Interview – Corridor, Paris première

Il y a des premières fois qu’on n’oublie pas. Ici, par première fois, on entend tous ces premiers pas qui font l’histoire d’un groupe  : première répèt’, première compo, premier concert, premier split, première tournée. Bref des premiers accords jusqu’au panthéon de ces groupes figés dans le Hall of Formol du Rock’n’Roll, coincés entre le visage craquelé d’Iggy Pop et la toge suante de Janis Sainte Joplin.
 Encore préservé de toutes ces horreurs par le bouclier de sa jeunesse et de son insouciance, Corridor égrène les premières fois, à la faveur d’un premier album – ‘Le Voyage Eternel’ – paru l’année dernière, et qui a connu une seconde vie à mesure que La Souterraine lui faisait les yeux doux et que ces quatre québécois débarquaient à Paris pour la première fois. Avant leur concert à la Gaité Lyrique, on a donc pris le temps de savourer avec eux cette première scène parisienne, pour une vraie interview, Paris Première.

Interview réalisée en collaboration avec Frédéric Gendarme.

Votre première rencontre ?

Jonathan : Moi et Dominic, on se connaît depuis 1999. On jouait dans d’autres groupes à l’époque, des trucs plus punks, et ça s’est terminé. Dominic n’était pas là au début. Corridor, c’était donc moi, Jo et Marc, notre ancien batteur. Depuis trois ou quatre ans, on a commencé à trouver notre son, et Dom s’est greffé ensuite. Julien, c’est notre nouveau né.
Julien : Ouais, depuis le mois de décembre.
Dominic : Oui, au début, la composition de base, c’était le premier batteur et Jo. Moi, je suis arrivé après, et c’est à ce moment là que le projet est devenu plus concret.
Jonathan : Avant, on composait bien, mais on manquait un peu de discipline. Là, c’est le premier projet que l’on fait en français.

Et justement, pourquoi avoir choisi le français ? C’était votre premier choix ?

On n’y a pas pensé, de la même manière que les anglophones ne se posent pas la question.
Dominic : On y a un peu réfléchi, mais on n’a pas non plus tergiversé.
Jonathan : A mon avis, c’était plus facile au niveau de l’écriture, et on s’est trouvé une façon de chanter qu’on aime bien. A partir de là, ce n’est pas une question qui s’est étalée trop longtemps.
Dominic : C’est un choix posé à la base. On n’avait pas encore écrit qu’on savait déjà que ce serait un groupe francophone.
Jonathan : Les textes ne sont pas non plus mis en avant, donc ça nous dérangeait moins.

Et le fait de vous définir comme francophone, est ce que ça exclut le fait de chanter en anglais un jour ?

Ce serait plus compliqué. Je pense qu’on est plus des musiciens que des paroliers.

C’est pour ça que les paroles sont un peu à l’arrière plan, comme noyées dans le son ?

Oui mais on ne les négligent pas pour autant. Je pense que ça fait partie des atouts qui peuvent intéresser le public anglophone, ou même… russe (rires)
Dominic : On met la musique en avant. Si les gens accrochent sur cet aspect, ils vont écouter les paroles, la mélodie de la voix qui est plus utilisée comme un instrument.

Vos premières influences ?

Jonathan : Les premiers trucs, ce seraient Sonic Youth, tous les trucs avec beaucoup de pédales d’effets, vu qu’on s’amusait beaucoup au début. Il n’y avait pas vraiment de projet de groupe. On est tous mélomanes, on écoute tous un paquet de musiques différentes, mais on ne s’est pas dit qu’on allait faire un projet de ce genre là.
Dominic : On aime certaines époques qu’on essaye de reproduire côté albums, des années 60 aux années 80.

Votre première scène ?

Jonathan : C’était avec notre premier batteur, à Montréal. Julien était dans le public, c’était assez épique, on jouait dans une petite salle de 125 personnes, mais c’était complet. C’était la première fois que j’étais le chanteur du groupe, je ne l’avais jamais fait auparavant. Moi, j’avais trouvé ça assez excitant.
Dominic : Il y avait des confettis, c’était une ambiance de fête. Du coup, les gens qui sont revenus nous voir la deuxième fois étaient peut être un peu déçus.

Et dans les villes plus petites, loin de Montréal, comment ça se passe ?

Jonathan : On l’a souvent fait mais c’est jamais le même impact, et pas le même accueil non plus.
Dominic : Ouais, il n’y a pas la même densité de population aussi, donc pas autant de gens qui puissent être intéressés par une musique alternative de ce genre là.

Du coup, quels sont les groupes qu’on écoute plutôt dans ces villes là selon vos premières expériences ?

C’est assez folklorique, voire radiophonique souvent. Sinon, c’est carrément de la musique ‘violente’, les shows punk par exemple sont tout le temps ‘sold out’.

Et toujours dans cette idée des premières fois, pouvez-vous nous parler de votre premier enregistrement en studio ?

