Interview : Creators (04-2000)

Vous êtes assez jeunes pourtant votre musique est très mature. Racontes nous votre carrière qui vous a mené jusqu’à aujourd’hui?

Je ne suis plus très jeune, j’ai aujourd’hui 26 ans. J’ai commencé à faire du son à l’âge de 11 ou 12 ans donc l’évolution s’est faite très naturellement. J’ai travaillé, sorti des mix tapes puis des maxis, participé à des compilations. Le chemin normal quoi! Quand vous êtes mis sur une compilation, l’engrenage commence et vous ne pouvez plus reculer. C’est comme une maladie.

Qui sont les gens ou artistes qui vous ont donné envie de faire de la musique?

Quand tu es jeune, tes influences ne changent pas vraiment mais elles deviennent de plus en plus nombreuses. L’une des plus importantes est Pete Rock je pense, mais des artistes de jazz ou de vieux rockers m’ont également pas mal marqué. A force de faire du son, tu aiguises tes goûts, tu travailles et tu deviens une de tes influences puisque tu fais le son que tu aimes.

Sur votre album, il y a beaucoup de featurings comme Mos Def, Lootpack… Comment êtes-vous entré en contact avec ces nombreux Mc’s?

Nous avons essayé de chanter mais vu que le résultat n’était pas au rendez-vous, nous avons fait appel à des MCs américains. Non, je plaisante… C’est avant tout une technique commerciale. La scène anglaise est vraiment de plus en plus productive et commence à avoir sa propre identité. La présence d’artistes américains nous a permis de nous élevé au dessus de cette scène, et en même temps de les faire découvrir sur le territoire britannique. Tout cela nous permet de vendre plus, de nous payer honnêtement, de sortir des productions indépendantes et de faire marcher un peu Bad Magic, notre label. Ceci dit, il y a quand même des artistes anglais sur notre album… Ce n’est pas forcément négatif d’agir de la sorte. Je veux gagner de l’argent, je veux faire du hip hop pour cela, je veux manger grâce à ce que j’aime. Le prochain album sera sûrement mieux réparti, ce sera du 50-50 je pense.

Les Creators ne sont que deux Djs. Pourquoi ne pas avoir sorti un album instrumental uniquement?

Nous avons sorti une version instrumentale de l’album. Elle est directement tirée de l’album et est destinée aux Djs. C’était une des conditions que nous avons imposé à Bad Magic.

Quelles matériel utilisez-vous?

Nous utilisons une MPC2000, Julian utilise une SP1200. Nous travaillons également avec des claviers de samples, un Fender Rhodes, de vieux claviers, des orgues… Nous avons enregistré l’album dans un studio très luxueux ou nous avons pu utilisé du très bon matériel. Tout n’est pas machine dans notre musique; des musiciens sont venus se poser sur nos versions.

Joues-tu toi même d’un instrument?

Je sais lire la musique mais pour faire du hip hop il suffit de bien maîtriser deux-trois petites choses et le reste se fait à l’oreille. Le timing est aussi très important mais il fait partie du feeling du concepteur. J’ai quelques notions de piano mais je devrais sûrement reprendre quelques cours…

Comment expliquez vous que la scène anglaise devienne si importante?

Nous sommes beaucoup en contact avec des gens comme Roots Manuva, Mark B… Tous ces artistes travaillent énormément pour le développement de la scène anglaise. Ils ne veulent pas la faire stagner et les retombées positives sont flagrantes. En plus, tout est amateurisme, personne n’est professionnel. C’est uniquement une passion qui est tellement vécue qu’elle devient hyper productive. La mentalité anglaise est très portée vers les charts, même chez les artistes underground. Le hip hop est à part chez nous à ce niveau là. C’est comme un réseau parallèle qui s’orienterait plus vers internet que vers les labels à gros sous.

Vous dites que votre musique est universelle pourtant le son anglais est très typique et reconnaissable…

Oui, mais nous ne sonnons pas anglais. Nous produisons juste des beats, des versions. La musique est universelle. A partir du moment ou il y a un MC anglais, tu peux le reconnaître grâce à son accent, à sa manière de chanter. C’est pourquoi je ne veux pas qualifier notre musique. Il n’y a pas plus un son anglais qu’un son français! Chaque groupe à son son, même les groupes anglais. C’est réducteur de dire par exemple que tous les groupes anglais sonnent comme Roots Manuva. En Angleterre, il y a une scène indépendante très importante à laquelle vous, en France, vous n’avez pas accès. Et je peux vous dire qu’elle est très riche et variée. Aux USA, Pete Rock, DJ Premier ou Hi-Tek n’ont pas le même son alors qu’ils sont tous les trois américains. La précédente scène anglaise est tombée dans ce panneau en ne changeant pas son son. Ceux qui ne cherchent pas à se faire une identité musicale ne s’en sortiront pas et ne se démarqueront pas des autres. En plus, cela tue toute créativité. Il faut juste analyser les différents producteurs afin d’en tirer des influences intelligemment. C’est ce que nous faisons tous. Ensuite, il faut s’adapter et s’habituer à son matériel afin d’avoir confiance en soi.

Peux-tu nous présenter Bad Magic?

Bad Magic est en train de devenir un des labels les plus en vue en Angleterre, y compris Wall Of Sound qui est sa division hip hop. Il y a de très bonnes sorties, une bonne distribution…

Un message pour la fin…

Il y a notre contact sur l’album, n’hésitez pas à nous contacter, à nous envoyer vos mixtapes, vos démos… L’Angleterre n’est pas si loin de la France.

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