Interview : Idem (06-2004)

Vos influences semblent autant puiser dans le rock que le dub. Où vous situez vous? Pouvez vous nous faire un bref historique de votre parcours pré Idem?

Toutes les influences nous sont utiles. Notre discothèque s’évade de Pink Floyd à Björk, en passant par des groupes comme Hint, UI, Unsane, Portobello Bones, DJ Shadow ou encore Coltrane, Gainsbourg, Sofa Surfer, les Who, le post-rock de Chicago ou les rythmes hors-la-loi de SquarePusher, les sons enivrants de Dorfmeïster, Brel ou la voix tremblante de Dominique A, les Clash,… Nous écoutons beaucoup de musique, mais nous ne nous sommes jamais cloisonnés dans un style particulier. Nous aimons le cubain, la chanson, l’électro, l’indus, le rock, le reggae… Il est admis cependant que nous sommes surtout très proches de la mouvance rock mais nos influences semblent être finalement la musique du Monde! Il est difficile de donner une « étiquette » précise à notre musique, nous utilisons fréquemment les adjectifs « dub électro rock » pour la qualifier plus simplement et pour rentrer dans les cases établies des fédérations de vente de disque. Pour nous c’est forcément réducteur. Ironiquement, nous indiquons sur nos visuels que la musique d’Idem est faite de « dubindusambientrocknoisyelectronicandgroovysounds ». On aime bien! Pour ce qui est du parcours pré-idem, il n’y en a pas. Nous avons tous les quatre commencé la musique ensemble. Nous sommes un groupe de collège! On supporte notre vie « collective » depuis presque dix ans! La vache !

Votre premier album a été bien accueilli mais est passé un peu inaperçu. Comment expliquez vous cela? Etait-il trop tôt pour vous imposer au sein de la scène dub?

Lorsque nous avons sorti « Absent Without Leave », les chroniques étaient plutôt encourageantes auprès de la presse, et nous avons profité du petit coup de projecteur des sélections printemps de Bourges pour nous faciliter l’écoute des chroniqueurs. Le disque a été bien accueilli, mais il est clair que le manque de concerts nous a énormément freiné dans notre progression. La scène reste le meilleur endroit de promotion pour un disque, surtout pour une musique comme la notre. Pas mal de programmateurs, qui pourtant nous disaient aimer ce disque, ne savaient pas, à cause du style de musique, avec qui nous faire jouer. Nous avons pour ça beaucoup travaillé l’aspect scénique. Avec l’aide de Bru (son et mix façade, effets dub, production artistique des disques…) et Steph (création lumières, effets visuels), nous avons mis en place un set différent de nos disques, plus vivant, agrémenté de vidéos pour affirmer une meilleure spécificité. Depuis un peu plus d’un an, nous avons un tourneur, The Modern Things (laPhaze, Sportes, Dubians).

« Waterglasscolor » est le premier volet d’un triptyque qui comprendra également le second album et un autre mini album. Quels enseignement tirés du premier album avez vous mis en pratique ici?

L’enregistrement et la production de « Absent Without Leave » ont représenté une année de taf intensif! Ce fut enrichissant mais trop long! Aujourd’hui, nous essayons d’aller plus à l’essentiel, de moins s’attarder sur des détails que nous seuls pourrons écouter. Un disque qui se produit sur une aussi longue période n’a pas de réelle unité. On essaie maintenant d’être plus efficaces, et de s’imposer un rythme de travail plus serein. Nous alternons beaucoup plus le travail de composition et de pré-production en studio. Nous enregistrons les ébauches de ces nouveaux morceaux afin de mieux les « analyser », et se rendre compte plus facilement de l’intérêt de tel ou tel arrangement, d’expérimenter, de bidouiller les structures. Pour le coup, on est passé à l’extrême opposé: 3 disques en un an…! Avec la sortie de « Absent Without Leave », nous avions créé notre structure administrative qui a géré l’aspect financier du projet (KeimZoFedProduction). C’est devenu aujourd’hui notre label attitré. On est plus libres. C’est plus difficile évidemment, mais nous sommes beaucoup aidés par Anne et Jess du label, par Téo notre manager, TheModernThings et notre distributeur (Tripsichord) qui s’investissent beaucoup dans ce projet de triptyque, ainsi que Jérôme de Sensitive, avec qui nous avons travaillé sur le premier album, et qui s’occupe de la promo des trois disques.

N’est ce pas délicat de faire appel à des groupes confirmés pour remixer ses titres dans le sens ou on peut penser que vous vous servez un peu d’eux pour faire votre renommée (excusez j’ai un peu l’esprit tordu sur ce coup là…)?

Le choix des remixeurs ne s’est pas fait en fonction de leur renommée, d’ailleurs je ne pense pas que beaucoup de gens avaient entendu parler de El barön l.a. auparavant, même si ça va venir très prochainement je pense! Disons que les Lab°, les Ez3kiel ou Camille sont des gens qui ont une démarche artistique que nous aimons beaucoup, avec qui nous avons partagé plusieurs concerts, et avec qui nous avons donc des atomes crochus… Les remixes, ça faisait un bon moment que ça nous trottait dans la tête… Fournir ses bandes à d’autres musiciens, se mettre à nu, est une démarche très intéressante. Notre proposition s’est d’abord tout naturellement portée vers eux. Et ils ont accepté. Pour El Barön L.A, c’est une autre histoire. Le Baron, connu autrement sur Angers comme le bassiste des Kyu, nous accompagne régulièrement sur les dates. Il nous a présenté un jour une première version de son remix réalisé en secret, sans aucune bande, avec comme base unique le titre d’origine. Son morceau nous a scotché immédiatement. Nous voulions réaliser un disque uni et enchaîné, sans s’égarer dans de gros contrastes musicaux. C’est peut-être aussi pour ça que nous nous en sommes tenus à ces remixeurs là, de la scène « electro-dub-rock ». Nous avons tout de suite adoré leurs morceaux, surprenant et différents. A l’inverse, je ne pense pas que nous les aurions placés sur « Waterglasscolor » s’ils ne nous avaient pas plu, et pour une simple question de renommée…!

