Interview : Dead Pop Club (03-2006)

Comment « Trailer Park » a t-il été abordé? Quelles sont les erreurs que Dead Pop Club a pu commettre sur les précédents opus qui lui ont servi pour ce nouvel album?Olivier: « Trailer Park » a été abordé comme les deux précédents. A savoir dans l’urgence. A chaque fois, on parle de mieux préparer nos enregistrements, de faire des maquettes, de mieux travailler les arrangements, les choeurs et autres, mais au final, on se retrouve toujours pris par le temps. Je finis par croire que l’on est toujours les mêmes cancres qu’au lycée, où l’on faisait nos devoirs la veille de l’interro. Là, c’est pareil. Il nous faut une échéance pour que la machine à compo se mette en branle. Et c’est aussi une des forces du rock de pouvoir être conçu dans l’urgence. On n’est pas là pour envoyer une fusée sur la lune. On laisse les calculs scientifiques aux autres.« Trailer Park » semble annoncer une maturité définitivement acquise, un talent d’écriture incontestable. Dead Pop Club a t-il connu un déclic?On a du mal à avoir du recul sur notre musique. Il est extrêmement dur de s’auto analyser. Mais c’est vrai que l’on se sent plus à l’aise dans la composition. Les morceaux viennent beaucoup plus facilement. Pareil au niveau des textes. Au début, je devais me forcer. Maintenant, c’est un devenu un jeu. J’y prends goût. Le livret de « Trailer Park » est d’ailleurs le premier à présenter les textes. S’il y a eu un déclic, je crois que cela a été l’enregistrement de « Autopilot Off ». Cela a été la première fois que l’on a eu l’impression de toucher du doigt ce que l’on avait en tête. Pour la maturité, je ne sais pas. C’est quand même marrant comme mot, surtout quand on voit que l’on a tous plus de trente balais et que l’on continue à faire les cons sur scène à suer comme des dératés!Pas mal de groupes voient en le changement de producteur une manière d’avancer. Vous, vous restez fidèles à Fred Norguet. Pourquoi? N’étiez-vous pas tentés par une expérience à l’étranger comme les Flying Donuts ou les Unco l’ont fait récemment?Si. On y a pensé. Mais on est trop des branleurs dans l’organisation. Et financièrement, je ne sais pas si on aurait pu se le permettre. En même temps, on se sent à l’aise avec Fred. On tenait vraiment à retravailler avec lui dans un plus grand studio que Pole Nord à Blois, là où ont été enregistrés les deux premiers albums. Là, nous sommes allés en partie au Chalet en pleine campagne bordelaise. Nos albums sont une excuse pour passer du temps avec Fred Norguet. De plus, on est un peu peureux. Essayer un autre producteur, c’est aussi courir le risque d’être déçu à l’arrivée. Vu l’argent que l’on doit emprunter pour enregistrer, on a jusqu’ici joué la carte de la sécurité. Fred nous connait bien et sait nous gérer. Mais il se peut que pour le prochain disque, on tente une autre aventure. Quel regard portez-vous sur cette nouvelle scène « à l’anglaise » qui fait le bonheur de la presse? Est-ce qu’elle vous sert quelque part?Non. Je ne crois pas. On ne s’y intéresse pas vraiment. La hype nous fait chier en général. Alors on a tendance à passer à côté. Pourtant, il y a de très bons groupes dans ce courant. J’aime bien Bloc Party, Artic Monkeys a un bon single. Mais Franz Ferdinand me courre sur le citron. Dans un an, on verra qui il restera. Le faible soutien médiatique en France, notamment en matière de radio, est-il quelque chose qui commence sérieusement à vous peser? Quelle est votre opinion au sujet de cette « politique » culturelle?Non. On n’y pense pas. Même si c’est parfois rageant. Les groupes belges, suédois, allemands, espagnols ont le droit de chanter en anglais. On ne vient pas les emmerder avec ca ni leur reprocher. C’est un peu injuste. C’est vrai qu’en restant en anglais, on se ferme certaines portes. Mais c’est notre sensibilité. Notre culture est essentiellement angloxasonne et on ne voit pas comment écrire du Dead Pop Club en français. On aurait trop peur de sonner comme ces groupes vendus comme punk rock par les majors. Maintenant, si on chantait en français, cela ne veut pas pour autant dire que l’on serait en radio. C’est bien plus politique et compliqué que cela. Sinon, on aurait du Vulgaires Machins ou du Guerilla Poubelle sur les ondes. A vrai dire, j’écoute peu la radio. Quand je veux écouter un groupe, je le mets sur ma platine directement.Selon toi, la culture en France est-elle en danger? Quel rôle joue internet pour un groupe comme le vôtre?On va vers une uniformisation générale. Les gens n’ont aucune curiosité. Pourquoi Offspring joue t-il à Bercy et pas les Uncos? Les labels indés disparaissent, les Fnacs diminuent leurs références, les distributeurs indés se cassent la gueule. La droite a coupé les vivres aux salles. Les petits groupes comme nous sont les premiers à en patir. A nos débuts, il y a sept ans, la génération Seven Hate nous plaignait de commencer maintenant tant tout leur paraissait plus difficile. Aujourd’hui, c’est à nous de plaindre les plus jeunes. C’est de plus en plus dur de monter une tournée et d’avoir des cachets corrects. Après, le punk est une réaction. Les groupes les plus intéressants sont souvent apparus pendant des périodes troubles. On verra ce que celle là va donner. Internet est