Interview – Hoquets fait le trottoir…

On ne les avait pas vus venir les Hoquets. Ces Belges un peu dinguos qui viennent de rejoindre Crammed Discs pour « Belgotronics« , un premier album à la fois captivant et déstabilisant. Belge quoi. En une quinzaine de titres, le trio franco-belgo-américain nous invite à découvrir ses instruments totalement originaux (les hoquets), laisse ainsi jaillir une formule musicale totalement atypique fortement inspirée par la série Congotronics chère à son label, ainsi qu’un humour terrassant, tous au service de la mission qu’il s’est donné: redonner sa dignité au Plat Pays. Autant de points sur lesquels il fallait impérativement revenir lors de la venue du groupe à Paris. Entretien avec l’accent.

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Le groupe est composé d’un belge, d’un français et d’un américain. Comment vous êtes vous rencontrés alors?

McCloud: J’ai rencontré François Schulz lorsque mon projet solo a joué au premier festival Terra Trema en juin 2006 à Cherbourg-Octeville, organisé en partie par la famille Schulz. On s’est ensuite recroisé dans différentes villes quand j’étais en tournée. Quant à Maxime, un ami m’a parlé d’un concert sympa chez quelqu’un, qui était en fait Maxime. Après quelques concerts organisés par lui et chez lui, on a fait connaissance et même commencé à parler. On s’est fait une bise la première fois, comme c’est l’habitude ici en Belgique. On s’est tous retrouvé lors d’un voyage vers un festival dans la Manche, celui de Studio Chaudelande. Sur le chemin, on s’est arrêté à Paris pour la soirée Congotronics au Cabaret Sauvage, le 14 juillet 2009, ou jouaient Konono N°1, Kasai Allstars et Staff Benda Bilili. On s’est pris une baffe! On est tous fans de ce genre de musique et là, de voir tous ces groupes ensemble, c’était vraiment chouettos. Par contre, je me rappelle que le prix des bières était un peu abusé. Mais c’est parfois comme ça à Paris: la vie est belle, mais chère. En arrivant à St-Pierre l’Église, au lieu-dit Chaudelande, on était bien content de gouter le cidre, après avoir fait une petite baignade dans la Manche au moment de l’arrivée d’un orage. Je me suis même baigné avec mes chaussures, et les autres pieds nus. Pourquoi avec les chaussures? Parce qu’on sait bien que les plages autour du Cap de la Hague est pas mal rocheuse. En tout cas, cette petit saute dans l’eau nous a donné la pêche. Pendant mon concert, en rappel, ils ont joué avec moi en faisant la section rythmique en compagnie de notre ami Jean-Michel. Trois mois plus tard, j’ai invité Maxime à « jammer » chez moi. Ça s’est bien passé, et donc il a suggéré d’inviter François. J’étais bien d’accord.

hoquet2Comment l’idée de former Hoquets est-elle venue? Comment ce concept d’instruments fabriqués par vous-mêmes vous est-il venu à l’esprit?

À cette première session « jam » (le 27 septembre 2009), on a commencé avec des guitares, mais au bout d’un moment on les a mises de côté. On a préféré jouer avec des petits instruments bricolés (les iaeniaens) et des bouts de bois sur la terrasse. Maxime avait emmené un papier qui expliquait le gouvernement belge, ses trois régions, ses trois communautés. J’ai un peu rappé dessous un des morceaux improvisés et voilà! Un groupe à base d’instruments construits/trouvés/bricolés, avec des paroles sur la Belgique est né. La deuxième répétition s’est faite avec François et Maxime. Avant d’arriver, ils sont passés par la brocante à côté chez moi, et ils ont ramené leurs trouvailles. Pour moi, c’était la casserole pour les moules, qui fait toujours partie du groupe. Pour nous, ça procure la joie de la découverte des bruits des objets. Et le fait de pouvoir faire de la musique avec, même des chansons « pop », nous donne la pêche pour rechercher les sons, et fabriquer de nouveaux instruments.

Dites-nous un peu comment vous procédez pour créer ces instruments. Sur quels critères vous procurez vous les éléments? Comment parvenez-vous à vous accorder tous les trois?

cita12Au départ, on trouve les planches de bois ou diverses choses dans la rue. Parfois, on utilise les boites et les canettes de nos repas. Pour l’accordage des boites de bois, c’est le hasard. Avec les ieanieans (instruments d’une corde et caisse de résonance), on accorde en mettant plus ou moins de tension dans la corde, comme pour un violon. Entre nous, on a des façons différentes de fabriquer des instruments: soit en voyant ce qui se passe avec les éléments disponibles, soit en cherchant à retrouver ou modifier un son qu’on aime bien.

Le hoquet est-il un instrument qui, dans votre esprit, vient s’opposer à la technologie grandissante dans le milieu de la musique, celle là même qui a tendance à de plus en plus la dénaturer?

C’est n’est pas facile de séparer le hoquet de Hoquets: les hoquets sont des boîtes, ils ne s’opposent pas à la technologie. Ils sont aussi le fruit d’une créativité. Un hoquet n’est pas contre, un hoquet est pour. Un hoquet est positif. Un hoquet est naturel.

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Cette particularité, comme le fait d’appartenir vous aussi au label Crammed Discs, fait inévitablement de vous une version occidentalisée des Konono N°1 et Staff Benda Bilili. En quoi ces deux groupes vous ont influencés?

