Interview : Dj Skandal (06-2006)

Pour commencer, peux-tu te présenter?

Dj Skandal, de Gennevilliers. Je suis Dj depuis 1994, dans la musique un petit peu avant. Mais c’est 94, car c’est à cette date que je me suis équipé sérieusement.

Qu’est ce qui t’as amené au Djaying?

Au départ, dans les années 80, j’écoutais plus de la funk. Je suis venu au rap un peu plus tard. Pour le Djaying en fait, j’ai un pote qui est parti en vacances en me laissant ses platines. J’ai branché son matos, je m’y suis essayé, j’ai kiffé, j’ai voulu avoir la même chose et voilà. Bien sûr, j’avais entendu des mixes de Dj français et américains, et j’ai voulu faire la même chose, c’est essentiellement ça qui m’a amené à être Dj.

Peux tu nous résumer ton parcours musical?

J’ai sorti une mixtape en 2000, qui est plus ou moins passée inaperçue, qui s’appelait « Ma Définition Du HipHop ». Puis j’en ai fait 2 autres avec un pote, qui n’ont pas eu non plus un gros succès, mais je n’ai pas lâché. Avec Ameldabee, on a eu alors l’idée de sortir les mixtapes « Versus », et c’est là qu’on a commencé à vendre un peu plus. L’idée est venue en discutant, on était pote, mais on se taillait tout le temps sur le son d’où l’idée d’un clash entre nous, chacun choisissant un producteur. La première opposait Pete Rock et Jaydee, la seconde Hi-Tek et Madlib, et la troisième D.I.T.C et Beatnuts. Ces trois premiers volumes étaient en cassette, puis on a fait du cd, le premier étant le deuxième round Pete Rock versus Jaydee, puis Erick Sermon versus Large Professor. Ce fut la dernière avant que chacun parte de son côté. Par la suite, j’ai sorti mes « HipHop Foundation » en vinyl.

Justement, comment t’es venu l’idée des « HipHop Foundation »?

mix “Hip Hop Foundation vol1?

Au départ, je voulais faire une mixtape classique. En faisant les Versus, Ameldabee a ramené le concept d’intégrer des samples, ce que j’ai fait aussi. Puis j’ai voulu mélanger des titres et des samples, et en mixant je me suis dit pourquoi ne pas faire un disque avec uniquement les samples, et faire un vinyl plutôt qu’un cd qui aurait été noyé dans la masse. Je me suis inspiré d’un Dj qui a sorti un maxi en 1999 qui s’appelait « Live from Brooklyn » je crois, et qui était basé sur l’idée d’enchaîner les samples. J’ai cru qu’il allait faire plusieurs volumes mais il s’est arrêté là. Je me suis dit pourquoi ne pas développer plus le concept. J’ai donc sorti un premier volume qui a eu un bon accueil, c’est pourquoi j’en ai sorti un deuxième.

Quels sont tes critères pour le choix des samples?

Le premier critère, c’est les morceaux de rap que je kiffe. Forcément, je recherche le sample. Mais c’est surtout par rapport à ce que j’arrive à trouver en vinyl. Donc j’ai des gens qui me donnent des infos, je me serre pas mal d’internet, et surtout l’écoute. Le meilleur moment, quand tu découvres un sample, c’est quand t’écoute un album de jazz au hasard et qu’à un moment tu te dis « oh putain! », c’est untel qui a repris cette partie, ou un autre qui a pris cette guitare. Bref, c’est au feeling, je vais dans les magasins, à l’ancienne, je fouille les bacs. J’ai des potes qui partent souvent à l’étranger, alors je leur fais une liste de skeuds à me ramener. J’ai souvent un carnet sur lequel je note tout.

Quel est le but des « HipHop Foundation »?

En fait, il n’y a pas de but mais des raisons. Vu qu’il y a de moins en moins de bonnes choses qui sortent dans le rap, et que dans ma vie personnelle j’ai rencontré d’autres gens qui écoutaient d’autres choses, c’est plus une volonté d’ouverture, de ne pas rester que sur le rap. Par le sample, tu découvres d’autres styles, pas que de la soul ou du funk. Si objectif il y a, c’est de concrétiser ma passion, d’être productif. De faire aussi quelque chose que les autres ne font pas.

Pour toi, quelles sont les qualités que doit posséder un Dj?

Tout d’abord, il doit avoir des disques. Ca peut faire sourire mais maintenant il y a des Dj qui n’ont plus de disques. Ils ne travaillent que sur ordinateur, ils n’ont que du Mp3. Pour moi, un Dj doit avoir une culture, donc des disques, des vinyls. Il doit avoir une oreille et s’il se dit Dj hip hop, il doit également avoir un minimum de technique, connaître quelques phases, savoir mixer proprement.

