Ward 21, John Holt, Glamma Kid et notre big singer « maison » Lorenzo.

Quelle rencontre vous a le plus marqué?

– La meilleure vibe avec : Mikey Dread

– La moins bonne vibe : Buju Banton

– L’artiste le plus impressionant : Gregory Isaacs

– Le meilleur délire avec un artiste : Yami Bolo

– Le 1er artiste enregistré : W. Williams

– Le meilleur accueil: Buttons, Mafia & Fluxy & Gussie P

Le reggae roots n’est pas mort alors?

La sonorité du roots seventies ne pourra plus être retrouvée mais, en revanche, de nombreuses productions actuelles s’en rapprochent tout en apportant des sonorités plus contemporaines, ce que l’on appelle plus couramment le New Roots. Et de toutes manières, il reste encore tellement de titres encore méconnus (voir inconnus) que les réeditions elles-même suffisent à assouvir la demande des plus passionnés. La meilleure preuve avec les réeditions Blood & Fire, Pressure Sound, Impact ou bien Wackies……

Qu’avez vous retenu de votre voyage en Jamaïque?

Que le business est big là-bas et qu’il faut beaucoup de travail pour avancer. C’est avant tout un pays qui vit avec la musique à chaque instant, tout en étant dans un chao social quotidien. C’est une situation qui pousse les jeunes à vouloir gagner beaucoup d’argent rapidement par la musique, ce qui entraîne une compétition permanente dans le milieu musical.

Qu’est ce qu’un bon sound system?

Un sound actif, qui dure et surtout qui a un public car le sound doit éduquer, faire danser et ne pas lasser.

Votre meilleur souvenir?

Difficile d’en citer qu’un mais voici les 3 premiers qui nous viennent à l’esprit : Reggae Sun Ska 4 (Juillet 2001), Festival de Soucelles(Septembre 2002), Finale de la Cup (Février 2003)…

Le mot de la fin?

On incite tous les amateurs de reggae à venir découvrir l’album « Link up » dès le 21 juin, et de laisser leurs impressions par le biais de notre site :irieites.net

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