Interview – Gaggle, du gin plein la burqa

« I love cigarette, I love guitare ». 22 poupées fluos s’égosillant sur un refrain pareil méritait bien qu’on s’attarde quelques instants sur cette chorale d’Outre Manche, aussi discrète et timide qu’une sortie de pub à Manchester. S’indignant haut et fort de l’assise masculine dans le secteur musical, Deborah Coughlin , initiatrice du groupe et bergère du troupeau (Gaggle en anglais, ndr) a décidé de créer son propre « instrument de musique géant ». Une bonne maîtrise des effets vocaux et visuels, une louche de girl power et de loufoquerie britannique, rajoutez à cela un soupçon de Gin et quelques carrés de chocolat, vous obtiendrez la recette Gaggle. Le troupeau ne manqua pas de se réunir au grand complet pour cette interview: 22 réponses par question… Vous avez la journée devant vous les filles?

L’INTERVIEW EN INTEGRALITE

« When you will see Gaggle, you will be gaggled » s’accordent à dire les critiques. Guitares et cigarettes sont-ils selon vous la clef du succès?

Gaggle: Plus en ce qui me concerne en tout cas, je viens d’arrêter de fumer pour essayer de chanter correctement… Je ne sais pas si c’est la clef du succès mais, en tout cas, ça aide bien sur le chemin (rires). Comme le gin, le champagne, et le tricot! Hey, mais on a oublié de lister plein de choses dans cette chanson!
Deborah Coughlin
: Ca fonctionne bien parce qu’un tas de gens se sentent concernés par le sujet. Tout ce débat sur le fait de fumer ou d’arrêter de fumer. C’est surtout une chanson bien efficace au final, et qui marche bien sur le dancefloor aussi.

Comment le troupeau a-t-il été recruté?

Gaggle rose: Les choses se sont passées différemment pour chacune d’entre nous je crois. Lorsque Deborah a lancé le projet, elle cherchait avant tout des femmes motivées. Je sais qu’il y a de vieilles amies à elle. En ce qui me concerne, c’est une copine qui m’a parlé de cette chorale et du fait qu’on y recrutait activement; j’y suis allée et j’ai rejoint le groupe sans même avoir passé d’audition. Dans un sens, peu importe la façon dont nous sommes arrivées là. Ce que Deborah avait en tête, c’était surtout « vous faites partie d’un troupeau maintenant, mettez vous là et chantez en chœur!« 
Gaggle bleue
: Moi, j’ai reçu un mail expliquant le projet, disant que si je trouvais ça cool, je pouvais en être. J’ai trouvé ça marrant et j’y suis allée tout simplement.

gaggle21En vous voyant, on pourrait comparer Gaggle à une petite armée. Si c’était le cas, pourquoi vous battriez-vous? Le féminisme? Le cercle féminin dans le secteur musical?

Deborah Coughlin: J’ai créé Gaggle avant tout par réaction à ce que j’ai pu vivre avec mon précèdent groupe (586) et tous les concerts que j’ai organisés à Londres. J’ai réalisé qu’il y avait un décalage considérable entre les hommes et les femmes en ce qui concerne la crédibilité artistique. Il est beaucoup plus difficile pour les femmes de s’imposer et de convaincre les médias de façon générale. C’est de là que l’idée de Gaggle m’est venue. Je me suis dit qu’il fallait jouer sur un autre terrain, qu’il fallait créer une strate différente, une plateforme où les femmes pourraient faire de la musique et laisser libre cours à leur créativité. Je voulais un endroit où les femmes puissent se regrouper et chanter autre chose que les sempiternels couplets féminins sur le sexe, l’amour, leurs seins, leur cul… J’avais envie de parler d’autres choses, d’alcool, de clopes, de guitare, de mensonges, de politique, de Susan Boyle.. Dans l’ensemble je suis assez satisfaite, je crois qu’on a atteint cette nouvelle configuration, les femmes peuvent échanger librement, travailler ensemble, se confronter entre elles, c’est une expérience nouvelle.
Gaggle bleue
: On nous pose souvent cette question « pourquoi vous battez vous?, pour quelle cause militez-vous?« . Je pense que Gaggle est quand même un peu féministe dans le sens ou nous avons toutes du caractère, de la volonté, on a toutes des activités et projets parallèles, mais nous ne sommes pas des timbrées extrémistes féministes lunatiques.

