Interview – Fortune est précieux

Il parait qu’on nait pop ou qu’on le devient. Lionel, l’homme qui se dresse au front de Fortune, ne vous dira pas le contraire, lui qui faisait autrefois sonner les prémices de l’electro hip hop français au sein d’Abstrackt Keal Agram. Aujourd’hui, le breton compose des morceaux pop synthétiques chantés en anglais pour le compte d’un nouveau projet dont on attend le premier album, « Staring At The Ice Melt », en mars prochain chez Disque Primeur. C’est à l’occasion de la première édition de nos soirées Mind Your Head que nous avons pu en savoir un peu plus…

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D’abord pourriez vous nous dire comment s’est formé Fortune?

Lionel: En fait, on était dans un groupe auparavant qui s’appelait Abstrackt Keal Agram, avec Tepr également. A la fin, on avait développé un live un peu plus instrumental, avec batterie notamment. C’est là qu’Hervé nous a rejoint. Abstrackt s’est ensuite arrêté, et on a continué tous les trois. On est donc devenu Fortune officiellement en 2007.

Un premier maxi est donc sorti. Comment avez vous réussi à accorder vos différents parcours comme vos différentes influences pour arriver à ce premier disque qu’on pourrait qualifier d’electro pop rock?

Hervé: C’était le mélange de nos influences à nous, de plein de styles qu’on aime.
Lionel: Moi, avant Abstrackt Keal Agram, je faisais déjà partie d’un groupe de rock dans lequel je chantais. J’ai complètement arrêté le chant ensuite. On a tous des goûts en commun, et chacun nos petits jardins secrets (rires).

Dans votre musique, on ressent à la fois une influence new wave et French Touch, de Air à Daft Punk notamment sur votre dernier titre « Highway » sorti récemment. Vous revendiquez aussi des formations pop rock des sixties, même Michael Jackson. Qu’est ce que Fortune essaye de faire revivre exactement?

Lionel: Tu parlais de new wave… Je trouve pas que ca fasse partie de nos influences, on n’est pas forcément d’énormes fans de Joy Division par exemple.
Hervé
: Si, moi je l’ai été…
Lionel
: Oui, mais ce n’est pas l’influence qui ressort. A chaque fois, on botte un peu en touche parce que ce ne sont pas ces groupes là qui nous plaisent vraiment, qui nous influencent pour le projet. C’est plutôt la fin des années 70 et le début des années 80, quand le hip hop rencontrait le disco, le début de l’électro, la pop ou même des trucs comme Blondie. Ca, ça nous intéresse beaucoup. Il y a eu une espèce de croisement qui était assez intéressant. Je pense qu’on n’a pas le côté « dark » d’un groupe traditionnel new wave.

fortune31Fortune est un peu emblèmatique de la tendance actuelle, c’est à dire d’une hybridation des genres qu’on entend aussi chez Pony Pony Run Run ou Naive New Beaters. Pensez vous que les barrières musicales vont continuer à s’estomper ou penseriez vous plutôt que c’est un phénomène passager?

Lionel: Les années 2000, c’était ça, l’effondrement des barrières. Maintenant, tu as MGMT qui fait des morceaux avec Jay-Z ou Kid Cudi . On assiste à des rencontres qui auraient été totalement improbables il y a dix ans, quand les rappeurs n’aimaient pas le rock. Ou seulement Phil Collins. Et inversement. Ca s’est démocratisé, et il n’y a pas eu vraiment de style à émerger durant cette décennie. Il y a eu des trucs hyper forts, enfin super originaux. Mais ces derniers temps, tout le monde a eu la volonté de respecter le schéma couplet/refrain.

On a souvent tendance à vous rapprocher d’un groupe comme Phoenix. Vous avez d’ailleurs remixé un de leurs titres . Cette comparaison vous va t-elle?

