Interview : Improvisators Dub (05-2007)

Bercés par la tradition jamaïcaine depuis leurs débuts en 1994, les Improvisators Dub ont été les premiers français à jouer du dub en live. Ils sont ainsi les véritables pionniers du genre en France, et continuent encore aujourd’hui à exprimer leur passion pour le dub et ses racines jamaïcaines. Rencontre avec Manutension, le « dub machinist » du groupe, qui revient notamment sur la sortie de « Rumble« , le tout dernier opus des Bordelais, et sur leur tournée au Burkina Faso.

Comment avez-vous abordé l’enregistrement de « Rumble »?

les Improvisators Dub country side

Manutension: On a fait ça chez moi dans mon studio, à la campagne. L’enregistrement a duré environ de mai 2006 à décembre 2006. Mais c’était un peu compliqué parce qu’on tournait en même temps, donc on a fait ça par petites coupures, ce qui ne nous a pas permis d’être totalement imprégnés par l’enregistrement… On s’est quand même focalisé à fond sur le mix les trois derniers mois. Mais on savait où on allait, donc malgré les coupures, on a eu un résultat qui correspondait à ce qu’on voulait.

Si on le compare à « Wicked », « Rumble » sonne beaucoup plus anglais et digital, et semble s’éloigner des influences jamaïcaines. Comment expliques-tu cette évolution?

Ce n’est pas vraiment une évolution, on a voulu revenir à nos bases hybrides de « Dub & Mixture », parce qu’avant on avait fait deux albums dub and vocals, le « Super Vocal And Dub Session » et le « Wicked« . Ca c’était donc pour faire un clin d’oeil à la tradition jamaïcaine des vocals and dub, et rendre hommage à l’histoire du reggae. Parce que le dub est indissociable du reggae, il est créé par le reggae. Et là je ne te parle pas du reggae commercial, je te parle du vrai reggae rockers, de la tradition des sound-systems, de la musique de ghetto.

Album “Wicked” des Improvisators Dub

Après on ne voulait pas faire un troisième album plus roots comme ceux-là, on voulait faire un truc beaucoup plus métallique dans l’esprit des sound-systems, beaucoup plus steppa dans la rythmique. Donc finalement « Rumble » ressemble plus au « Dub & Mixture » qui avait été mixé par Russ D des Disciples, et représente un autre moment dans l’évolution du groupe.

En parlant de l’évolution des Impro, Francis (cithare, flûtes, sax) a décidé de quitter la formation après l’enregistrement de « Wicked ». Quel a été l’impact de son départ sur le groupe et sur l’enregistrement de « Rumble », sachant que les instruments indiens joués par Francis participaient à forger l’identité musicale des Impro?

Ce qu’il faut savoir, c’est que Francis est un élément du groupe qui est arrivé après la formation initiale. Il est arrivé au moment du « Dub & Mixture ». Son départ est un choix personnel, nous on ne lui en veut pas du tout, on respecte son choix. C’est toujours chiant quand quelqu’un décide de partir mais on s’est toujours dit qu’on continuerait jusqu’au dernier. Concernant l’enregistrement, ça n’a pas changé grand chose pour nous car Francis ne se retrouvait pas à 100% dans le dub. Maintenant il fait des choses très bien dans les écoles, collèges et lycées pour présenter tous les instruments des Indes comme la cithare, les bols tibétains etc. Après son départ, on s’est dit qu’on n’allait pas chercher à le remplacer sous prétexte que ces instrumentations indiennes fondaient l’identité d’Impro. Avec Francis c’était un moment de l’histoire d’Impro, mais Impro ne se limite pas à ça. Nous on est vraiment un groupe de dub. Pour ma part j’écoute du dub depuis l’âge de quinze ans, et je pense que dans n’importe quel groupe, le plus important, c’est de s’y sentir bien et d’aimer à fond le style que tu veux représenter.

Vous allez monter un projet commun avec Iration Steppas en avril, dans le but de jouer ensemble au printemps de Bourges et au Festival Skabazac. Comment s’est faite cette connexion?

Iration, ça fait longtemps qu’on se connaît, déjà parce qu’en 92-93 j’organisais des concerts sur Bordeaux et on faisait venir beaucoup de groupes anglais dont Iration Steppas, Bush Chemists, Jah Shaka, Aba Shanti I, Disciples etc. Et du coup on a toujours créé un lien. Là, ce qui nous arrive en ce moment, c’est au départ une idée de l’organisateur de Skabazac qui voulait Iration Steppas et Impro en même temps. On a donc décidé de monter un projet commun qu’on va mettre en place début avril. Et on ne sait pas encore ce que ça va donner! Ce sera la surprise! La seule chose que j’espère c’est qu’on fera un morceau à trois basses: Nico, Mike et Denis Rootical.

Aujourd’hui, le dub anglais est en pleine effervescence et semble influencer beaucoup plus qu’avant la production française. Que penses-tu de ce phénomène?

Oui c’est sûr qu’aujourd’hui, il y a de plus en plus de dub machinists français… Mais il y a quinze-vingt ans, j’ai mis du temps à imposer ce son en France! J’ai dû batailler dur!

« Rumble » est visiblement un album qui a été composé pour être joué en concert. Qu’a changé cette sortie dans votre façon d’aborder le live?