Ce n’est pas possible que Hoquets puisse être une « version occidentalisée des Konono N°1 et Staff Benda Bilili » car nos expériences de la vie et nos vies quotidiennes n’ont rien à voir. C’est vrai qu’on aime bien ces deux groupes. C’est en leur hommage, et avec respect envers leur travail, qu’on a nommé notre disque « Belgotronics ». Nos instruments et paroles viennent d’une autre réalité, celle de l’Occident. Dans un sens musical, on ne peut pas leur donner plus de poids que les autres groupes qu’on aime bien. Mais par contre, on peut dire qu’on se reconnaît dans cet esprit DIY.

Au delà de son aspect bricolé, votre musique se situe quelque part entre l’indie pop et le punk funk. Est ce la suite logique de vos carrières respectives de musicien? Qu’avez vous fait avant Hoquets?

cita22Maxime a joué dans un groupe plus ou moins post rock appelé Some Tweetlove. Ensuite, il a joué dans des groupes de musique minimaliste et improvisée. Il contribue beaucoup à faire bouger Bruxelles. Sans son travail avec le label Matamore et les concerts qu’il organise, c’est sûr que je serais moins impressionné par ce que la ville offre musicalement. François a joué dans un demi-orchestre qui s’appelait Vive le Rouge!, où il s’est notamment occupé des arrangements etc. Il a aussi un travail artistique et plastique avec notamment ses installations d’automates qui font des sons et des rythmes. Il a fait des installations sonores. Moi, je viens d’un passé punk, improvisation free jazz et musique de chambre, et je continue toujours ce projet personnel. Et quand c’est possible, je joue avec le groupe japonais Maher Shalal Hash Baz, dirigé par Tori Kudo. J’ai aussi d’autres projets avec des amis, à base de percussions ou de basson. Certains iaeniaens sont déjà apparus au sein de ces autres formations, mais pas autant qu’avec Hoquets où nos instruments sont le noyau du groupe.

hoquet4Quelle est la réaction du public à un concert de Hoquets? Quel sentiment y règne? La curiosité? La fête? La communion?

La réaction du public est une réaction de surprise: les gens ne croient pas que l’on peut faire de la musique qui pète avec ces objets bricolés. Après les concerts, c’est la curiosité. Ils viennent nous voir pour poser des questions et partager leurs idées. C’est vrai que c’est aussi la fête, et la communion a lieu à chaque concert. On habite le même espace musical avec le public: une bulle du temps à Hoquetsland.

Vous êtes tous les trois d’origine différente, pourtant c’est la Belgique que vous avez choisi comme fil conducteur de ce premier album. Pourquoi ce choix? Avez vous déjà pensé à une future thématique pour un prochain disque?

C’est venu comme ça, dès notre premier jam. A partir de là, j’ai continué de chanter et écrire des paroles sur la Belgique. J’ai une couque de Dinant dans ma cuisine, on a joué sur un terril à Charleroi, on fait les découvertes de ce pays, en groupe ou individuellement. On est en Belgique, ce sont donc les choses qui nous entourent qui nous inspirent. Aussi la célébration de choses insolites (la Belgique reste un peu insolite par rapport aux autres pays, non?). Pour le prochain album, il est encore tôt. Pour le moment, on est content d’avoir enfin ce premier disque entre les mains.

Derrière cette bonne humeur et cette naïveté volontaire tout au long de l’album, Hoquets fait-il passer des messages, des critiques? Lesquel(le)s?

Peut être peut-on dire que c’est un guide touristique, plus que des messages ou des critiques. C’est tout le contraire de naïf. On fait de la recherche. C’est comme dire qu’un chimiste est naïf après qu’il ait fait ses expériences! Il fait ce qui arrive naturellement, il partage ses informations. C’est plus naïf d’aller au magasin d’instruments, et d’acheter une boîte de rythme.

Votre approche de la musique me fait penser à celle de GaBlé, groupe français également adepte du bricolage mais dans un genre différent. Connaissez vous ce groupe? Y voyez vous également quelques points communs?

J’ai vu GaBlé seulement une fois au Terra Trema Festival à Cherbourg, en 2006! Par contre, on se connait! Avec mon projet solo, j’ai joué au minimum deux fois chez Matthieu et Gaëlle!  Ils sont gentils, je les aime bien mais je vois pas trop le rapport dans un sens musical. Ils ne font pas de R’n’belge.

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Quel disque a changé la vie de chacun de vous?

C’est vraiment pas possible pour moi de cibler un seul disque qui ait changé ma vie. Dans un sens, c’est « Belgotronics ». C’est la première fois que je sors un disque sur un label qui imprime un code barre sur la pochette, et qui le tire à bien plus que deux mille exemplaires. Sinon, c’est l’œuvre de Sun Ra, Double Nickels on the Dime, de Minutemen… Mais en retant honnête, ce sont les concerts qui ont le plus changé ma vie, bien plus que les enregistrements! Ceux de Curtains à Washington en 2001, de Maher Shalal Hash Baz à The Red House à Olympia en 2003, de Deerhoof au Showbox de Seattle en 2003, la centaine de concerts de L’Ocelle Mare que j’ai vu en 2006 et 2007… Ce sont aussi des concerts où j’ai commencé à être ami avec les gens qui ont changé ma vie ensuite. J’ai la chance d’avoir beaucoup plus de disques et vu beaucoup plus de concerts que ça. Je peux presque dire que chaque disque change ma vie car, si je l’aime ou ne l’aime pas, il m’aide à définir mes goûts.

Le mot de la fin?

Ce n’est que le début.

Photos live: (c) morgan cugerone (lecargo.org)

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