Interview – Heimat, une histoire d’amitié

Heimat est un projet qui a démarré sans arrière pensée avec, au départ, l’envie toute simple d’Olivier Demeaux (Cheveu) et d’Armelle (Badaboum) de refaire de la musique ensemble, comme ça, juste pour voir ce que ça pourrait donner. De fil en aiguille, ces retrouvailles ont abouti au plus joli télescopage de ce début d’année, avec d’un côté le chant en allemand d’Armelle, et de l’autre les samples prélevés par Olivier dans une pile de disques venus de différents coins d’Asie, entre Japon, Laos et Indonésie. Au milieu, un disque qui semble tiraillé mais sur lequel tout va finalement de soi entre les pôles et les protagonistes. Avant son concert d’inauguration au Treize, on a posé quelques questions au duo afin qu’il nous éclaire sur le pourquoi du comment de la genèse du fin de mot de l’histoire…

Comment le projet Heimat a t-il démarré ? Comment as-tu rencontré Armelle ?

Olivier : Avec Armelle, on se connaît depuis dix ans. On s’est rencontré quand elle a organisé un concert de Cheveu à Strasbourg ou elle avait un squat, le Lactinapapark. J’avais beaucoup aimé l’ambiance du lieu et, du coup, j’y suis revenu pas mal de fois. On avait fait un micro groupe à l’époque, mais ce n’était pas jouable en concert, on avait donc juste enregistré quelques morceaux. Dernièrement, on s’est recontacté, on s’est beaucoup vu étant donné qu’on a fait une tournée avec Cheveu et son groupe de l’époque. On s’est vu à Paris, elle nous a fait jouer à Strasbourg, on s’est revu très souvent. C’est une amie quoi ! Et puis via Cheveu, je me suis mis à bosser sur un logiciel de musique électronique.

C’est la fameuse machine allemande dont tu parlais dans un article de Libération ?

Oui, c’est ça, c’est un sampleur sur ordi avec controleur midi. Du coup, j’ai fait des petites instrus à la maison qui étaient destinées à personne en particulier. J’avais chopé des samples tout seul, ça m’amusait de faire ça de mon coté. Alors, on s’est dit qu’on avait qu’à essayer. C’est hyper simple à utiliser. Avec Cheveu, c’était des boites à rythmes que je récupérais sur des petits claviers, et le postulat était de ne pas utiliser d’ordi. Là, il y a une facilité à faire des boucles.

Du coup, pour les samples, comment t’es-tu retrouvé au contact de ces sonorités orientales ?

Par hasard… J’avais des collocs bouddhistes qui avaient une collection de disques du Japon, du Laos, de Corée, d’Indonésie. Alors j’ai chopé des trucs dans cette grosse pile, en piochant et en écoutant tout ça pendant deux ou trois jours. Sur les trucs plus électro, j’avais un pote ingé son qui faisait du hip hop et qui écoutait de la trap dans la voiture. J’ai essayé de bricoler en prenant des presets du logiciel.

Comment s’est déroulé l’enregistrement ? Comment avez-vous travaillé ?

Armelle : On n’a pas travaillé, on s’est juste dit qu’on voulait faire de la musique. Il m’a donc fait écouter ce qu’il avait découpé. En fait, on se connaît depuis hyper longtemps, et ça faisait un moment qu’on voulait refaire quelque chose ensemble.

C’est allé vite du coup ?

Oui, même si moi, j’habite à Strasbourg. On ne se voit pas tous les jours, mais comme je viens régulièrement, on a bossé quelques aprems et c’est allé vite. C’était facile.
Olivier : Il faut dire qu’on était en studio aussi…
Armelle : Oui c’est vrai.
Olivier : Ça nous a foutu un coup de pied au cul, pour accélérer les choses. On a fait une journée dans un studio qui est tenu par un pote. Le mec nous a enregistré, et ça nous a permis de voir la gueule que ça avait.
Armelle : On a fait des morceaux là bas aussi.