Lorsqu’on est un jeune groupe etiquetté dub comme Idem dans une scène hexagonale riche, comment se sent on vis à vis des groupes plus confirmés et comment s’impose t-on?

Parmi la scène qu’on appelle aujourd’hui souvent « electro-dub », il nous faut nous placer entre High Tone, Ez3kiel ou Lab° pour vraiment ne citer qu’eux, qui se sont imposés en développant des ambiances très personnelles. Notre démarche est la même. Nous avons je pense un côté plus rock, plus « sombre ». Mais ta question est un peu délicate. Nous jouons nos morceaux parce qu’ils nous plaisent sans se demander vraiment s’ils doivent se différencier des autres groupes… Sur scène, on essaie d’avoir une identité propre avec un son particulier et un aspect visuel spécifique mais, plus pour le public et par envie de proposer un « spectacle » plus complet, que par souci de se différencier de tel ou tel groupe… Par ailleurs, l’étiquette dub ne signifie pas grand chose de plus que l’étiquette rock. A la limite, nous nous sentons plus proches de Unsane que de Lee Perry… Et nous jouons aussi souvent avec des groupes électro comme Sayag, dub comme Zenzile ou hardcore comme les Portobello…

Pouvez vous déjà nous parler des deux prochains volets? Est-ce que les titres de « Waterglasscolor » y figureront?

Le second volet du triptyque sera également le second album d’Idem, intitulé justement « Aérobiose ». La trilogie se terminera par « Out Immer » qui, comme le premier disque, comportera des titres inédits et des remixes. Pour ce dernier, la chasse aux futurs remixeurs est déjà bien aboutie, mais pour l’album, difficile de dire à quoi il ressemblera vraiment. Nous sommes en plein dedans! Une chose est sûre, il sera très différent de « Absent Without Leave » et qu’il n’y aura que des nouveaux morceaux.

Quelles ont été les conséquences du départ de Benoit sur le groupe?

Bull’d’air s’est investi avec Idem pendant sept ans. Il y a un an, il nous annonçait qu’il quittait le groupe. Son choix fut sujet à nombre de questions évidemment… Un membre d’Idem en moins, c’était un peu comme si on nous coupait un bras! Finalement, ça nous a poussé à continuer, ça nous a boosté et nous avons poursuivi à trois en essayant de tirer les conséquences d’une telle absence dans nos morceaux, en exploitant plus nos machines. Ce départ a sûrement donné une touche plus electro a Idem.

Vous avez travaillé l’image et la scène en résidence au Fuzz yon. Comment ressort on d’une telle formation? Qu’y apprend on exactement?

Ce partenariat avec Trempolino et le Fuzz’Yon (La Roche/Yon-85) nous a permis de travailler tout le côté visuel avec l’arrivée de la vidéo sur scène. Nous ne souhaitions pas tomber dans une utilisation « déjà vue » de la vidéo. Le grand écran en fond de scène sur lequel on projette les images a déjà été testé (et bien utilisé d’ailleurs !) par Hint, High Tone, Lab°, entre autres!… Le principe de cette résidence était de faire venir des intervenants spécialisés dans tel ou tel domaine (visuels, vidéo ou son) pour discuter, tester, mettre en place nos idées ou les leurs. Par exemple, nous ne voyions pas la vidéo comme élément principal sur scène. Plutôt comme un visuel qui s’ajouterait discrètement aux effets de lumière de Steph.

Après plusieurs résidences au Fuzz’Yon, la projection sur un ballon de baudruche géant accroché au dessus de la batterie nous paraissaît être la plus intéressante. Le rendu est étiré, déformé, et plus axé sur une esthétique en relation avec le reste des visuels. La synchronisation avec la musique était indispensable pour nous. Nous n’avions personne pour la déclencher ou mixer en live. Elle est donc dirigée par nos machines sur scène au même titre qu’une partie de nos séquences instrumentales. Welcom s’occupe de la création vidéo en étroite relation avec Steph, notre éclairagiste, pour que chaque vidéo soit en harmonie avec ses effets visuels et ses différents tableaux. Le résultat de cette formation? Un aspect scénique remodelé entièrement, et une remise en question complète sur tout! Ca fait toujours beaucoup de bien d’avoir des avis extérieurs…

Quels sont vos projets pour les mois à venir hors mis le triptyque? Des collaborations?

Pour le moment, en dehors des disques sur lesquels nous allons taffer jusqu’en mai 2005 quand même, il nous reste à travailler la scène avec un nouveau set, de nouveaux visuels. En dehors, quelques remixes à droite à gauche mais réalisés souvent plus individuellement, quelques vidéos qu’on placera sûrement sur notre site (www.idem-kzfp.com)

Le mot de la fin…

Nia.

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