Interview – Dam Funk, comme son nom l’indique…

Une collaboration avec Steve Arrington, un nouvel Ep  »In a Focused Daze » annoncé très prochainement, et un deuxième album prévu pour 2012, Dam Funk – l’ambassadeur du modern funk californien – n’arrête plus depuis la sortie chez Stones Throw de son premier album  »Toeachizown » en 2009. De passage à Paris pour la deuxième fois en six mois, le producteur de boucles psychés a pris le temps de nous en apprendre un peu plus sur son parcours déjà bien riche, ainsi que sur ses probables futurs (gros) projets.

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Tu as eu une vie avant Stones Throw… Quand as tu vraiment commencé dans la musique?

Professionnellement, j’ai commencé en 2001… (pause). En fait non, longtemps avant puisque j’ai travaillé pour Solar Records avec Leon Sylvers (à qui l’on doit entre autres « And The Beat Goes On » de The Whispers et les tubes de Shalamar, ndr), je jouais du clavier. Puis plus tard avec plusieurs rappeurs de la scène West Coast. C’est seulement vers la fin des années 90, début 2000, que j’ai commencé à travailler de mon côté pour arriver à bosser avec Stones Throw au milieu des années 2000. J’ai rencontré Peanut Butter Wolf lors de plusieurs gigs a L.A. ou j’étais dj. On aime la même musique, ça s’est donc fait assez naturellement, et de façon très spontanée. On aimait tous les deux ce que faisait l’autre, et quand il a entendu mes morceaux sur mon Myspace, il m’a proposé de faire des remixes. Mon premier pour lui fut celui  »Burn Rubber » de Baron Zen (2007).

La dernière fois que tu es venu à Paris, tu disais que tu faisais déjà de la musique en 1992…

Ouais, en fait, mes premiers titres datent de 88, j’étais un gamin. J’avais un Moog, un synthé Casio, et j’enregistrais mes morceaux sur cassettes. C’était surtout pour le fun. Le but n’était pas de se faire signer sur un label. C’était juste pour moi, mes amis, et mon entourage proche. J’ai grandi à Pasadena qui est une toute petite ville de la banlieue de Los Angeles. C’est seulement vers le milieu des années 90 que j’ai bougé vers la  »grande ville » avec d’autres musiciens du coin pour me rapprocher du groove.

dam2Tu décris ta musique comme étant du modern funk, qu’est-ce exactement?

Le modern funk, c’est des gens comme Prince, Slave, One Way… Le funk, c’est James Brown, ce genre de trucs, le 45s funk. Le lien entre les deux, c’est Sly And The Family Stone, c’est le pont avec le funk des débuts qui débouchera ensuite sur le P Funk, Rick James, Prince: tous ces artistes qui ont cherché  à moderniser tout ça. C’est à eux que l’on doit le modern funk.

Tu parles souvent de Prince comme de l’artiste phare du funk des années 80. Pour les plus jeunes générations ayant grandi dans les années 90, la porte d’entrée vers cet univers fut aussi le G-Funk. C’était ton truc ou pas?

Ouais bien sûr! Quand la scène G Funk a débarqué, ça m’a tout de suite plu car ils intégraient des instruments à leur live. C’était nouveau à l’époque pour la scène hip hop. J’ai beaucoup plus d’affection pour le rap West Coast que les autres formes de rap qui s’appuient davantage sur le sampling. Ca ne m’empêche pas d’aimer Pete Rock et Premier, mais j’étais plus sensible à l’époque à cette scène West Coast avec Dj Quick, ou Above The Law, ce genre de trucs.

D’ailleurs, tu as bossé avec Mc Eiht pour un remix de  »Hood Pass »…

Ouais, j’avais déjà eu l’occasion de travailler avec lui sur de précédents enregistrements, surtout pour  »Tha8’s Gangsta »: j’ai produit plusieurs titres de son album en 2001.

Tu es connu en tant qu’artiste funk, mais en réalité, tu es très proche de la scène hip hop californienne…

Ouais, j’ai fait des sessions avec ces gars. Mc Eiht, que ce soit en solo ou pour West Side Connection, Mac 10, Ice Cube, des trucs sur quelques bandes sons pour Master P ( »I Got the Hook Up ») et plein d’autres trucs où je suis crédité sous le nom de Dam, Damon G, ou Damon Riddick. Je jouais du clavier et de la batterie, mais je me suis éloigné de cette scène pour faire mes propres trucs, le funk étant plus important pour moi que n’importe quel autre genre musical qui existe. J’aime tous les styles de musique, mais je me devais de rendre au funk ce qu’il m’avait donné. Des gens comme Slave, Steve Arrington, tout ce qu’ils ont essayé de faire… J’essaie de le reprendre là où ils ont arrêté, ils m’ont vraiment influencé.

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Tu disais à l’instant que tu étais plus sensible au son West Coast que East Coast qui utilise traditionnellement plus le sampling. Tu ne samples donc jamais ta musique?

Je ne sample pas. De temps en temps, mais vraiment pas beaucoup. Quand c’est le cas, c’est des petites parties par-ci par-là sur un titre, mais jamais je n’ai utilisé de sample dans toute ma carrière pour faire un morceau en entier. On peut être tellement créatif par nous mêmes, pourquoi ne pas tirer quelque chose de notre propre esprit? C’est cool de faire des hommages, j’aime la musique samplée, mais c’est juste mon choix d’utiliser de préférence ce qu’il y a dans ma tête.

