Interview : Daddy Kev (07-2005)

Daddy Kev

Votre première production distribuée date de 1998. Quelle formation avais-tu à l’époque? Etais-tu musicien? Utilisateur acharné de ton ordi? Ou juste gros consommateur de musique?

Un peu tout ça… J’étais d’abord un toxico de la musique, puis d’ordinateur, et après je me suis mis à la créer. J’ai commencé à jouer du piano quand j’avais six ans, j’en ai joué pendant deux ans. Après je me suis mis à la trompette quand j’étais au CM1 (4th grade), pendant six ans, jusqu’à ce que je commence à mixer au lycée. Quand je me suis mis aux platines, j’ai complètement abandonné les instruments traditionnels.

A quel genre musical sont liées tes premières sensations musicales?

Mon père était un grand fan de jazz, et il en écoutait en permanence quand j’étais tout petit. Quand j’ai commencé à développer mes propres goûts, c’était essentiellement de la pop, genre ce qu’on pouvait entendre à la radio. Et puis le jour de ma rentrée de CM2, je m’en souviens encore, un pote m’a fait découvrir KDAY, la première station de radio hip-hop de Los Angeles. Et à partir de là, j’ai commencé cette longue et passionnée relation avec le rap. Je pense que c’est à partir de ce moment là que je suis devenu complètement dépendant à la musique.

Tu as travaillé avec beaucoup trop d’artistes pour qu’on en donne une liste exhaustive. Quels sont tes meilleurs souvenirs? Est-ce qu’il y a un projet dont tu te sens particulièrement fier?

Je crois que mes meilleurs souvenirs datent de la période Celestial, quand tout se faisait beaucoup plus innocemment. C’était un temps où des mc’s comme Freestyle Fellowship ou Supernatural passaient leur temps chez moi à rapper, on avait l’impression de voir les meilleurs mc’s de l’univers rassemblés!

Tu veux dire que tu as eu la chance d’avoir Supernatural tapant des freestyles dans ta chambre?? C’est un peu comme se taper une partie de basket avec Jordan dans son jardin…

A peu prés ouais! Et voir Supernat, P.E.A.C.E., ou Mikah 9 freestyler, et se défier en permanence, dans le salon, dans la voiture, sur le chemin du supermarché, etc… C’était bon! Mais ça n’a pas généré de grands classiques. La plupart des trucs qu’on a enregistrés à l’époque ne sont jamais sortis. Ce qui m’amène à parler de la période où on a commencé à produire des morceaux qui sortaient, c’est-à-dire quand j’ai commencé à travailler avec Awol One, Abstract Rude, Busdriver, Shape Shifters, Sage Francis, etc… C’est une période très spéciale pour moi, il y a une certaine magie dans le processus de création d’un disque. Je suis très fier d’avoir fait partie de ce processus, d’avoir en partie rendu possible la sortie de ces disques.

Comment as-tu rencontré Awol One? Et pourquoi as tu une relation si particulière avec lui?

Celestial commençait à exploser à L.A. et il connaissait Dj Hive depuis des années. A cette période, Awol faisait son shopping pour son disque Speakerface. Il est passé avec Mike Nardone, et ils ont joué quelques morceaux pour Hive et moi-même. Comme on a adoré ce qu’ils nous ont présenté, on a décidé de les signer pour quelques maxis. On a commencé à se fréquenter à ce moment là. Un jour, il m’a parlé d’un projet qu’il avait en tête, c’était une deuxième partie à son projet « Three Eyed Mortalz ». Il voulait que je lui fasse trois sons, ce que j’ai fait. Et quand il est passé pour enregistrer, on s’est rendu compte que ça rendait franchement bien. Il m’a donc demandé un supplément, et c’est comme ça que « Souldoubt » est né. On a enregistré l’album en six semaines, c’était assez inattendu comme résultat, il était censé travailler avec d’autres producteurs à la base, mais il y a eu une telle alchimie entre nous quand on bossait en studio qu’on a juste fait comme on le sentait.

Sans chercher à tester ton humilité, tu fais partie de ceux qui ont fait que la scène hip-hop underground de Los Angeles tient le haut du pavé depuis quelques années. Assumes-tu un tel compliment?

Ben, je vais le prendre avec humilité alors, autant que possible du moins, et je vais te promettre que le meilleur reste à venir.

Plus précisément, comment définirais-tu cette nouvelle génération d’artiste de la côte ouest si peu influencée par Zapp and Rogers?