Quels conseils donnerais-tu à des jeunes qui voudraient s’y adonner?

Je ne sais pas trop, d’abord bon courage parce que ce n’est pas évident. En vérité, je ne sais pas trop, je ne suis pas prophète en la matière, alors donner des conseils… Aimez la musique et voilà.

Quels Djs t’ont influencé et t’influencent aujourd’hui?

Dee Nasty, puisque c’est le premier mix que j’ai entendu, Cut Killer, même si je n’écoute plus trop ce qu’il fait aujourd’hui. À l’époque il était très présent, j’écoutais ses émissions sur Nova. Ensuite, évidemment, les Djs américains tels que Dj Premier, Rob Swift, les X-cutioners (quand leur album est sorti en 97 j’ai pris une grosse claque), Dj Révolution, Q-bert qui influence tout le monde donc forcément moi aussi, et plein d’autres.

Même question, mais pour la musique, aussi bien le rap que les autres genres…

Dans le hip hop, je suis assez nostalgique des années 90, donc Gangstarr, A Tribe Called Quest, De La Soul, le D.I.T.C, Public Enemy… Plus récemment, je me suis replongé dans la soul, le funk, donc James Brown, Marvin Gaye, Donny Hattaway… On va dire tous les grands de la musique noire. Tout ce qui tourne autour du rap en fait, un peu de jazz aussi, mais je pense que je vais encore élargir mon écoute.

Quelle vision portes-tu sur le hip hop français contemporain?

J’écoute quasiment plus de rap français, ça ne me correspond plus. Je me sens déconnecté, comme si il y avait un fossé entre ce que je fais et ce qu’ils font. Le côté hardcore du rap français, la surenchère, ça me saoule. C’est valable pour la majorité, même si il reste quand même quelques bonnes choses qui sortent, mais elles sont trop rares.

D’après toi, qu’est-ce qui a le plus changé dans le rap ces dernières années?

Le hip hop a mûri, comme toute musique, et aujourd’hui il y a plusieurs courants qui sortent du rap. Le côté gansta, l’indé… Avant, il y avait moins de différences entre ces courants là. Maintenant, tout est cloisonné, ceux qui écoutent du gansta ne vont pas écouter autre chose, celui qui écoute LIM n’écoute pas Kev Brown. Pourtant, ces deux artistes, on les met dans la même catégorie musicale.

Pourquoi avoir choisi la voie de l’autoproduction?

D’abord, c’est un moyen d’être complètement libre. Et puis surtout, je n’avais pas vraiment le choix. Mais je n’ai démarché personne. C’est sûr qu’avec une grosse structure derrière moi, ça m’éviterait de faire certaines choses, car ce n’est pas évident de tout faire soi-même. Mais bon, le plus important est d’y arriver.

Toi qui ne travaille qu’avec des vinyls, que penses-tu de la montée en puissance du téléchargement?

Je suis assez mitigé. Ça donne accès à la musique au plus grand nombre, ce qui est bien. Mais en même temps, le rapport qu’on avait avec la musique et donc le disque n’est plus le même. Quand tu as un disque dans les mains, tu as un rapport avec l’artiste, avec son univers, avec le label, avec les musiciens. Et puis le téléchargement, ça fait du mal aux artistes. Moi, je suis indépendant. Si demain on met mon disque sur internet, si je n’arrive plus à en vendre à cause de ça, je ne pourrais plus en sortir et là j’aurais un peu les boules. C’est bien pour se faire connaître, mais si j’ai un message à faire passer aux gens, c’est celui de les inciter à télécharger les gros artistes. Pour les indépendants et surtout les autoproduits, faites l’effort, car on paye plein de choses et il faut une rentrée d’argent pour que l’on continue à faire ce qu’on aime.

Quels sont tes projets?

Je me lance dans la production, donc j’aimerais bien sortir un projet en 2006 avec des prods. J’ai travaillé avec des musiciens de jazz récemment, donc j’aimerais bien collaborer avec eux, intégrer le côté machine, platines et musiciens. Et peut-être d’autres mixes, car j’ai encore des samples en réserve et d’autres que je cherche. Je vais encore en trouver donc il risque d’y avoir un troisième « HipHop Foundation ». J’arrêterai peut-être la série après sa sortie.

Le mot de la fin…

Big up à tous ceux qui ont lu cette interview, vous pouvez vous connecter sur djskandal.net pour découvrir les « HipHop Foundation ». Et merci à tous ceux qui poussent le hip hop sur la bonne voie.

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