Quand Olivier t’a fait écouté les morceaux, le chant en allemand s’est tout de suite imposé à toi ?

Ça fait longtemps que je fais ça dans d’autres groupes, du coup c’est venu comme ça. Au début, je ne pensais même pas forcément qu’on allait sortir un disque, je pensais juste qu’on allait ‘boeufer’ !
Olivier : Il y avait des trucs comme ‘Trocadero’.
Armelle : Ah oui, ça je n’aimais pas du tout au début par contre.
Olivier : C’est le morceau un peu pute électro là.
Armelle : Oui, avec les violons. Quand tu me l’a fais écouté, j’ai dis non, et puis il m’a forcé (rires). À la fin, j’ai dit ok, et maintenant je l’aime bien. Mais au début, ce n’était pas du tout ça.

Et le morceau en italien, ‘Pompéi’… Il t’est venu comment ?

Ah, ce n’est pas de l’italien non plus. C’est venu comme ça. Pour moi, c’était très spontané, je pense que c’est parce qu’on se connaît bien. Il n’y a pas de pression, pas de malaise. Au début, comme je te dis, il n’y avait aucune finalité.
Olivier : Tu me disais souvent d’enlever des éléments.
Armelle : Après, on n’a pas toujours les mêmes goûts. Il m’a forcé sur certains trucs, mais sur d’autres j’ai dit non. C’était trop moche.

Quand as tu commencé à chanter en allemand ? Dès tes premiers groupes ?

Peut être pas dès les premiers, mais c’est venu assez vite. En fait, c’est un peu ma langue maternelle : je suis de Lorraine, chez moi ils parlent patois, ce n’est pas vraiment de l’allemand.
Olivier : C’est de l’alsacien c’est ça ?
Armelle : Non, ce n’est pas de l’alsacien, mais ça y ressemble. Je ne le parle plus, contrairement à ma famille. Quand je les vois, je les comprends quand même, du coup ça revient comme ça.

Je trouve que l’album est bâti sur ce contraste entre le chant en allemand un peu froid et les sonorités orientales. Vous avez voulu jouer sur les contraires ?

Olivier : On a essayé de mélanger les deux. En termes de sonorités, c’est vrai que ça peut faire hyper arty comme démarche.
Armelle : Non, parce que ça n’a pas trop été pensé. On n’a pas fait de plan avant, en se demandant ce qui allait être bizarre.

Donc, aucune réflexion avant.

Non, on est allé boire des verres. C’est une histoire d’amitié tout ça.

Olivier, tu as aidé Marietta dans la production de son album. Tu as aussi intégré des arrangements de cordes dans Cheveu. Est-ce que ces expériences variées t’aident au fur et à mesure que tu travailles sur de nouveaux projets ?

Olivier : Pas mal sur le mixage, notamment le boulot avec le mec du studio qui a enregistré Cheveu. Il m’a appris beaucoup de choses, sur des notions d’égalisation pour que chaque instrument soit à sa place. Avec Cheveu, c’était tout en même temps au début, et ça permet de voir d’autres trucs utiles qui permettent d’ouvrir le son, même quand il est étriqué à la base. Chez Marietta, par exemple, c’était des sons qui n’étaient pas de très ‘bonne qualité’. Alors le fait de jouer avec Laurent m’a permis d’ouvrir le son.

Tu as d’autres projets ?

J’en ai un avec un mec qui joue du cor. Ca s’appelle Youkounkoun, c’est le nom du diamant dans Le Corniaud. C’est sensé être de l’exotica, et on a commencé à faire des morceaux. Je fais ça avec un jazziste qui s’appelle Victor Michaud. C’est assez rigolo parce que c’est un mec qui écrit beaucoup de musique, un technicien qui a fait le conservatoire. Alors quand il te dit ‘passe en si majeur bémol septième‘, t’es là ‘ouais bon‘…

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