Lionel: Au delà de leur musique, c’est vraiment la gestion de leur carrière qui est intéressante. Ils ont fait quatre albums hyper intéressants, ils ont su développer leur style, le faire évoluer. Quand tu écoutes, tu sais direct que c’est du Phoenix. Ca, c’est super bien. Après notre ressemblance avec eux se situe surtout dans la volonté de faire une musique pop assez groovy, très portée sur les rythmiques. Eux sont plutôt guitare, alors que nous, on a plus tendance à mettre en avant les basses. Mais ça ne nous pèse pas. En plus, ils nous soutiennent. On a été super flattés qu’ils disent du bien de nous dans des interviews, des choses comme ça.

lpDeux EPs de Fortune sont sortis en avril et juin dernier, et annoncent l’arrivée prochaine de votre album (22 mars 2010, ndr). Comment avez vous abordé son enregistrement alors que deux ans sont déjà passés depuis la formation du groupe? Quelles sont les évolutions majeures que vous avez pu constater par rapport à vos débuts?

Hervé: On a bien avancé de ce côté là. Lionel avait écrit de très bons trucs, et on a eu de super conditions pour les enregistrer, de bons instruments pour des bonnes prises, du temps, Pierrick Devin une nouvelle fois à la réalisation…
Lionel: Pierrick est important dans le processus de création. C’est important pour nous d’avoir un producteur qui est totalement en phase avec ce qu’on fait. Lui, c’est vraiment la personne idéale.

Donc vous vous sentez prêts à le sortir…

Lionel: Oui, mais il est prêt depuis un an en fait.
Hervé: La majeure partie en tous les cas.
Lionel: Le label n’a pas voulu le sortir tout de suite donc nous, on était un peu vert parce qu’il était fini et qu’on avait envie de le faire écouter aux gens. On a très vite compris qu’ils avaient raison parce qu’on ne pouvait pas le sortir comme ça. C’était trop dur, on aurait vendu trois disques. Concrètement, il fallait faire monter le buzz. C »est un peu horrible de dire ça, mais tu es obligé. Entre temps, on a fait des clips, on a beaucoup développé notre image en bossant tout le temps avec Akroe.

Cet album comptera beaucoup d’invités. Qui sont ils?

Lionel: Il y a Arnaud Roulin de Pony Hoax aux basses machines. Ca a été une aide précieuse parce qu’on programme habituellement la plupart de nos basses, et lui les a jouées aux machines et en live…
Hervé: …En faisant des variations, à la main, en les jouant en même temps…
Lionel: C’est une espèce de génie de la basse machine. Il n’y en a pas beaucoup qui font ca, et lui est très bon, il excelle. Sinon, il y aussi Mélody Prochet (My Bee’s Garden) qui a fait des choeurs, Jean Thévenin (Tahiti Boy…) aux percus, Francois notre guitariste, qui nous accompagne aussi sur scène…

fortune2Dans la crise que le disque traverse, pensez vous que la scène reste le meilleur moyen de promotion pour un artiste aujourd’hui?

Lionel: Oui, c’est un peu le seul. On a la chance d’avoir signé sur un label anglais (Distillers), ce qui nous permet d’aller jouer là bas régulièrement. C’est vrai que les concerts, c’est hyper important, et c’est pas mal que ça revienne. Quand tu parlais de la French Touch toute à l’heure, c’était totalement inexistant sur scène. Au delà du live, il faut aussi essayer de se vendre un peu, d’avoir des synchros pour compenser la perte des ventes de disques.

Quel est le disque qui a changé votre vie à chacun?

Lionel: J’ai appris la musique et la guitare en écoutant « Smells Like Teen Spirit » de Nirvana. Ca a été un choc énorme, je l’ai écouté en boucle. J’ai retrouvé la cassette l’autre jour, le début est complètement niqué à force de l’avoir écoutée. Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi ça me mettait dans tous mes états alors que c’était juste quatre accords. C’est bizarre, c’était surtout dans la facon de le jouer, la manière dont s’est amené. C’est incroyable. Il y a vraiment une puissance folle dans ce groupe. Après, Nirvana ne m’a pas vraiment influencé bizarrement.
Hervé: Moi, c’est « Breakfast In America » de Supertramp que j’écoutais quand j’étais môme. C’est sublime au niveau des arrangements, de la couleur… Je l’écoute toujours.
Pierre: Moi, je dirais « L’Homme à Tête de Chou » de Gainsbourg. En plus c’est marrant parce que ca n’a pas trop marché à l’époque.
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