Je pense que le facteur le plus important à prendre en considération si tu cherches à comprendre cette génération, c’est que c’est la première à avoir grandi en écoutant du Hip-Hop. La première génération de producteurs (les Dr Dre, Egyptian Lover, etc) a été évidemment largement influencé par la musique funk, comme tu disais, et en particulier par Zapp and Rogers, ou Parliament. Mais c’était des mecs qui avaient grandi dans les années 70, et à ce moment là c’était ça qui déchirait. Pour moi c’est De La Soul qui est LA référence suprême. Leur disque « Three Feet High & Rising », pour moi, c’est le chef-d’oeuvre.

Es-tu du genre à t’intéresser aux évolutions du marché, importantes ces derniers temps, ou te concentres tu uniquement sur les questions musicales?

J’adorerais te dire que je ne suis qu’intéressé par « faire de la musique » mais ce serait pas franchement la vérité. J’adore tout ce qui tourne autour du business de la musique, de la fabrication du disque aux signatures de contrat. La composition et la production restent quand même très centraux pour moi, mais je suis toujours en train de penser à l’étape suivante… Quand j’ai fini de masteriser un album, je suis déjà en train de réfléchir au graphisme de la pochette, à la stratégie marketing, comment la presse va le recevoir, et tous ces genres de trucs…

En fait, je te demandais ça pour parler du nouveau label que tu viens de monter avec Danyell Jariel. Une question simple, mais qui peut impliquer une réponse compliquée: pourquoi?

Je dois d’abord faire une déclaration: Danyell est également ma fiancée, et je n’ai jamais eu une aussi belle relation. C’est une parfaite relation de confiance, elle est dans l’ombre et c’est elle qui tient le business depuis la fin 2001. Mais plus important, lancer un label est un travail sérieux. Le niveau que j’aimerais qu’Alpha Pup atteigne nécessite le dévouement de plus d’une personne. Danyell produit un travail hallucinant aussi bien pour les questions financières que logistiques, et elle est la personne la plus responsable que je connaisse. Je ne peux pas négliger à quel point elle est une source d’inspiration dans ma vie. Il y a des artistes qui ont besoin d’être « inspirés » pour créer, et ça leur arrive de ne rien faire pendant des mois, ou même des années. Moi je n’ai qu’à la regarder et je pourrais produire une symphonie.

On l’attend… Quelle est la particularité artistique de cette nouvelle structure? Comment la distinguerais-tu par exemple de Celestial, ton ancien label?

Alpha Pup tourne autour de la musique progressive, alors que Celestial était clairement un label d’hip-hop underground, et de drum-and-bass. Jusqu’à présent, Alpha Pup s’est concentré sur le hip-hop underground et le turntablsim d’avant-garde. Ces genres seront toujours la base mais je déteste me sentir contraint. Donc si un album me tombe dessus et que je le trouve génial, il trouvera ce dont il a besoin chez Alpha Pup.

En moins de six mois, vous avez déjà sorti Paris Zax, Ricci Rucker, Mike Boo ainsi que ton nouvel EP en collaboration avec Awol One. Comment trouves-tu le temps de répondre à mes questions? Et plus sérieusement, c’est pas compliqué de gérer autant de projet en même temps?

Ouais, ça fait clairement beaucoup et encore là c’est que le début. La façon dont je m’y prends pour assumer tout ça c’est, en gros, d’être le plus efficient possible dans la gestion de mon temps. Je me lève à 6h tous les matins, je commence par bosser en tant que graphiste et programmateur informatique pendant au moins trois heures, après je prends ma douche, et je suis prêt pour la phase « coup de téléphone » qui dure généralement jusqu’à 2h de l’après-midi. Après, je peux me concentrer sur mon travail de création. Honnêtement, mixer c’est ce qui prend la majeure partie de mon temps.

Par la ma même occasion, quelles sont les projets qui vont sortir?

En ce moment, je suis entrain de produire des sons pour quatre albums simultanément: Subtitle, Existereo, Circus, et Acid Reign Projects. En même temps, je fais des mixes pour l’album de Mike Boo.

Tradition Bokson, on te laisse le mot de la fin, selon tes envies…

Alors… Je voudrais juste revenir sur une des premières questions que tu m’as posé, sur mes meilleurs souvenirs. J’ai franchement le sentiment de vivre une des meilleures périodes de ma vie professionnelle en ce moment. La naissance d’Alpha Pup a été vachement excitante pour moi, et voir à quel point ça a été bien reçu est super encourageant. On fait face à des épreuves quasi-quotidiennes et à l’arrivée on est fier d’avoir le sentiment de faire partie d’une vraie structure indépendante. Pas de fonds d’investissement derrière ni de parents friqués, juste la foi et un travail acharné.

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