Interview – Edward Sharpe & The Magnetic Zeros, le feu de l’amour

« Home » est le genre de chanson qu’on sifflote sans même savoir qui l’interprète. Ce titre aura au moins permis à Edward Sharpe & The Magnetic Zeros de se faire un nom, de s’offrir quelques apparitions télé outre Atlantique, de vendre pas mal de disques, et de se retrouver au programme de l’édition 2011 de Rock en Seine. Là ou, devant un parterre de journalistes incroyablement passifs, nous avons pu nous retrouver face à son leader Alexander, sorte de hippie des temps modernes dont les yeux comme le sourire trahissent une profonde gentillesse. Ça tombait plutôt bien puisque nous avions quelques questions à lui poser au sujet de ce collectif parmi les rares révélations pop de ces dernières années.

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Il est difficile de commencer cette interview autrement que par « Home ». Beaucoup de groupes cherchent à pondre le tube ultime sans jamais parvenir à même l’effleurer. Avec ce titre, vous avez fait mouche dès votre premier essai. Du coup, courez-vous maintenant après un deuxième « Home »? Parce que c’est quelque chose que votre public est en droit d’attendre de vous, non?

Certainement, et c’est tout à fait compréhensible qu’il ait cette attente. Jusque là, la bonne nouvelle c’est que « Home » existe, et que cette chanson sera toujours là, pour nous et pour tout le monde. Après un succès comme celui-ci, une chanson qui fait presque l’unanimité, dont on reçoit tant de compliments… Evidemment qu’on aimerait pouvoir créer un deuxième titre de cette trempe, mais ça ne suppose pas une pression particulière pour le groupe. Cette chanson est là, elle existe, et c’est tant mieux.

Au moment de terminer une telle chanson, est-on conscient que l’on détient une véritable pépite entre ses doigts?

cita1Je ne pouvais pas prévoir que cela deviendrait notre titre référence à l’heure des démos, mais il est clair que l’on ressentait quelque chose de vraiment spécial en l’interprétant. Il se passait un truc… Quand j’ai commencé à composer cette chanson, il me venait à l’esprit celles des années 60 où un chanteur répondait à la phrase d’un autre, comme s’il tenait une conversation. Il y a juste de l’amour et de la joie dans ce morceau, et j’avais la sensation que cela faisait très longtemps que je n’avais pas entendu de chanson simple comme celle-là. On parle toujours de sexe, ou on veut essayer d’être plus cool que les autres. Là, « Home », c’est célébrer l’amour et la vie d’une manière simple.

ed2Tu as déclaré que l’exercice de composition était pour toi quelque chose de vital, qui te permettait de te découvrir un peu plus à chaque fois. Tu mènes en parallèle d’Edward Sharpe une carrière solo sous le nom d’Alexander… As tu le même rapport à la composition dans ces deux projets?

Non, c’est un peu différent. Avec The Magnetic Zeros, je me sens en quelque sorte responsable en étant la voix d’un groupe. Les lyrics des chansons peuvent venir d’expériences personnelles, mais cela doit aller plus loin que ça… Je ne me vois pas écrire des trucs pour le groupe du style « Oh je me sens mal, j’ai eu une mauvaise journée« . Par contre, j’ai cette liberté avec Alexander… Mais avec The Magnetic Zeros, l’approche est différente, moins personnelle.

As-tu entendu la version de « Home » publiée sur Youtube par un père et sa petite fille? Penses-tu que cette vidéo ait contribué au succès de la chanson?

cita2Évidemment! Ca s’est révélé être une opportunité de voir notre musique vraiment dépasser beaucoup de frontières. Il y a beaucoup de versions de « Home » qui circulent sur le net, et c’est vraiment appréciable, ça montre que les gens ont envie de la jouer et de la partager avec les autres. On ne peut qu’être content d’une telle chose. C’est un sentiment unique de voir que l’on reprend l’une de vos chansons dans plein de coins différents du globe. Ce genre de chose nous fait dire que ce qu’on fait en vaut la peine. Trouver nos chansons un peu partout sur internet, c’est une chose, mais que d’autres personnes en fassent leur propre version puis la publient sur le net, c’est une sensation très forte.

Il y a comme un sentiment fédérateur dans les projets auxquels tu participes. Te sens-tu tel un leader ou un porte-parole d’une communauté?

