Interview : Condense (07-2005)

Condense

Six ans, un maxi et deux albums et Condense devient une référence intemporelle de la scène rock hexagonale pendant que d’autres triment une ou deux décennies en espérant qu’on se rappelle d’eux. Et tout cela sans franchement le vouloir. Car les lyonnais n’ont jamais calculé de la sorte mais sont encore aujourd’hui récompensés par une approche bien personnelle de la musique et une éthique blindée. Neuf ans maintenant que le groupe n’existe plus. Que sont ils devenus? Quel regard sur la scène actuelle? Tant de questions qui méritaient réponse. Wilo et Seb, excusés pour des raisons professionnelles, ce sont Marc, Maie et Varoujan qui se prêtent au jeu de l’interview. Extase!

Condense refait parler de lui récemment grâce à un site internet mis en ligne neuf ans après le split du groupe. Pourquoi cela? Comment cette idée s’est elle imposée?

Maie: Tout simplement, je me suis dit que des gens seraient contents de trouver des renseignements sur Condense, de la même manière que moi-même je cherche des infos sur des groupes morts. Et quand je ne trouve rien, ça me met en rogne car internet est une formidable base de données. Donc, j’ai fait le site nécrologique de Condense!

Qu’êtes vous chacun devenus depuis l’arrêt du groupe?

Marc: En ce qui me concerne, rien de fondamentalement différent de ce que j’étais à la fin du groupe, si ce n’est l’arrivée d’une petite fille… Travail et toutes ces conneries me prennent du temps mais l’essentiel de mes préoccupations tournent toujours autour du rock’n’roll. Ca commence à faire un bail!

Maie: A la fin de Condense, j’ai fait tourner Samiam et puis j’ai complètement arrêté toute activité. J’ai fait de l’informatique, deux enfants, et cette année j’ai repris la fac et je recommence une asso pour organiser des concerts comme je l’ai fait avec Silly Hornets de 91 à 96. Seb et Marc ont fait Junior Merill pendant un temps… Seb est graphiste, Wilo a participé à un album de Milk Cult avec les gens de Steel Pole Bath Tub et il est ingé son.

Varoujan: Je fais principalement de la musique pour des images (ndlr: sûrement trop modeste pour le dire, divers indics nous rapporteront qu’il a notamment composé la B.O de « Baise Moi » de Virginie Despentes).

Etes vous toujours tous en contact?

Marc: On se voit presque tous. On était copains avant d’avoir monté le groupe, on l’est toujours après. Il n’y a que Fabrice, le bassiste, que nous ne voyons plus, sans que cela ait été le fruit d’une brouille. On ne se voit plus, c’est tout. Je ne sais pas vraiment pourquoi.

A t-il déjà été question d’une reformation ces neuf dernières années?

Varoujan: Non jamais, sauf de la part de Seb quand il est chaud!

Marc: C’est vraiment une idée qui, je crois, ne nous a jamais effleuré un seul instant. Les groupes se reforment généralement sur la pression des fans et la pression est assez faible en ce qui nous concerne! Franchement, de mon point de vue, ce serait vraiment super bizarre. Les morceaux qu’on jouait avec le groupe me paraissent figés dans le temps et ça ne serait pas naturel de les rejouer maintenant.

Quels sont les meilleurs et pires souvenirs qu’il vous restera de la carrière du groupe?

Varoujan: Et si les meilleurs étaient les pires?

Marc: Les meilleurs souvenirs sont incontestablement les concerts, quelques uns en particulier comme le tout dernier à Saint Etienne qui a été vraiment génial, peut être le moment de furie le plus intense du groupe. En tout cas, c’est de cette manière que je l’ai vécu. D’autres aussi bien sûr, à Lyon avec Headcleaner, à Bordeaux improvisé un jour à l’avance… Les meilleurs souvenirs, c’est aussi les gens avec qui nous nous sommes liés à cette époque. Certains avec qui nous sommes encore en contact. Les pires souvenirs, et ça c’est plus personnel, ce sont les enregistrements en studio. Là où apparaissent certaines lacunes, les faiblesses … J’en ai parfois vraiment bavé!

Maie: Si il faut un pire moment, on dira une panne de camion en Teutonie sans le sou! Et tout le reste c’était du pur bonheur.

Avez vous des regrets?

Marc: Pas vraiment. Peut être quelques conneries dites sur scène et encore… Peut être plus sérieusement d’avoir parfois trop cédé au politiquement correct ambiant à cette époque et en vertu duquel nous nous sommes peut être censurés. J’en étais probablement d’ailleurs le plus fervent défenseur. Ca n’aurait pas changé la teneur du discours, certaines contradictions seraient peut être apparues et l’ensemble aurait peut être été plus naturel, moins rigide.

Maie: Ne pas avoir été distribué correctement en Europe. Et aussi le fait qu’à l’époque, l’indépendant en France existait principalement sous forme associative et que par conséquent les gens étaient bénévoles, donc un peu branleurs. Avec le recul, on aurait du être beaucoup plus exigeants encore.

Quel regard portez vous sur l’évolution de la scène française depuis la fin de Condense?

