Interview : Fermin Muguruza (01-1999)

Peux-tu nous expliquer le concept du Brigadistak Sound System?

C’est une idée qui est née l’année dernière au cours de la tournée avec Dut. J’ai aussi voulu concrétiser le fait d’avoir des contacts avec beaucoup de gens avec qui j’ai eu l’occasion de collaborer sur différents projets, disques, tournées… J’ai fait un bilan de toutes ces expériences et rencontres et ce bilan, c’est le Brigadistak que jai signé mais qui est le fruit d’une collaboration avec de nombreuses personnes qui ont apporté leurs idées musicales et idéologiques. Ce sound system fait référence au concept internationaliste qui à l’heure actuelle, me semble important face à la mondialisation qui génère la misère. Il fait aussi référence à notre conception de la musique qui vient de Jamaïque, une musique qui permet à tout le monde de s’exprimer librement. Même si la ligne conductrice du disque est la langue basque, les gens peuvent participer à ce disque en proclamant leurs idées dans leur propre langue qu’elle soit française, italienne, castillane, basque…, minoritaire ou non.

Le choix des invités a-t-il été difficile?

En lisant le livret du disque, tu t’apercevras qu’il comporte des noms de personnes avec qui je collabore depuis longtemps. Cela fait seize ans que je travaille dans le milieu musical que ce soit avec Kortatu, Negu Gorriak, Dut, Esan Ozenki qui fait la promotion des groupes basques, Gorra Herriak qui propulse les groupes sur la scène internationale. Je reste en contact avec les mouvements révolutionnaires, les projets subversifs è travers le monde entier. Le plus important pour moi est que tout le monde ait participé et contribué à l’aboutissement du projet.

On a eu l’agréable surprise de voir que tu reprenais des morceaux de tes anciens groupes, pourquoi ce choix?

C’est quelque dose que j’ai toujours eu à l’esprit. Avec les Negu, on reprenait Kortatu « Zu Atrapatu Arte »; avec Dut, on reprenait les Negu et Kortatu; et maintenant, on reprend Kortatu, les Negu et Dut. Ce soir, étant donné que c’est un festival, on ne les a pas toutes faites car on a joué 40 minutes au lieu d’une heure et quart. Ces groupes représentent un bagage culturel et musical basque auquel j’aime faire référence.

Dans « Harria », tu dis `j’ai essayé de soulever la pierre qui représente mon peuple ». Cela évoque t-il des retombées de ton combat pour l’indépendance d’Euskadi qui ne seraient pas aussi fortes que tu l’espérais?

C’est une autocritique et une idée symbolique. Au Pays Basque, il y a un sport qui consiste à soulever une pierre très lourde. Elle représente le peuple et lorsque tu la soulèves, ça signifie que tu soulèves le peuple. Ce que je dis dans ce morceau est une autocritique du jugement très répandu qui consiste à croire qu’une seule personne puisse lutter. Lutter seul est important mais ce qui prime, c’est la lutte collective et la tactique collective qui sont les plus efficaces pour faire bouger les choses. Moi-même, j’ai pensé que seul je pouvais faire quelque chose. Sans les autres, c’est impossible.

Tu défends ardemment la cause des opprimés, comment es-tu considéré et perçu dans les pays concernés?

J’ai énormément voyagé dans toute l’Amérique et je me suis aperçu que les gens ne connaissaient même pas leur culture, qu’ils l’avaient perdue. Après la conquête espagnole, le génocide indien, seuls l’espagnol, l’anglais et le portugais se sont imposés. Ces gens-là ne savent pas d’ou ils viennent et lorsque nous, en tant que groupe, nous nous exprimons dans une langue millénaire, que nous la maintenons vivante, cela provoque l’admiration. A chaque fois que je discute avec eux, ils m’encouragent à continuer de faire exister cette langue et cette culture, pour nous mais aussi pour eux. En Amérique Centrale, il y a de nombreuses langues vivantes qui disparaissent peu à peu et leur culture également. Grâce aux tournées, beaucoup de gens connaissent ma musique. Pour moi, ne pas comprendre la langue n’est pas un obstacle parce qu’ils saisissent l’attitude, l’envie que nous avons de communiquer avec eux.

Profites-tu de ton succès pour défendre des causes humanitaires ou écologiques par exemple?

Il y a des moments, des situations, des actions et des peuples précis qui peuvent te toucher et te faire souffrir. Dans chaque disque, j’essaye de faire un résumé de ce que je ressens. Je peux aborder les problèmes des peuples, mais j’ai toujours à l’esprit que ma lutte est au Pays Basque. Je pense que la lutte de chacun se trouve à l’endroit ou il est. La solidarité internationale est très importante mais si tu ne te bats pas à l’endroit ou tu vis, ça dénature ton combat. Je suis basque et je lutte pour le Pays Basque, je travaille avec des organisations politiques ou des organisations chargées d’obtenir l’antirépréssion en faveur des prisonniers politiques et des réfugiés. Je travaille aussi avec les comités internationalistes chargés de la solidarité au niveau international, et les autres qui existent au Pays Basque. Étant populaire, je suis envoyé dans ces structures pour étudier le moment ou nous pouvons organiser une action et être efficaces dans tous les domaines.

Quelle est l’actualité d’Esan Ozenki?

L’année prochaine, cela fera dix ans que nous serons indépendants, nais avons sorti à peu près 150 disques; c’est significatif. L’indépendance est une lutte constante car à l’heure actuelle tout est contrôlé par les multinationales et l’industrie musicale. Les basques soutiennent la musique basque, la nouvelle génération est intéressante car elle travaille sur des concepts différents tout en continuant à chanter en basque. Je sui très optimiste, les disques sont distribués, les gens peuvent ainsi écouter de le musique étrangère. Ca brise le cercle de la musique commerciale.

Le but du label est-il atteint ou aspires-tu à une évolution précise?

Quand nous avons commencé, nous avions des références et des modèles précis comme Dischord ou New Red Archives. Au bout de dix ans, le label est consolidé et est même devenu un exemple à son tour. Nous devons continuer à travailler dans le même sens, c’est à dire dans l’autogestion, veiller à ce que les nouveaux groupes aient des espaces d’expression, des relations au niveau international pour que la complicité idéologique et commerciale puisse s’exprimer au niveau planétaire.

Quel est ton prochain projet?

Pour l’instant, nous sommes en tournée avec le Brigadistak, rien d’autre…

Tu as quartier libre pour clore…

Devant cette maladie qu’est le scepticisme et cette tendance à dire que tout est perdu, je dis qu’on peut toujours faire quelque chose.

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