Interview : Favez (03-2003)

« From Lausanne Switzerland » a un son plus brut que le précédent. Etait ce une réelle volonté de votre part? On a comme l’impression que vous avez gagné en personnalité musicale de ce fait…

Après 2 ans de tournées, le but était vraiment d’être le plus cru possible, le plus sincère et énergique en studio. On a tout fait live en 2-3 prises et le but était que ça rock. Du coup, ce disque représente complètement notre groupe au moment ou on l’a enregistré. Le groupe était très musclé, nerveux et teigneux… Quand on est arrivé à New York, le 14 Septembre 2001, notre producteur Agnello était sur les nerfs avec cette histoire d’attentats dont tu as peut-être entendu parler… Du coup, il était très heureux d’apprendre qu’on voulait faire un album de rock brut; il venait de passer la dernière semaine avec des gars qui pinaillaient sur le niveau du tambourin, et il était content de faire du garage pendant 2 semaines…

Vous travaillez actuellement sur un nouvel album. Pouvez vous nous en parler et le comparer aux précédents?

On vient de finir l’enregistrement, ce sera un peu plus soft que « From Lausanne… », on a un nouveau batteur moins attiré par Led Zep que le précédent et les morceaux sont plus pop. Après « From Lausanne… » où on avait privilégié l’énergie et l’aspect massif du groupe, on voulait revenir à quelque chose de plus léger, des morceaux avec des versets, des refrains, toutes ces choses qu’on a un peu laissé de côté jusqu’à cette année.

J’ai cru comprendre que vous l’enregistriez par vous mêmes. Pourquoi ce choix?

On a espionné notre producteur John Agnello (Dylan, Patty Smith, Dinosaur Jr., et mille autres…) les deux fois où on a travaillé avec lui. On a beaucoup appris sur la prise de son (qui est presque entièrement une question de technique) et vu que notre bassiste a un bonnard petit studio digital qu’on a pu avoir a vil prix pour un mois, on a pris le risque (et je crois qu’on s’en est plutôt bien tiré) de tout enregistrer nous même. C’était agréable de pouvoir prendre le temps, de chercher des arrangements un peu plus finauds que d’habitude. Et c’était bien aussi d’être en groupe tout le temps, sans pouvoir compter sur qui que ce soit à part nous mêmes… C’était une bonne expérience. On attend de voir ce qu’Ed Rose, qui va recevoir les bandes pour les mixer dans quelques jours au Kansas, va en penser, mais je pense que c’est une expérience qu’on va renouveler.

Vous avez déjà sorti un disque acoustique. Qu’avez vous appris de cette expérience? Comptez vous la renouveler?

On a appris à oser quelque chose dont on avait envie, mais qui nous semblait risqué et un peu inatteignable. Avec ce disque, tout est devenu plus clair, que ce soit l’importance des compos, le concept du silence ou de la respiration. C’est un cliché vieux comme le rock, mais déballer une chanson de son bruit permet de l’appréhender différemment, de revenir à sa source et de la remettre au centre de ce que fait un groupe. On a tous souvent tendance à se perdre dans des recherches de sons, de fréquences et de dynamique, quand ce qui est réellement important, c’est le morceau…

Votre signature sur Doghouse a fait figure d’évènement sur la scène indé européenne. Comment s’est fait le deal? Vous avez sûrement du gagner en crédibilité mais quelles ont été les retombées positives (et négatives) exactement (en Europe et aux USA)?

Nous avons simplement envoyé notre album acoustique à quelques labels que nous aimions bien (dont Kill Rock Stars, Beggars Banquet et 2 ou 3 autres) ainsi qu’à la seule distribution indé américaine que nous connaissions (Lumberjack). Nous avons signé pour l’Europe avec l’un des meilleurs labels indépendants allemands (Stickman/Sticksister) et nous avons une excellente relation avec eux depuis 5 ans. Ils sont fantastiques et nous les adorons, ils représentent exactement ce que ce business devrait être s’il n’était pas gâché par les incompétents, les cupides et les égocentriques qui sont la plupart du temps à la tête des labels ou des distributions. En même temps, les gens de Lumberjack aux USA adoraient notre disque, et ne voulaient pas qu’il sorte aux States dans l’anonymat d’un label européen. Ils l’ont donc donné à Dirk de Doghouse qui nous a directement contacté pour une distribution américaine et japonaise. Il est ensuite venu nous voir jouer à Munster en Allemagne, nous avons parlé pendant des heures, il avait joué dans cette même salle avec son groupe Majority Of One, il aimait bien notre mentalité, son label était en train de devenir très gros (le « Four Minute Mile » des Get Up Kids avait vendu (et allait vendre encore) des dizaines de milliers d’exemplaires). Bref, nous étions contents et lui aussi. Puis, il a acheté Lumberjack qui est devenu très gros aussi, il a revendu les Get Up Kids à Vagrant et son label est devenu moins important pour lui. Vu qu’il avait du travail avec Lumberjack, il a essayé de trouver quelqu’un pour s’occuper de Doghouse. Il a finalement trouvé un bon gaillard (Bryan Sheffield) qui s’occupe de Doghouse depuis 2 ans. Mais dans l’intervalle, nous avons sorti deux albums sur un label qui vivait un peu sur sa réputation… Mais le travail qu’ils ont fait sur « From Lausanne… » est excellent et le label à redémarré (leur dernière signature, les All American Rejects sont directement passés sur Dreamworks…) donc l’avenir s’annonce bien de ce côté là. On doit dire que malgré qu’on soit sans doute un des plus faibles vendeurs du label, ils nous ont toujours soutenus, aidés et rendus services…

N’est-ce pas difficile de travailler avec un label américain lorsque l’on est de Suisse?