Ta musique a aussi une forte connotation électronique. Doit-on faire le lien avec le hip hop du début des années 80, celui de Bambaataa qui sample Kraftwerk, ou bien de Mantronix? Ce sont des sons que tu as aussi à l’esprit?

Non, j’avais plus à l’esprit le Minneapolis Sound. Pour être franc, le hip-hop ne m’a pas influencé plus que ça. Pour moi comme pour beaucoup de monde, le premier morceau de rap fut « Rapper’s Delight », mais ça ne m’a pas touché plus que ça. C’était fun, mais rien de plus. Quand j’ai vraiment commencé à prendre le hip-hop au sérieux, c’était avec KRS-One, Eric B & Rakim, Run DMC bien sûr. En gros, quand le rap est devenu quelque chose de plus mature et a commencé à dépasser le simple stade de musique festive. J’aime ça, mais le funk, le metal, la new wave m’ont plus apporté en termes d’influences.

dam4La New Wave?

Ouais ouais, Soft Cell, B-Movie, et un tas d’autres groupes qui passaient sur K ROQ, une radio rock de Los Angeles. J’adore ce genre de trucs. Même les choses plus pop come Prefab Sprout (groupe pop anglais ayant connu son heure de gloire dans les années 80) . Le hip hop est quelque chose de formidable, mais ca ne m’a pas influencé, je suis désolé de décevoir ceux qui auraient pu le penser. Quand j’étais jeune, j’étais un weirdo: quand tout le monde était a fond sur Roxanne Shante, moi j’écoutais le dernier album des Rush. J’aimais aussi le heavy metal comme Kiss à cause de leurs visuels, de l’usage qu’ils faisaient des couleurs, pour la passion transmise dans leur musique, et l’univers qu’ils créaient autour. En vieillissant et en gagnant en maturité, ce sont des choix que j’assume beaucoup plus.

Tu as un son qui peut sonner très old school dans l’usage, par exemple, des boîtes à rythme. Tu te vois plus comme un passeur de témoin, ou comme un artiste cherchant à renouveler un genre?

Non, je veux apporter quelque chose de nouveau, emballer tout ça dans un joli papier cadeau, et incarner ce mouvement d’une façon beaucoup plus moderne en le rattachant aux aspirations de notre génération et de notre époque. Je ne veux pas me contenter de faire du funk quelque chose pour les vieux. Le funk, c’est pour tout le monde, aussi bien les jeunes que les plus vieux. Et j’espère que la musique que je fais influencera des centaines de kids qui apprécieront et voyageront en écoutant l’expérience sonore et le concept que je propose. Je veux produire un funk mélodique et street à la fois. Le plus dur, c’est de faire rentrer à la fois les gangstas dans le délire, ainsi que les jolies filles. C’est l’équilibre que j’essaie de trouver.

En parlant de gangstas, en janvier dernier lors d’un show à Los Angeles, on a vu Snoop freestyler sur un de tes titres. C’est envisageable de voir arriver prochainement une collaboration plus poussée entre vous deux?

Ç’est en cours ouais, mais je prends mon temps. Je ne veux pas précipiter les choses. Je veux être respecté, et que les gens viennent vers moi. Ça n’a rien à voir avec mon ego, j’ai commencé ma carrière sans chercher à courir après les gens, donc pourquoi je le ferais maintenant? Je ne demande pas non plus que les gars se mettent à genoux et commencent à me supplier, mais l’intérêt doit être mutuel. L’amour de la musique est ce qui me préoccupe le plus. Je ne vais donc pas pas aller vers les gros noms juste pour me faire de l’argent. Le bon son d’abord et après, éventuellement, l’argent suivra.

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Donc te voir prochainement travailler avec un gros nom comme Snoop, tu me confirmes que c’est en bonne voie?

Ouais, il a quelques titres, il s’intéresse à la musique que j’aime, on s’échange des idées… Mais pas de précipitation. Je ne veux pas vendre la mèche, on parle de beaucoup de choses dans les interviews qui, au final, ne se passent pas pour des problèmes de management ou autres. Je ne veux pas non plus tomber dans les contraintes du genre  »Oooh Dam Funk doit faire un truc avec Cee Loo parce que Cee Lo est hot » ou  »Dam Funk doit bosser avec Mary J Blige parce que c’est une chanteuse géniale ». C’est minable. Je veux rester honnête et sincère. Je vis confortablement, mais je ne cours pas après les manoirs et les voitures de sport. Je veux juste avoir une vie agréable et continuer à faire ma musique, continuer à toucher les gens avec mes sons pour qu’ils se sentent bien. Ce que la musique m’a apporté quand j’étais gosse, je veux le reproduire à mon tour. Pour le moment, je travaille avec Nite Jewel, Steve Arrington… J’ai donc de quoi m’occuper. Mais si je suis amené à travailler avec des plus gros comme Snoop Dogg, et bien ainsi soit-il.

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Une réponse à Interview – Dam Funk, comme son nom l’indique…

  1. iRe4l 17 août 2011 à 18 h 55 min #

    Du bon boulot de sa part, je suis impatient de le voir en collaboration .

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