Interview : Hint (12-2006)

On lui doit le réveil de la bête la plus effrayante que les 90’s nous aient donné en France. Hint a en effet repris du service pour composer la BO du nouveau roman de Stéphane Beauverger. Petit entretien avec l’auteur de « La Cité Nymphale » pour comprendre le pourquoi du comment de l’affaire…

Comment t’est venue cette idée de Bande Originale pour un roman? Et pourquoi Hint en particulier alors qu’ils n’ont plus de véritable actualité depuis 1999?

La Cité nymphaleL’idée n’était pas la mienne à l’origine, c’est la politique éditoriale de La Volte, ma maison d’édition, de publier des textes couplés à un autre moyen d’expression (illustration, musique). Un jour, son fondateur Mathias Echenay m’a demandé à brûle-pourpoint: « Avec qui tu aurais envie de travailler pour une bande originale du livre sur ton nouveau roman? ». La réponse était toute trouvée: Hint!

Quant à savoir pourquoi eux et pas un autre groupe, la réponse est double. D’abord parce que c’était un vieux rêve de travailler avec eux sur un projet (depuis que j’avais découvert leurs albums, je rêvais d’une collaboration), ensuite parce que leur musique colle parfaitement à mon univers. Hint est mon groupe culte, leur univers a de nombreux points de contact avec le mien, donc tout logiquement mon écriture et leurs sons se complètent admirablement… Enfin, je crois.

Pourquoi seulement sur le dernier volet de la trilogie? C’est voulu ou c’est simplement que tu n’avais pas eu l’idée/les moyens à l’époque des deux premiers?

C’était une question de temps, en fait. Dans les deux premiers tomes de la trilogie, « Chromozone » et « Les Noctivores », c’est une collaboration graphique qui a été privilégiée. Et puis, comme ça, Hint a pu travailler en ayant lu les tomes précédents, et conclure magistralement la trilogie.

Ca veut donc dire que l’idée était en projet avant le début de la trilogie?

Oui et non. La Volte avait déjà publié deux romans accompagnés d’un CD, et l’idée me plaisait fortement pour conclure la trilogie, mais elle n’a pas été écrite avec la certitude qu’une telle collaboration serait menée à bien. J’ai contacté Hint avant de m’attaquer au dernier tome, avec les deux premiers volets déjà publiés. Ça donnait un peu plus de crédibilité à ma démarche, je crois, au lieu de venir la gueule enfarinée: « Hey les gars, j’écris mon premier roman, ça vous dirait de reformer un groupe disparu pour en faire l’illustration musicale? »

Comment as-tu découvert leur musique, et comment es-tu entré en contact avec eux? Ca a été facile de les convaincre?

J’ai découvert leur musique fin des années 90 grâce à mon frère, qui est un musicospéléologue averti. Il fait partie des quelques personnes qui me dénichent régulièrement des gemmes enfouies au fond des bacs des disquaires.

C’était l’album « Dys– ». J’ai halluciné dès les premières écoutes. C’était une musique intelligente, novatrice, construite, violente et mélancolique… Plage après plage, je n’en revenais pas de me dire qu’il y avait tant de qualités dans un seul album. La musique de Hint me parle. Quelque part dans les connexions invisibles entre les êtres et les choses, mon cortex dispose d’un maximum de ports ouverts avec leurs morceaux et ce qu’ils racontent. J’ai acheté au plus vite leurs deux autres galettes!

Je savais qu’ils étaient séparés depuis 99, mais quand on veut, on peut! J’ai traqué leur piste sur le net, déniché une adresse mail sur un forum où Arnaud (un des fondateur de Hint) avait posté un message… Prié pour que l’adresse soit encore valide… et il m’a répondu! Je lui ai envoyé mes deux premiers tomes, ça lui a plu, il a contacté Hervé (l’autre membre du duo) et l’idée a fait son chemin, jusqu’à la réalisation de « Phago[cité] », leur Bande Originale du troisième opus de la trilogie.

Comment s’est fait le choix des morceaux? Tu avais une idée précise du tracklisting avant l’écriture du roman, ou vous êtes-vous concertés ensuite sur ce qui collerait le mieux à l’ambiance du texte?

Absolument pas. Il faut que je précise que j’ai une politique personnelle très stricte à ce sujet. Quand je travaille avec quelqu’un sur une création, je déteste interférer avec son domaine de compétence. Je veux croire en l’honnêteté et l’intelligence de chacun. Donc, j’établis un cahier des charges, je discute en amont avec la ou les personnes, et carte blanche! Je veux être surpris et ravi quand le résultat final est disponible. C’était vrai avec les illustrations de Corinne Billon, ce le fut avec Hint. On s’est rencontrés, on a parlé musique, écriture, on a parlé de nos morceaux préférés respectifs, et ils se sont lancés. Arnaud et Hervé ont fait un travail exceptionnel de tracklisting, l’enchaînement des morceaux est leur choix propre, et le résultat est sidérant. « Phago[Cité] » est incroyablement équilibré.

Si Hint avait refusé, tu avais un plan B (comprendre un groupe de secours) ou tu sortais le livre sans BO?