Vous avez dit un jour: « nous ne sommes pas religieuses, en tout cas pour aucune des religions qui existent actuellement ». A quoi ressemblerait le dieu Gaggle?

Deborah Coughlin: Il serait différent pour chacune d’entre nous je crois. Notamment, parce que certaines d’entre nous sont de vraies croyantes. Mais Gaggle n’a pas de vocation religieuse, et je ne crois pas que l’on ait besoin d’un Dieu. On a déjà tout ce qu’il nous faut: un laptop, du maquillage, des talons hauts, du gin et des barres chocolatées! Et puis on nous a nous surtout. Nous et notre talent! Enfin bon, clairement on n’a pas vraiment besoin de Dieu… Cela dit, en tant qu’ancienne catholique, je me dois de rajouter un petit quelque chose… « hum Dieu s’il te plaît, pardonne moi pour ce que je suis en train de dire..« 

gaggle11

Alors oublions Dieu mais restons dans la foi. Quels seraient les 10 commandements de Gaggle?

Gaggle: Ouhhhh… On aurait du la voir venir celle là!
Deborah Coughlin: Tu sais quoi, nous avons nos 10 commandements en quelque sorte. Nous avons notre propre code de conduite, un code que l’on se doit de suivre si on veut rester au sein du groupe: on ne baise pas avec un autre membre du groupe, on ne ment pas, on n’est pas en retard, on n’oublie pas son passeport, on n’a pas le droit de dormir à New Cross quand on doit partir le lendemain de Might Champel (éclats de rire)… Donc oui, on a certaines règles et on s’y tient bien, parce que c’est vraiment bien d’en avoir parfois.
Gaggle orange
: Je ne crois pas que ça pourrait fonctionner sans ça d’ailleurs. Ou ça serait le chaos le plus total, on tomberait probablement dans la caricature du groupe de filles qui s’engueulent et piaillent toute la journée. Donc ça nous est bien utile, et je dois dire qu’on s’en sort très bien avec ça, pourvu que ça dure.

Un certain nombre d’images et d’ambiances viennent à l’esprit en écoutant votre musique, entre petit cirque des curiosités et ravissant cauchemar, une armée de filles dans un monde vaporeux...

Deborah Coughlin: Dis donc, tu pourrais nous mettre tout ça par email s’il te plaît? Ca nous pourrait nous servir pour notre Myspace.
Gaggle: J’aime bien cette idée de gentil cauchemar, c’est une bonne description. Il y a clairement de tout ça. Pour ma part, c’est le truc le plus excitant que j’ai fait, j’adore la stupéfaction du public lorsqu’on est face à lui.
Deborah Coughlin: Le regroupement d’une vingtaine de filles chantant de concert, foutant le bordel avec leurs gros sabots fait toujours son petit son effet. Je ne connais pas la formule scientifique de tout cela, mais il se passe vraiment quelque chose de physique avec le public. Il y a un type qui nous a dit tout à l’heure « hey mais putain, c’est le seigneurs des anneaux votre truc!« . Dans un sens, c’est complément ça… Je ne sais pas trop dans quoi je m’embarque en évoquant ça, donc je ne vais pas m’étaler sur le sujet, mais je suis quand même d’accord avec lui (rires).
Gaggle rose
: Le truc vraiment puissant, c’était lors de la première répétition. J’ai été scotchée par l’énergie dégagée, la puissance du groupe, toutes ces filles qui chantent ensemble, la diversité des formes, des tailles, des couleurs… Ça fait vraiment partie des raisons pour lesquelles j’ai joint le groupe et que je veux y rester. Personnellement, je le vois vraiment comme un privilège.

Êtes-vous influencées visuellement par certains artistes?

Deborah Coughlin: Oui en effet, en Islande à Reykjavick, il y a un groupe qui s’appelle « The Weird Girls », qui est tenu par une fille nommée Kitty Von-Sometime. Elles font essentiellement des performances vidéos, elles ne savent jamais ce qu’elles vont filmer avant le jour du tournage, mais généralement il y a beaucoup de sang, de verre, ce genre d’ambiance. Il y a également le « Wonder Brass », un autre groupe des filles Islandaises, visuellement très colorées aussi, pas trop dans le style de beautés classiques actuelles ni dans le délire de ce que l’on peut voir d’habitude. Pas de gros seins, ni de longues jambes, ce genre de trucs. Dès le début, je voulais incorporer cet élément visuel autour du groupe, je voulais « habiller » cet instrument géant, lui donner un son et une allure différente. C’est chose faite!



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