Jonathan : La première fois, c’était avant même de faire des concerts.
Dominic : Pour cet album, on a commencé l’enregistrement fin aout/début septembre 2013, mais on l’a fait assez rapidement. On est entré en studio avec trois chansons abouties, et les trois autres qui sont plus ambiantes ont été écrites au travers de cette session studio.
Jonathan : Oui, on a pas mal improvisé en studio en fait. De manière générale, on se laisse toujours un petit peu d’espace pour la créativité, pour pouvoir faire naître naturellement un fil narratif entre chaque chanson.
Dominic : Oui, par exemple pour le premier Ep, on savait qu’il y avait trois chansons qui fonctionnaient bien ensemble, mais on ne voulait pas sortir un maxi de trois titres seulement. On voulait vraiment quelque chose qui ait une logique, une histoire.

Du sens au niveau des thèmes par exemple ?

Jonathan : Ca dépend des Eps et des albums. L’idée, c’est qu’on essaie toujours d’avoir une thématique autour de chaque projet.
Dominic : Ouais, le premier tournait beaucoup autour de l’anxiété, de la peur, de l’angoisse…
Jonathan : … le second, c’était assez spécial. C’était vraiment le rapprochement humain et la sexualité qui nous intéressaient.
Dominic : Ouais c’est ça, les rapports humains mais dans un vocabulaire, un lexique, qui appartiennent plus à l’univers de la science fiction, que l’on aime beaucoup.

Vos premiers pas avec la Souterraine, ça s’est fait comment ?

Aprés le premier album, ‘Voyage Eternel’, notre manageuse Chloé (ndlr : Chloé est française) a commencé à parler de nous en Europe, et apparemment les mecs de La Souterraine on eu un coup de coeur pour nous. Ils voulaient qu’on travaille ensemble, qu’on leur partage un titre, mais à ce moment là nous n’avions rien d’exclusif à leur envoyer, si ce n’est notre album qui n’était pas tout récent mais qui n’était pas encore sorti en France. Du coup, six mois plus tard, ils ont carrément mis l’album en streaming sur leur Bandcamp, et ils ont commencé à parler de nous.
Jonathan : C’était vraiment cool parce que ça a donné une seconde vie à l’album !

Et justement, cette première année de ‘Voyage Eternel’, ça dit quoi ?

Dominic : Ils nous arrive tellement de choses cools !
Jonathan : Vraiment ! On n’avait pas de label officiel jusqu’ici, et tout s’est construit peu à peu cette année. On a appris beaucoup aussi sur le métier parce qu’on improvise totalement là dedans.
Dominic : Et puis maintenant, on pense déjà au second album. Si tout va bien, on commencera à enregistrer au début de l’automne prochain. D’ailleurs, ce soir, on va jouer deux nouveaux titres qui paraitront sur ce nouvel album.
Jonathan : Aujourd’hui vient de sortir notre titre ‘Le Viol de Sharone’ sur la compilation ‘Semi-Vol.4’ de La Souterraine.

C’est quoi l’histoire de ce titre, ‘Le Viol de Sharone’ ?

C’est provocateur, mais quand tu creuse un peu, c’est épatant en fait (rire). L’histoire c’est que, par accident, après avoir composé le titre…
Dominic : … la ligne de basse après le premier riff, celle qui revient aussi à la fin de la chanson, s’est trouvée être assez identique à celle de ‘My Sharona’ de The Knack…
Jonathan : … et sans le vouloir, dans la chanson, on a personnifié ce riff classique rock en personnage qui se fait violer par notre groupe. Finalement, c’est comme un emprunt accidentel de sonorités qu’on a fini par assumer puis par massacrer.

Votre première rencontre avec Emmanuel Ethie ? Quel rôle a-t-il eu sur cet album ?

Dominic : C’est lui qui nous a contacté à vrai dire. Tu sais, nous, on connaissait bien son travail. Il est un peu comme certains réalisateurs au Québec, genre dans le top trois des artistes les plus demandés du moment. C’est un gars qui est vraiment très pro, très pop aussi puisqu’il a notamment bossé avec Coeur de Pirate que vous connaissez bien en France. Après, on le connait aussi via son groupe Chocolat dans lequel il joue, et qu’il produit aussi d’ailleurs. Bref, on a toujours aimé son travail et, un jour, il nous a juste écrit un email, genre ‘Salut les gars, j’aime ce que vous faites, si vous avez besoin d’un mec en studio, écrivez-moi‘. On s’est dit ‘Fuck‘, et on a été prendre une bière avec lui.
Jonathan : Et franchement, ça valait le coup. Il ne nous a pas retenu dans quoi que ce soit. Il nous a juste aidé à cadrer un peu notre projet.
Julian : Il nous a aussi beaucoup donné de tips en studio.
Dominic : Oui, dans le fond, c’est juste le gars qui a appuyé notre vision du projet mais qui a fait en sorte qu’on puisse enregistrer dans des supers studios et dans de bonnes conditions. On a eu accès à tout son bagage de connaissance, parce qu’on sait comment on veut que ça sonne, mais on ne sait pas toujours comment y arriver techniquement. Lui, il connaît toute les combines, c’est un pro !
Jonathan : Ouais, grâce à lui, l’album est franchement plus écoutable je pense ! (rire)

Alors cette première interview ?

Cool tu sais. Vous nous mettez à l’aise, donc ça va bien !

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