Interview : Gantz (03-2005)

Contre vents et marées, les Bisontins de Gantz mènent, depuis sept années, leur barque dans les eaux radicales d’un rock sombre et angoissant. Après des dates dans toute l’Europe, des splits avec leurs amis de Gameness, Vuur et Amen Ra ou avec les Japonais de Cleaner, les cinq de Besançon s’apprêtent à vivre une trépidante année 2005. Au programme, un nouvel album, des tournées sur le Vieux continent et une escapade au pays du Soleil levant. Tour d’horizon en compagnie de Mike et Joss, membres fondateurs de Gantz et pères du label Impure Muzik.

De la formation originelle, créée en novembre 1998, il ne reste que vous deux. Le line-up est-il enfin stabilisé?

Joss: Cette fois, c’est bon. Le groupe a toujours eu une existence chaotique. Neuf personnes différentes ont déjà joué dans Gantz: deux batteurs, trois chanteurs et deux deuxièmes guitaristes. C’est glauque, et cela m’a déjà fait péter les plombs. À une époque, j’ai même décidé d’arrêter, avant de reprendre. Malheureusement, c’est un peu la vie de tous les groupes. Mais nous poursuivons notre chemin en trouvant un nouvel élan à chaque fois.

Les membres de Gantz ont un emploi du temps pour le moins chargé: projets parallèles, label, site internet… Pouvez-vous en révéler davantage?

Mike: Notre chanteur, Max, officie dans Attila Noise Exponency (hardcore brutal). Stéf, à la batterie, joue dans Kargal (kaotik-core) et The Starlight Extinction (rocking émo). Florian (guitare) évolue également dans The Starlight Extinction, et Joss (guitare) dans un groupe de stoner sludge.

Joss: Seul Attila Noise Exponency tourne actuellement. Max chantait dans le groupe bien avant de rejoindre Gantz. The Starlight Extinction et mon autre groupe sont des formations toutes jeunes. Kargal existe encore, mais de part l’éloignement géographique de ses membres ne joue pas très souvent. Avec Mike nous gérons un label qui s’appelle Impure Muzik. Au départ, nous avons mis 2000 francs sur le premier Nothing To Prove et ensuite, on s’est lancé pour développer le truc. Nous venons de sortir notre dixième production. Nous essayons également de tenir à jour un site avec une page de présentation pour chaque groupe du label (www.impuremuzik.com). Niveau taf, Stéf tente de monter un studio. N’hésitez pas à le contacter si vous souhaitez enregistrer (stephjeanningros@aol.com).

Vous restent-ils suffisamment de temps pour composer? Comment procédez-vous?

Mike: Généralement, on se retrouve tous au local de répète, un riff démarre et nous travaillons dessus. Parfois, un riff arrive tout prêt, mais la composition est, et reste, un effort commun. En fait, il n’y a pas vraiment de méthode ou de recette magique.

Exercice périlleux, comment qualifieriez-vous votre musique?

Mike: Mélancolik Dark émo…

Joss: Je nous définirais avant tout comme un groupe de « rock ». Tous les membres de Gantz possèdent une grosse culture musicale. Nous avons tous ingurgité pas mal de styles différents et actuellement nous essayons juste de faire de la musique, sans nous poser davantage de questions.

Quelle est votre play-list du moment?

Mike: Cela va du sludge – stoner au rocking émo, en passant par du gros son comme du screaming – core… Si je ne devais citer que les plus grands, je dirais Breach, Envy et Isis.

Joss: Nous avons des goûts très éclectiques. Pour ma part, je suis quasi boulimique de musique, j’ai besoin d’en écouter en permanence. Actuellement, c’est plutôt Electric Wizard, Zegota, la nouvelle démo de HK, Cheval De Frise, Submerge, Fugazi, Sonic Youth, Breach, Ekkaia, Neurosis, Fantomas, Dazzling Killmen, Condense, De Facto…

Vos textes sont sombres, pessimistes, angoissants et sérieusement revendicateurs. La musique vous permet-elle de délivrer un message militant?

Joss: C’est un sujet épineux… J’estime que l’on ne peut pas se prétendre « apolitique ». Cela me paraît beaucoup trop « facile » de se considérer comme neutre, de dire que l’on n’a pas d’opinion. Je considère au contraire que « tout est politique ». Si tu joues dans des lieux autogérés ou si tu vends tes skeuds de la main à la main au prix qui te semble juste, c’est déjà une prise de position.

Mike: Gantz n’a pas de vrai message politique à faire passer. Mais ses membres, de par leur engagement dans différents projets, montrent qu’il n’est pas primordial d’avoir un message à transmettre si les actes suivent à côté… Quand un groupe s’investit dans la scène punk hardcore, et même si à l’intérieur du groupe les opinions divergent, il est très souvent porteur d’un message: celui de proposer une alternative aux musiques que l’on entend sur les ondes. Que l’on joue à l’autre bout du monde ou près de chez soi pour une poignée d’euros, la foi est la même.

