Interview : Houston Swing Engine (12-2005)

The Tiger Flamboyant commence par le très bien titré « Instrumental 1 ». Une raison particulière de vouloir que le premier contact de l’auditeur avec cet album soit un instrumental de 5 min?Bob Morlock: L’idée était de proposer une entrée en matière un peu différente du reste de l’album. Il y a quand même beaucoup d’albums qui démarrent comme ça. « Second Coming » des Stones Roses ou « Mellon Collie & The Infinite Sadness » des Smashing Pumpkins. Enfin on ne vas pas se comparer avec ce qui n’est pas comparable mais…Mais musicalement parlant, Houston Swing Engine est moins radical que les différents groupes dont vous êtes issus. D’ailleurs, « The Tiger Flamboyant » est plus calme que « The Smell Of Horses »…Sylvester Staline: On nous dit en effet que l’album est plus calme. Je dirais qu’il est surtout moins brutal au niveau du son. Mais en même temps tout est relatif. On nous dit que le premier morceau est quand même très\trop violent et très\trop rock alors que, pour nous, c’est de la pop. C’est trop énergique pour une radio par exemple. Mais pour revenir sur « Instrumental 1 » et ce qui suit, je trouve très bien d’avoir une évolution du son tout au long de l’album même si je trouve qu’il reste assez couillu, vachement puissant, hardcore, métal… La base quoi ! C’est de là dont on vient tous. Sinon pour ce qui est du rythme, je trouve qu’il a pas mal changé par rapport au Houston Swing Engine des débuts.Bob Morlock: Je pense que quand le label présente le truc en citant Fu Manchu, ça me semble assez juste puisqu’on a une batterie seventies assez rock, des sous riffs punk… Mais pas stoner. Pour moi, stoner c’est les premiers Monster Magnet tu vois… Le groupe de barbus avec des longs cheveux qui fument des pets. Et vous avez beaucoup réfléchi sur la tracklist pour obtenir cette évolution du son, ce déroulement quasi organique au fur et à mesure qu’avance l’album?Bob Morlock: Non, on a surtout vu ça à la fin tout simplement car il n’y a pas de concept qui préside à cet album. C’est vrai par contre que je voulais commencer « The Tiger Flamboyant » avec un instrumental puis revenir un peu plus loin faire une petite connerie à la guitare. D’où « Instrumental 2 » qui est un peu un gag. C’est quelque chose qu’on a fait un peu pour aérer et pour mettre un coup de fouet pour que ça reparte. C’est marrant de réfléchir à tout ça rétrospectivement. D’ailleurs, comme ça fait un an qu’on a fini d’enregistrer l’album, on l’a beaucoup joué sur scène. Et ce qui est marrant, c’est que comme nous avons une setlist assez fixe en live (90 % de « The Tiger Flamboyant » et 10 % de « The Smell Of Horses »), elle a fini par se substituer dans ma tête à la tracklist de l’album. Donc si je réecoute l’album, je suis complètement dérouté car pour moi c’est normal qu’après « Evil Clutch » on ait tel morceau. Au fait, pour l’instant je parle beaucoup mais c’est parce que Laurent (Sylvester Staline ndlr) n’est notre bassiste que depuis un an et qu’il n’a donc pas participé à l’enregistrement de l’album.Revenons justement à l’enregistrement de votre second album. Y a-t-il beaucoup de matériel qui a été mis de côté ou est-ce que ces 11 titres sont à peu près tout ce que vous avez composé?Bob Morlock: Non, on est vraiment arrivé avec la totalité de l’album. Alors je ne sais pas si c’est un bien ou un mal. Mais je pense que pour notre prochain album on arrivera peut-être en studio avec un peu plus de morceaux qu’il n’en faut. Mais ça ne nous est jamais arrivé d’enregistrer 12-13 morceaux et de n’en mettre que 10-11 sur le CD.« The Tiger Flamboyant » a été enregistré live?Bob Morlock: Non. On enregistre instrument par instrument car cela nous permet d’être un peu plus précis.Sylvester Staline: Cela permet en effet d’avoir quelque chose de plus rond, de plus produit alors que sur scène c’est bien plus agressif.Un peu sérieux tout ça pour un groupe qui se présente à la base comme un groupe de rock potache…Bob Morlock: C’est-à-dire que c’est devenu un peu plus sérieux à force de mieux se connaître. Ce qui a fait la force du groupe au début, c’était la caricature, genre stoner tu gueules comme un putois. Là, on s’est donné du temps, on a essayé des trucs, on a vraiment bossé donc c’est devenu moins gag. Il y a aussi un truc qu’il faut rappeler, c’est qu’au départ Dannek chantait aussi dans Unfold donc on ne voulait pas trop prendre de son temps. Et comme Unfold s’est arrêté…Vous gardez quand même les noms de scène…Bob Morlock: Oui, mais ça, c’est inaltérable. Il y a The Magnificent Kiki (From Montparnasse), notre batteur, qui tenait vraiment à ce que sa part féminine soit représentée. On a aussi Rocky Tovski, Sylvester Staline et Bob Morlock qui est le nom d’un personnage de Jean-Pierre Marielle dans un film avec Pierre Richard qui s’appelle « On aura Tout vu » et qui est un producteur de films pornographiques…Je ne m’arrêterai pas trop sur les paroles puisque, à moins d’avoir eu une mauvaise version de votre album, elles ne figurent pas dans le livret de « The Tiger Flamboyant » mais elles ont l’air toujours aussi incompréhensibles.Bob Morlock: (éclate de rire) : Ouais…C’est pas une vanne au sympathique peuple français, mais c’est très français l’idée de vouloir lire les paroles. Je pense que c’est parce que la plupart du