une aubaine. On n’est pas tous d’accord sur le téléchargement dans le groupe, donc je parle en mon nom, mais je trouve que c’est génial que des gens qui n’ont entendu que notre nom, et qui ont un peu plus de curiosité que la moyenne aient envie de fouiner sur le net pour écouter quelques uns de nos titres. On a d’ailleurs monté une page myspace exprès pour cela (www.myspace.com/deadpopclub). Internet affecte t-il nos ventes? Je n’en sais rien. Surement. On sait que les gens gravent mais d’un autre côté, il y a surement une partie de notre public qui a acheté notre disque après l’avoir entendu sur le net. Evidemment, si plus personne n’achète de disques, on aura du mal à en faire d’autres. Et surtout, les labels indés se casseront tous la gueule. Acheter un disque sur un indé est une prise de position, une manière de soutenir un mouvement, une contre culture. Personnellement, dès que j’aime un groupe, j’ai besoin d’acheter le cd. Un disque n’est pas juste une succession de chansons sur une rondelle, ou un fichier informatique. C’est un tout, avec la pochette, le livret, un ordre dans les morceaux. Les groupes ne le font pas par hasard. Il y a une réflexion derrière. C’est pour cela que l’on essaie autant que possible de soigner notre artwork. Il est une part essentiel de notre univers.Parles nous de Buzz Off maintenant. Comment fonctionne le label? Qu’est ce qui dirige ses choix? Quel bilan fais-tu de son activité après plusieurs années?Buzz Off est véritablement mon jouet. Je suis le seul dans Dead Pop Club à le gérer. C’est vraiment un label de branleurs. Je l’active uniquement quand j’ai le temps, l’envie et surtout l’argent. Mais cette envie me revient régulièrement. Avoir un label et sortir des disques est génial. J’adore le jour où les cartons de disques déboulent chez moi. Tu as tous envie de les ouvrir!!!! Mes choix fonctionnent au coup de coeur. Sur les douze prods que j’ai sorti, la plupart sont des compilations genre les deux « Emo Glam Connection », le tribute à Seven Hate, « 21 Good Reasons Not To Go To America », le tribute à Fugazi. Ensuite, il m’arrive, quand je peux me le permettre, de filer un coup de main à un jeune groupe dont j’apprécie la musique et dont je crois au potentiel. Ce fut le cas pour Sexy Pop et Thirty Six Side. Dès le départ, avant que l’on bosse ensemble, je leur avais énuméré mes limites dues au temps et au budget. Je ne suis pas un véritable label. Je conseille aux groupes de chercher mieux et si vraiment ils ne trouvent rien, j’essaie d’aider. Quand je vois la qualité des albums de Sexy Pop ou Thirty Six Side, avec le recul, je suis vraiment content d’avoir associé le nom de Buzz Off à leurs débuts. Outre les compils, je perçois Buzz Off comme un tremplin pour des groupes jeunes. Je n’ai ni les épaules ni la capacité de produire un véritable album. Vous approchez de la trentaine, si vous ne l’avez pas déjà. Est-ce qu’on se sent vieux au milieu de toutes ces jeunes pousses?Parfois oui. Surtout au retour de quatre jours de tournée où l’on met tous une semaine à s’en remettre!!! On a tous mal partout et on se plaint comme des vieux papys! Autrement, on ne se sent pas si vieux. A vrai dire, il y a pas mal de groupes avec lesquels on joue qui ont nos âges, voire qui sont plus vieux. Comment Dead Pop Club fait-il pour transpirer toujours autant l’adolescence?Ca s’appelle l’adulescence. Une partie de nous croit toujours qu’elle est adolescente tandis que l’autre essaie désespérément d’arriver à l’âge adulte. Le punk pop conserve. J’espère quand même que l’on nous dira stop avant que l’on ne soit pas trop ridicules ou momifiés à la Eudeline. Quelle est la prochaine étape dans l’évolution de Dead Pop Club?Le relookage de Guillaume.Plusieurs choses m’intriguent: ou Guillaume achète t-il ses packs de chemises à carreaux? Est-il toujours hypocondriaque? Quand Jérôme sera t-il champion du Val de Marne de body building? Je n’ai rien en stock sur la paire d’Olivier, mais ça ne saurait tarder. Que les deux victimes se vengent…Arrête, Guillaume croit qu’il a la classe avec ses chemises à carreaux. On croit qu’il met toujours la même depuis des années alors qu’il en rachète régulièrement. Je crois qu’il ne s’est jamais remis du grunge! Et c’est le parano de la bande! Mais il en faut. Le fait qu’il questionne tout nous permet d’avancer musicalement. Cela compense avec notre jm’en foutisme. Jer est effectivement le costaud de la bande et le dernier couché. Quant à Duwick, il est toujours à la bourre. Grâce à lui, on s’est contruit une sacrée réputation de groupe jamais à l’heure pour les balances! Mais il est le charmeur, le sex appeal scénique de nous quatre. Quand à moi, héhé, vu que je suis le seul à répondre à tes questions, je vais pouvoir être épargné cette fois-ci. Ouf!!!!Le mot de la fin…On prépare un troisième « Emo Glam Connection » pour le 6 juin 2006. A la fois un disque et un concert sur la thématique 6.6.6. On ne sait pas encore dans quelle salle, on a parlé avec la Maroquinerie, mais cela sera à Paris. Il y aura Uncommonmenfrommars, Dead Pop Club, Flying Donuts, Sexy Pop, Generic (Ex Second Rate) et The Pookies. L’occasion d’invoquer le démon à venir pervertir nos pauvres âmes!!!!

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