Oui, absolument. J’avais aussi pensé aux Young Gods, autre groupe de prédilection que je suis depuis leurs débuts en… 86, je crois. Peut-être pour un autre projet. C’est amusant d’ailleurs, venant un peu de la même scène « ambient-électro-indus-rock », Hint et les Young Gods se connaissent. Contrairement à Hint que je n’ai jamais vu sur scène, je ne rate jamais un concert des Young Gods.

On vit une époque où l’art se décline de plus en plus de manière pluridisciplinaire (musique/vidéo/danse/théâtre…). Pourtant les rencontres entre la musique et la littérature restent encore des actes relativement isolés. Comment analyses-tu cela? L’industrie du disque et l’industrie du livre sont trop différentes pour s’entendre?

Je n’y connais pas grand chose, mais j’ai l’impression que la législation et le droit commercial y sont pour beaucoup. Un livre et un disque ne sont pas soumis aux mêmes principes de distribution. Je sais que La Volte a dû se débattre et jongler avec pas mal de contraintes pour réussir le pari, au niveau juridique. Mathias a pas mal transpiré pour mener le projet à son terme. Gloire à lui!

Tes prochains travaux seront eux aussi accompagnés d’une BO? Si oui, tu as déjà des idées de groupes?

Eh bien, oui, ce serait avec plaisir, et je commence à avoir des idées précises sur une future collaboration. Une liste de noms se dégage peu à peu. Je ne peux pas en dire plus pour le moment, pour ne pas brusquer les choses. Ce sera un roman dépeignant un monde de marins et de navigateurs. J’aimerais bien une B.O…. maritime, hé, hé, hé.

Tu peux nous donner tes récents coups de coeurs musicaux? Ecoutes-tu la scène dub française dont certains groupes sont très influencés par Hint (Idem, Lab°, Picore, Guns Of Brixton…)?

Mes derniers coups de coeur… hum… (regarde sa liste de nouveautés MP3 du moment…). Pas vraiment des nouveautés fraîches, mais parmi les choses que j’ai découvertes récemment je citerai Ed Harcourt, Coco Rosie, Nick Drake,… Sinon, j’ai découvert Laurent Pernice il y a quinze jours, et j’aime vraiment beaucoup son album « Axident ». Comme je l’ai dit plus haut, je me repose beaucoup sur quelques personnes de mon entourage pour me fournir en musique. J’écoute, je trie, je jette.

Plus largement, les trois dernières claques solides m’ont été administrées chronologiquement par Primus, Tool et Converter. Ces trois groupes brillent haut dans mon firmament sonique depuis quelques années.

On est beaucoup à l’espérer secrètement, tu crois que cette BO va redonner envie au deux énergumènes de s’y remettre pour un nouvel album?

Il faudrait leur poser la question, mais j’ai revu Arnaud à Nantes il y a quelques semaines pour causer un peu, et il m’avouait que l’idée refaisait son chemin, surtout après leur travail sur « Phago[Cité] », et l‘accueil que reçoit le projet. On a émis l’idée aussi d’une collaboration scénique entre eux et moi… Tu sais le genre de truc qui se dit autour de quelques bières! Du point de vue de Hint, leur duo n’est qu’en sommeil, et « La Cité Nymphale » a quelque peu réveillé le monstre. On verra bien! Je suis fier de faire (re)découvrir ce groupe mythique à un public qui l’avait raté à l’époque.

Bon, je détesterais qu’on me pose cette question, mais peux-tu nous donner tes trois titres préférés de Hint et pourquoi?

1 – « Oil-Tanker Shipwrecking », le « diamant noir » de leur discographie. Celui-là, sans rire, je l’ai MP3-sé et écouté en boucle pour travailler, genre huit heures d’affilée. Cinq minutes et quatorze secondes de dérive à l’infini.
Il existe en breton un adjectif difficilement traduisible en français: glaz. Ça désigne la couleur changeante de la mer, du ciel, de l’horizon, entre vert et bleu. « Oil-Tanker Shipwrecking » est une chanson glaz… Pour rester dans le registre de l‘océan, je pourrais dire que c’est une compo saumâtre, amère… J’en avais parlé à Arnaud que ça avait bien fait marrer. En guise de clin d’oeil, ils l’ont intégré en partie au morceau « Khaleel » de « Phago[cité] ».

2 – « Eyes In Axis (diaphonic interférences mix) », sans doute pour le mélange diablement efficace entre les passages paisibles et les explosions de violence. J’adore les hurlements qu’on entend sur le morceau, ça me donne envie de gueuler en même temps.

3 – « Limitless Space », pour le côté planant et solaire du morceau. T’es à bord de ton cargo spatial, la soute remplie jusqu’à la gueule de minerai arraché à quelques astéroïdes… Sur tes écrans, tu vois approcher la station d’arrimage. Tu calques la vitesse de ton vaisseau à celle de la rotation de la station. Dans une heure, tu auras du fric plein les poches et tu siroteras un verre à l’astro-bar! Elle est pas belle, la vie?

Et enfin, comme le veut la tradition à Bokson, on te laisse le mot de la fin…

« Combien de temps vivrai-je encore?… Jusqu’à l’aube! »

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