Bien sur, on ne les voit pas souvent, on a des contacts peu fréquents, et s’ils étaient notre unique label, ce serait très frustrant. Il se trouve qu’ils sont un peu un bonus, un complément à Stickman, alors on n’est pas très exigeants avec eux et notre relation n’est pas vraiment une relation groupe/label traditionnelle. Mais, encore une fois, ça se passe tranquillement, et je crois que les deux partis sont satisfaits.

Comment expliquez vous l’explosion de la scène suisse à laquelle Favez, Houston Swing Engine, Toboggan… ont contribué?

« Explosion », comme tu y vas… Mais la scène Suisse ne compte pas sur les microscopiques capacités et infrastructures du pays. Nous sommes obligés d’aller à l’étranger pour tourner, et si on veut toucher plus que quelques centaines de personnes, il faut obligatoirement se tourner vers l’Europe. C’est frustrant, difficile, mais quand ça se décoince, c’est très gratifiant! Tous ces groupes (et des dizaines d’autres comme Chewy, Knut, Nostromo, Brazen, Velma, Honey For Petzi,…) sont vraiment bien accueillis à l’étranger, au Japon aux USA, et je pense que si la Suisse se suffisait à elle-même comme territoire de rock’n roll, jamais nous n’aurions fait l’effort d’essayer l’étranger…

Cela fait 13 ans que vous jouez. Quels changements majeurs avez vous remarqué pendant ce laps de temps?

Internet évidemment. La scène est devenue plus forte, plus grande, moins fragmentée, moins snob et citadine. Presque que du positif!

Quels sont les disques sur lesquels vous avez tous accrochés récemment?

Tous? Aucun à part peut-être le nouveau Nick Cave, le Solomon Burke, le Houston Swing Engine, le Brazen et le Hot Water Music… Fabrice, notre batteur, est fan de Iron Maiden depuis qu’il a 10 ans, et tous les groupes qu’il écoute, qui ne sont pas Maiden, ne sont finalement qu’un palliatif… Il n’a même pas vraiment honte… Yvan, notre bassiste, n’écoute que des vieilles merdes comme Deep Purple et Steppenwolf; Guy n’a pas aimé le dernier Tom McRae et moi j’ai acheté des vieux Steve Earle, du Waterboys et Sage Francis… Je ne peux pas parler pour les autres, mais la scène hardcore/rock indé/emo m’emmerde à mourir ces derniers temps… Ces groupes qui passent leur temps à essayer d’être Mineral et Jawbreaker à la fois (même si j’aime beaucoup ces deux groupes) ou un mélange de The Breach et Kiss it Goodbye me laissent complètement froids… Mais bon, chacun son truc, ça doit être parce que je suis un vieux con…

Quels sont vos meilleurs et pires souvenirs de tournée?

Les dernières tournées qu’on a fait en Europe, ou on avait un gros bus bonnard, rencontré pas mal de gens, fait de bons concerts avec une ambiance de groupe incroyablement festive… C’était très très bien. Le pire, c’est sans doute les dates aux USA, devant des enfants de 15 ans au Q.I. d’huître, la tête pleine de clichés nationalistes et chrétiens… Charmant pays…

On vous voit très rarement en France. Quand prévoyez vous d’y faire une tournée complète?

Hhhmmm… Les anecdotes ne manquent pas au sujet de nos tournées françaises. Les tourneurs français et espagnols ont du mal à se concorder sur l’organisation des tournées et lorsqu’ils y arrivent et que les choses prennent forme, tout tombe à l’eau parce que l’un des deux se désiste ou ne parvient pas à rivaliser avec d’autres groupes face aux clubs, soi disant que l’on est encore un petit produit. On se retrouve donc à faire des premières parties de groupes locaux qui jouent de l’acoustique expérimentale. Ceux ci annulent au dernier moment et on se retrouve en tête d’affiche devant les potes du groupe de première partie, excellent d’ailleurs, programmé à la dernière minute… Deuxième anecdote, on nous téléphone pour faire un festival cool avec plein de groupes sympas qu’on se réjouit à mort de rencontrer (Dead Pop Club, Sexypop, Seven Hate, etc…). Tout est confirmé, mais la tête d’affiche (Dionysos) annule, le festival décide de vider le programmateur et, au lieu de rechercher une nouvelle tête d’affiche, refait toute la programmation! En attendant, on refuse une date qui tombait au même moment. Je pourrais t’en écrire des tartines comme ça mais en résumé, en tous cas pour nous, jouer en France, c’est le bordel à chaque fois… Maintenant et ceci dit, les rares dates qu’on a fait en France, on a rencontré les organisateurs les plus gentils du monde! Ces gars de Cognac, au West Rock, étaient vraiment fabuleux! Et notre tourneur est un brave homme malgré tout… Mais bon, on a quand même fait un festival qui nous a programmé après Lofofora… Qu’en France que ça arrive ces trucs là!…

Quels sont vos projets pour les mois à venir?

On va au Japon tourner avec Snapcase et Hot Water Music, puis Fabrice sort un album avec son autre groupe « A Season Drive », je sors mon album solo (sous le nom « The Sad Riders »), nous faisons une petite tournée en Allemagne, Belgique, Autriche, Suisse avec Chewy, puis nous sortons le nouveau Favez en août et la fête continue!

Le mot de la fin…

« I’m afraid of Americans » (D. Bowie)

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