temps, vous pouvez comprendre les paroles des groupes nationaux contrairement à nous qui vivons dans un pays trilingue. Et pour en revenir à Dannek et à l’idée du texte à message, prends Led Zeppelin par exemple, quand tu entends « baby I love, I need you baby, I love you baby »…Sylvester Staline: Voilà, le rock n’ roll c’est engagé (rires)!Bob Morlock: Il y a une part de clichés dans le rock et je pense que Dannek les réactualise bien avec ses paroles sur les voitures qui vont vite et les filles qui vomissent des chars militaires…Sylvester Staline: Et puis, il y a un peu du vécu aussi. Tout simplement.Bob Morlock: En fait, les paroles, je ne les écoute pas… Je m’en fous complètement de ce que Dannek chante…Sylvester Staline: (rire tonitruant)Bob Morlock: Enfin, comme je me fous de ce que chantent les groupes que j’aime. Bruce Springsteen, c’est un parolier donc tu vas lire ses paroles comme tu lis du Steinbeck sur l’histoire de l’Amérique profonde. Autrement… Après tout, j’ai eu trois groupes et ça n’a jamais été le chanteur qui drivait le truc: Dannek est arrivé quelques mois après la formation de Houston Swing Engine. Pour moi c’est assez logique d’écouter notre musique en instrumental parce que c’est souvent comme cela qu’on la joue en répète. La voix vient donc toujours à la fin et je la considère d’ailleurs comme un instrument. Je pense qu’on a tous cette approche fonctionnelle de la voix anglaise dans le rock: tu ne rentres pas tout de suite dans ce que le chanteur dit. Sylvester Staline: Même s’il m’arrive de lire les textes, ça n’est pas la première chose que je fais. Et puis des fois tu es déçu! En ce moment, on parle beaucoup des Dinosaur Jr. T’as déjà essayé de comprendre une seule parole des Dinosaur Jr?On vous a peu vu en France, vous pouvez expliquer le pourquoi du comment?Bob Morlock: La scène reste pour nous un exercice à part, un plaisir auquel on ne peut s’adonner que le week-end. Et puis, le problème pour un groupe suisse c’est justement d’habiter un pays limitrophe et de parler un peu la même langue. Du coup, on nous met apparemment sur le même plan que les groupes français qui habitent Paris et on ne nous propose pas de tournée… Juste une date par-ci, par-là. Et je sais par expérience que tourner dans ces conditions c’est un truc qui te tue un peu quand tu es un groupe suisse et que tu bosses la semaine. Tu peux faire ça trois – quatre mois, mais après c’est plus possible: ça fatigue, ça coûte de l’argent donc là on va venir en France évidemment mais idéalement on aimerait faire quelques festivals cet été.Sylvester Staline: Venir spécialement de Suisse pour une date… Le trajet, au secours! Alors, en plus, t’as vendu deux disques, un t-shirt… Pas cool.Bob Morlock: Là, on va voir comment on peut s’y prendre mais on aimerait bien faire quelques premières parties, deux dates à la suite…Sinon, en ce moment, tout le monde parle de la Belgique comme l’autre pays du rock. Y a quoi d’autre de bien en Suisse mis à part vous?Bob Morlock: C’est la Suisse l’autre pays du rock ! D’autres bons groupes ? Ben c’est vrai qu’il y a des bons groupes belges: Girls in Hawaï…Sylvester Staline: Deus évidemment…Bob Morlock: Venus… Il y a des tonnes de groupes genre les affreux de Kruger (rires) mais on est le groupe le plus couillu de Suisse romande. Y a énormément de gens qui font du rock en Suisse et j’ai l’impression que le niveau est assez bon mais il y a une chiée de groupes qui n’arrivent pas à tourner. Y a pas de structure en place, y a pas de marché, y a pas de statut d’intermittent du spectacle, c’est vraiment pas évident… Tu peux jouer tous les week-ends mais tu n’iras pas plus loin. Il faut toujours rappeler cette réalité essentielle: la France est un pur pays centralisateur contrairement à la Suisse qui est une fédération. Tu n’auras donc jamais l’équivalent suisse du groupe français qui cartonne à Paris tout simplement parce qu’en Suisse tu n’as pas de Paris. Tu n’as pas non plus de journal centralisateur…Sylvester Staline: Pas de MTV Suisse…Bob Morlock: Pas de MTV Suisse et c’est tant mieux! Mais du coup, tu n’as pas ce système qui te permet d’extirper un groupe et de le mettre pour le meilleur ou pour le pire sous les projecteurs comme Vegastar par exemple. Et Vegastar c’est dégueulasse.Sylvester Staline: (éclate de rire)Bob Morlock: En suisse, on n’a pas ce côté MTVesque, alors les kids regardent MTV France et ils vont pouvoir se baver dessus en regardant cette vieille peau de Madonna mais ils ne vont pas pouvoir se baver dessus en regardant le groupe suisse qui passe sur MTV contrairement aux kids français. On ne peut pas accéder au sommet de la pyramide. Favez c’est un peu les stars en suisse romande, c’est le groupe qui marche le mieux en Suisse alémanique mais Favez, quand ils jouent à Lausanne, je pense qu’ils font 200-300 personnes alors que nous quand on y joue on en fait 100-250. La différence n’est pas énorme alors que le groupe tourne en Allemagne, a 10 ans d’existence… En Suisse, c’est plus difficile de savoir quand un groupe marche. Alors peut être que Houston Swing Engine est un groupe qui marche d’une certaine manière puisque là on est à Paris à parler à des médias français.Tradition bokson, le mot de la fin?Quand c’est l’heure… c’est l’heure

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