Marc: Je ne sais pas si les choses ont beaucoup changé. Je crois qu’il y a toujours une énorme majorité de pitres préfabriqués soutenus par des majors qui évoluent au rythme de la mode; et une minorité d’activistes, de groupes intègres qui se battent pour survivre et jouer selon leurs propres termes. Maintenant, il faut préciser que je ne suis pas du tout la scène hardcore/post-hardcore. J’ai eu envie de faire autre chose à la fin de Condense. Je n’avais pas envie de rester dans cette scène parce que je n’y voyais aucun rôle pour moi hors du groupe. On avait organisé un tas de concert et ça aussi arrivait à sa fin, j’ai eu envie de repartir dans autre chose sensiblement différent.

Maie: Ben y’a eu un gros passage à vide à la fin des années 90, tout était très cloisonné. Depuis, il y a un revival, il y a beaucoup de labels et de groupes. A Lyon par exemple, il y a SK Records. Allez voir leur site et vous verrez que la scène est active (http://www.skrecords.org). Mais il y a plein de groupes partout, à Bordeaux, à Marseille, à Montpellier… Mais aucun ne se démarque vraiment.

Quels sont les groupes actuels vous ayant interpellé?

Marc: Depuis la fin de Condense, j’ai fait un total retour aux sources. Garage-punk, Folk-rock, Soul, Freakbeat, Pop-psychédélique … Toute la musique underground des années 64/68. J’écoute d’ailleurs Moby Grape en ce moment même. Les groupes actuels qui me plaisent sont ceux qui prennent leur inspiration à cette source. J’ai beaucoup aimé le dernier album des Embrooks, un groupe anglais, ceux des Solarflares aussi que j’adore. J’ai bien aimé les disques des Von Bondies même si le côté hype qui les entoure m’agace un peu. Les Black Keys aussi ont fait de bons disques. J’aime assez les groupes qui sont classés dans la veine garage actuelle qui fait un peu parler d’elle bien que le terme englobe aussi des trucs comme les Strokes qui ne m’ont pas fait d’effet et ne m’inspirent pas trop.

Maie: Dernièrement, j’ai vu El Justiciero de Paris. J’ai carrément adoré. Je suis super fan de Hardcore fin 80 début 90! Sinon, toujours en groupes français, j’aime bien Grosso Gadgetto qui sort sur Stepping Razor ce mois ci. C’est du Hip Hop indie de Lyon, et puis Mary Poppers. Je viens d’écouter le dernier Unsane et je l’adore!

Varoujan: Blues Butcher Club

Portez vous un regard fier sur la scène lyonnaise, en majorité digne héritière de Condense?

Marc: Il me semble que c’est plus Bastard/Deity Guns qui ont marqué les gens à Lyon que Condense. En ce qui concerne la scène Lyonnaise, ne suivant pas tout ça de trop près, je n’ai pas vraiment idée de ce qu’elle représente hors de notre ville. Il y a de bons groupes mais ils évoluent dans des registres qui ne m’attirent pas ou plus trop. Je me sentirais proche de certains plutôt sur le plan de la démarche que de « l’expression artistique ».

Assumez vous avec le recul le terme de référence que l’on vous attribue désormais?

Varoujan: Non, toujours pas.

Marc: Je ne crois pas que CONDENSE apparaisse comme une référence. Par contre, je suis content que le groupe, après quand même un certain nombre d’années, n’ai pas été complètement oublié. Parfois je m’amuse à taper « Condense/Genuflex » sur les moteurs de recherche et je trouve des gens qui en parlent. Ca fait plaisir!

Maie: Référence est un mot fort, mais je me rends à l’évidence quand je croise des gens qui me parlent du groupe. Condense est souvent cité. Je ne vais pas faire ma fausse modeste, ça me fait plaisir, on n’a pas fait Condense pour en vivre, seulement pour ne pas laisser indifférent.

Vos textes portaient souvent sur une analyse ou une contestation de l’humain. Votre vision de lui a t-elle changée?

Marc: Je crois que je suis encore plus atterré par le comportement des gens, leur quête de pouvoir et de profit, depuis que j’ai une petite fille (elle a trois ans) et que je me dis que c’est elle qui va avoir à composer avec cet univers.

Et vous, en quoi ces neuf dernières années vous ont changé?

Maie: Ben, je vais réorganiser des concerts, donc y’a des choses qui ne changent pas! Marc fait aussi son fanzine « Lose Nut ».

Si Condense existait encore aujourd’hui, comment sonnerait il et que dirait il?

Varoujan: Je n’ose même pas l’imaginer.

Marc: Je ne sais pas à quoi ressemblerait Condense. Je peux te dire à quoi ressemblait Junior Merill, un groupe que j’ai fait avec, au début, Seb de Condense, qui a duré 3 ou 4 ans et avec qui on a enregistré un Ep 4 titres. Il y avait une guitare, un orgue, une batterie et un chant, pas de basse, et ça voulait sonner comme un groupe punk de 1966. Je ne sais pas si on y est arrivé mais c’était l’idée de départ!

Le mot de la fin…

Marc: Si vous allez voir le site de Condense, ne prenez pas la bio trop au sérieux, elle a été rédigé en une heure pour répondre à la demande de Maïe. Cette bio est un peu prétentieuse parce qu’elle a été rédigé à la manière de Rock’n’Folk quand ils parlent d’un groupe un peu mythique. Ca n’était pas du tout destiné à être mis en ligne. Il faut qu’on la re-rédige en des termes plus adaptés. Sinon, merci de l’intérêt que tu portes au groupe après tant d’années!

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