On a toujours voulu être dans l’instant du live, de représenter l’esprit du mix en studio et d’essayer de recréer une atmosphère de sound-system tout en jouant en improvisant. Du coup soit ça passe, soit ça casse. Il faut que tout soit bien réglé pour qu’on puisse passer à la phase d’improvisation et qu’on puisse se permettre de vraiment se lâcher. Le but d’Impro a toujours été ça, de représenter le « live act » pour retrouver l’esprit sound-system à partir d’un groupe qui joue. Et c’est vrai que « Rumble » est vraiment un album qui a été fait pour le live et le sound-system, ce n’est pas un album pour la maison comme « Wicked »! Ne serait-ce que parce qu’il n’y a pas de paroles dans « Rumble »…

Avez-vous de nouvelles collaborations avec des chanteurs en cours, ou prévues prochainement?

On a prévu de sortir des 45 tours prochainement avec une pléiade de singers. Mais on ne sait pas encore qui ce sera, parce qu’on n’a jamais essayé de trouver des chanteurs dans un but commercial. On rencontre les gens systématiquement. Que ce soit Lee Perry, ou qui que ce soit, chaque fois il y a eu un lien de rencontre, par le biais d’un concert commun par exemple.

Vous revenez tout juste d’une tournée au Burkina Faso. Comment est né ce projet d’aller jouer en Afrique?

Le projet « Bobo Hi-Fi » a démarré de mon projet perso avec l’asso « Musique de Nuit » – parce que dans le groupe, on a tous notre petite capsule de trucs perso à côté, ce qui nous permet de nous préserver du groupe. Avant « Bobo Hi-Fi » je suis allé au Maroc au mois de juillet pour faire des ateliers de création musicale et en même temps de rencontre d’artistes de tout âge et de tout niveau. Le but était de faire se rencontrer le dub et leurs musiques, de faire un mix final et pourquoi pas d’enregistrer une ou deux versions. Ce projet s’inscrivait dans le cadre du festival Timitar à Agadir, qui est un festival international de musiques d’Afrique Noire et du Maghreb. Quand je suis revenu, « Musique de Nuit » m’a proposé un truc au Burkina Faso. Et il était évident qu’on fasse passer Impro là-bas…

Comment s’est passée cette expérience?

Super… On est arrivé là-bas, c’était un gros clash. On est parti douze jours, on a joué une fois et on a fait des ateliers tous les jours dans les collèges et lycées. On arrivait à 9h du matin dans les collèges avec une sono installée sur un camion, et de 9h à midi c’était sound-system! Les jeunes étaient stupéfaits et en même temps hyper-participants. Ils ne sont pas partis, ils sont restés. Ils n’ont pas fait les dingues mais c’est parce qu’ils étaient stupéfaits… Et puis on a aussi monté un sound-system sur la place de la gare de Bobodulasso pour les gens de la ville… Après, le retour en France a été un peu dur…!

Avez-vous d’autres projets de tournées en Afrique ou à l’étranger?

Normalement, on va à la Réunion au mois de septembre. Et puis on a aussi envie de retourner en Afrique en camion pour aller poser une sono là-bas, et s’arrêter dans les villages au Sénégal, en Gambie, en prenant au passage Dr Alimantado et Frankie Paul, au Nigeria chez Femi Kuti… Là on a vraiment envie de monter notre propre projet, indépendamment des administrateurs. Mais c’est beaucoup plus dur quand tu es artiste ou musicien de monter ton propre projet… On verra bien, c’est prévu pour 2009 si tout va bien.

Vous avez enregistré avec de nombreux artistes jamaïcains comme Humble I, et vous avez toujours défendu et représenté les pères fondateurs du reggae. Que penses-tu de la production et des artistes jamaïcains actuels?

Moi, tout me plaît. Bon, en dancehall moins… Mais il faut prendre ça à la rigolade… Je n’aime pas le slackness mais j’envisage ça en matière de sound… Et je trouve ça très bien musicalement, même si ce n’est pas ma tasse de thé. Et puis tu ne peux pas être à l’écart de ça quand tu fais partie d’un style. Dans le reggae, il y a plein de styles. Il y a le roots and culture, le nu-roots, le steppa… Après au niveau des textes, c’est différent… Mais il ne faut pas oublier qu’il y a aussi des tas de Jamaïcains qui ont de belles voix et des textes très riches, et c’est ça qui est important.

Il y a en ce moment à Bordeaux un vrai renouveau du dub autour de nouveaux jeunes talents. On dit d’ailleurs souvent que les Impro sont les pères spirituels de cette « dub school » bordelaise. Quel regard portes-tu sur cette nouvelle dynamique?

Que du bon! Gary, I-Plant, Dub Machinist… Moi je suis super content de les avoir influencés, et puis surtout d’avoir fait découvrir une musique qui ne nous appartient pas. Parce que nous, on a notre style, notre identité, mais c’est une musique qui ne nous appartient pas. Nous on n’a rien inventé. Nous sommes tous des disciples de cette musique…

Chez Bokson c’est la tradition, je te laisse le mot de la fin…

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Une réponse à Interview : Improvisators Dub (05-2007)

  1. vince 19 octobre 2009 à 22 h 40 min #

    RIP MANU

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