J’ai parfois cette sensation, oui. Après, je me sens également souvent comme un énième homme dévoué à quelqu’un d’autre, ou à quelque chose d’autre, à une cause, à des idées… Je ressens une responsabilité par rapport aux autres, le besoin d’être le meilleur possible pour les autres. Etre connu et reconnu par des gens que je ne connais pas mais qui apprécient mon boulot me fait avoir ce genre d’attitude, celle de vouloir donner l’exemple en quelque sorte.

Est-ce qu’un nouvel album de The Magnetic Zeros est en cours?

Oui, on a déjà joué plusieurs nouveaux morceaux en concert cet été, et le disque sortira très certainement au printemps-été 2012. On a encore beaucoup de boulot de composition, d’arrangements de celles dont on dispose déjà. Après cela, si tout se déroule comme prévu, on rentrera en studio en fin d’année.

Ce nouvel album va t-il prendre une nouvelle direction musicale ou est-ce qu’il s’agira d’une suite logique du premier?

Je pense que ce sera une suite naturelle à ce que l’on a déjà fait. On n’a pas prévu de se remettre en cause musicalement, et on n’est pas non plus rentré dans une phase cocaïne (rires) qui fait qu’on va complètement craquer sur le prochain disque.

Alors as-tu déjà ton nouveau « Home »?

cita3(rires) Je crois que ce serait bizarre pour notre public que l’on refasse une chanson qui rappelle vraiment « Home ». Ça parait étrange à dire mais, au delà de ça, ce serait presque trop facile, et on aurait vraiment la sensation de tromper les gens qui nous écoutent. Et ça, ce n’est pas le but. Je pense qu’on a déjà de très bonnes nouvelles chansons. Il y aura pas mal de lead vocals différents, les autres membres du groupe sont tellement créatifs qu’il faut laisser tout le monde s’exprimer dans cette belle démocratie. Donc je ferai des choeurs sur pas mal de chansons aussi. Ca va être excitant d’enregistrer tout ça et de l’amener sur scène ensuite. Ca va faire grandir un peu plus le groupe. Ce sera un album encore plus éclectique. Ce sera un bon disque, en tout cas on va tout donner pour que cela le soit!

ed31On sent que tu as besoin d’une liberté totale dans ton approche de la musique. Est-ce compatible avec le business qui impose souvent ses lois?

Tout à fait, je crois même que l’industrie de la musique a besoin de se faire remuer de temps en temps, comme toute autre industrie. Il faut que les gens bousculent un peu l’ordre établi. De toute façon, j’ai besoin de cette liberté pour créer. Il est difficile de m’imposer de rendre ma copie à la fin du mois: si je ne suis pas satisfait de ce que j’ai, c’est même impossible et dépourvu de sens.

The Magnetic Zeros se composent de dix membres. On parlait de communauté auparavant, c’en est déjà une belle, non? Est-elle fermée ou peut-elle accueillir continuellement de nouveaux membres?

C’est un collectif très ouvert dans le sens où tout le monde est là parce qu’il en ressent le besoin. On est bien ensemble, ça marche entre nous, il n’y a pas de compromis qui fasse que, si l’un s’en va pour une raison ou une autre, tout va se casser la gueule. Chacun a sa vie et doit opter pour ce qui est le mieux pour lui. Après, c’est toujours un déchirement quand quelqu’un quitte le groupe, quelle que soit la raison. Dans notre cas, plus qu’une communauté, je parlerais de famille. Ca va plus loin. On crée ensemble, on grandit ensemble, on vit ensemble, et on pleure aussi ensemble de temps en temps…

On ressent également une véritable sincérité dans tout ce que tu fais et tout ce que tu dis, ce dont pas mal d’artistes manquent en général. Il y a toujours beaucoup de calculs à l’heure actuelle. C’est quelque chose qui n’existe pas chez toi… Défends-tu une cause quelconque à travers ta musique?

Il est impossible de tricher pour moi. Ne pas être sincère me rend malade, et je me sens mal quand j’imagine que cela puisse arriver. Il n’y a aucun calcul dans mon attitude, j’ai juste un besoin vital d’être sincère dans tout ce que je fais pour pouvoir me regarder dans la glace la tête haute. J’ai ce besoin de transmettre cette sincérité aux autres, que cela soit positif ou négatif. Comme ça, quand j’ai parfois une mauvaise passe en tournée, je n’ai pas à faire mon numéro alors que je n’en ai pas envie, je n’ai pas à sourire simplement pour faire le gars rock’n’roll bien dans ses baskets. Ca n’a pas de sens pour moi, ce n’est pas moi… Certains pensent qu’être totalement sincère est un acte courageux, c’est là l’erreur, ça devrait être notre attitude à tous, tout simplement.

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