Les artworks des productions d’Impure Muzik et de vos divers splits sont à chaque fois réussies. Vous semblez y accorder une grande importance?

Mike: Pour Gantz, le visuel est effectivement important. Dans notre démarche, nous voulons vraiment satisfaire les gens (et nous-mêmes) sur l’objet qu’ils peuvent détenir entre les mains. Pour cela, les pochettes des disques ou les affiches sont longuement travaillées. À l’avenir, nous aimerions que diverses personnes s’impliquent dans la création des artworks, car chacun a sa propre perception de notre musique.

L’Allemagne, la Suisse, la Belgique, l’Italie, la Hollande, le Luxembourg, la République Tchèque, l’Autriche… Gantz a sillonné l’Europe en long, en large et en travers. Comment se sont déroulées vos diverses tournées?

Mike: En général, elles se passent relativement bien. Bien sûr, il y a des heurts, dus à la fatigue, au stress, et au caractère de chacun… Bien souvent, on a voulu jeter l’éponge, mais nous sommes toujours là. Aujourd’hui, nous connaissons mieux nos limites et chacun appréhende les petits défauts des autres. Nous avons décidé de réduire la durée des tournées pour en profiter davantage, dans la joie et la bonne humeur. En plus, cela nous permet de tourner plus régulièrement que par le passé.

Quel est votre meilleur souvenir?

Mike: Jouer avec Envy…

Joss: Ses innombrables rencontres et discussions avec d’autres personnes à l’autre bout de l’Europe. Le punk hardcore ne connaît pas de frontière !

Et le pire?

Joss: Difficile de hiérarchiser les mauvaises expériences… Pour moi, le pire a été de m’apercevoir que je ne pouvais pas m’entendre avec des gens qui partageaient pourtant mes affinités musicales.

Mike: Un squat pourrave, bourré de toxicos, à Gent en Belgique, qui a bien failli coûter la vie du groupe.

Pouvez-vous concevoir la musique sans la scène?

M & J: Les concerts sont essentiels, c’est un vecteur de longévité pour le groupe. Que l’on joue devant deux, cinq ou trente personnes, le plaisir est toujours là. C’est cette notion de partage qui est importante, de voir qu’à 1000 km de chez toi tu peux croiser des gens simples, gentils, réfléchis et communiquer avec eux par le biais d’une passion. Nous n’avons encore jamais atteint la perfection sur cd, en tout cas, pas celle que nous recherchons, mais il est vrai que parfois sur scène on s’est réellement fait plaisir. Il nous est arrivé de vraiment communier avec les gens, c’est ça le plus fort.

Comment le split avec Gameness, Amen ra et Vuur (octobre 2004) a vu le jour?

M & J: C’est un split cd, intitulé 4 ways split # 1 (car il y en aura d’autres), comprenant deux groupes français et deux formations belges, Emo vs Heavy si on veut plaisanter. Ce disque a été coproduit par trois labels, Recaps records, dirigé par nos amis de Gameness, Heart On Fire, contrôlé par Julien, grand combattant de la cause punk-hardcore autant dans la musique que dans sa vie professionnelle, et Impure Muzik… Au départ, ce n’était qu’un projet de split cd avec Gantz et Gameness, puis Julien d’Heart On Fire a soumis l’idée du 4 ways.

Sur votre précédant split, vous partagiez la galette avec Cleaner (mars 2004). Quels souvenirs en gardez-vous ?

M & J: C’est une énorme surprise d’avoir pu mener ce projet à son terme. Sans le soutien de Yoshi (Oto records, Cleaner) et de nos amis de Maldoror, le projet aurait eu du mal à exister. Le split est sorti en 1000 exemplaires en France, et 1000 autres au Japon. L’avenir sourit aux audacieux, et nous espérons boucler la boucle en allant jouer au Japon courant 2005.

Qu’avez-vous programmé d’autre pour l’année à venir?

Mike: Nous comptons sortir un nouveau disque courant mai-juin 2005. Pour l’instant, nous cherchons un ou plusieurs labels… Si quelqu’un est intéressé, qu’il nous signe! Nous allons également nous atteler à la promo d’un vinyl de Gantz qui va sortir chez SM muzik. Pour cela, nous réaliserons quelques dates en mars 2005 en Allemagne, Hollande, Belgique… Il y aura aussi des concerts cet été, notamment des festivals. En fait, il y a tellement de pays que nous aimerions visiter. Toute la Scandinavie, les pays de l’Est (Pologne, Biélorussie, États Baltes) ou le Canada.

Le mot de la fin…

Mike: Merci à tous ceux qui nous soutiennent de près ou de loin, en espérant vous rencontrer sur nos prochaines dates. À bientôt.

Joss: Sus à l’élitisme et vive l’éclectisme!

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