Interview : CLP (11-2008)

Entre la mort de Funkstörung il y a deux ans et la sortie de ce premier album, vous avez tous les deux écumé les scènes sous le nom « Chris de Luca Vs Phon.O ». Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus sur cette expérience?

Chris: Disons que ça a été l’occasion pour nous d’apprendre à mieux nous connaitre, c’est une période durant laquelle on est devenu des amis très proches. Et puis on a tous les deux trouvé ça cool de faire un maximum de concerts, d’avoir la possibilité de tester nos morceaux sur de gros sound systems et de voir la réaction du public en direct.

Phon.O: Pour moi, c’était quelque chose de totalement nouveau, j’étais un peu anxieux à l’idée de jouer et de voyager avec une autre personne. Heureusement, tout s’est bien passé et j’en ai profité pour découvrir plein de nouvelles choses. Chris et moi on aime les même machines, la même nourriture, la même musique… donc chaque fois que l’un d’entre nous était en difficulté pour produire un morceau, l’autre l’encourageait et le poussait à aller de l’avant. Dans de telles conditions, c’était parfait.

A quel moment avoir décidé d’officialiser le groupe, de passer de « Chris de Luca Vs Phon.O » à « CLP »?

Chris: On a toujours su que « Chris de Luca Vs Phon.O » était un nom beaucoup trop long, on avait en tête d’en changer au profit de quelque chose qui fasse davantage penser à un groupe, un nouveau projet à part entière. CLP a donc vu le jour le 18 juillet à 23h25, dès que nos cerveaux ont cessé de fonctionner après avoir consommé beaucoup trop de bières.

Phon.O: Il était évident pour nous que notre première sortie se ferait sous le nom CLP. C’est donc ce qui s’est passé lorsque notre EP « Ain’t Nobody Cooler »est paru chez Boysnoize Records.

CLP – Ain’t Nobody Cooler (Video edit) – BNR27 from CLP – Chris de Luca vs Phon.o on Vimeo.

Au final, combien de temps aura pris la conception de « Supercontinental »?

Chris: Entre le moment où l’on s’est mis d’accord sur la direction artistique qu’on voulait prendre, le choix des Mc’s invités, la réception de leurs couplets… il a dû se passer environ deux ans. D’ailleurs on a vraiment apprécié d’avoir autant de temps pour le sortir, le fait que personne ne nous ait mis la pression avec une date butoir. L’idée était de réaliser un album de qualité, un album qui puisse évoluer au fil du temps, pas simplement de sortir quelque chose en vitesse parce qu’une deadline nous avait été imposée.

Phon.O: Ceci dit, on n’a pas mis trop de temps à s’entendre sur le concept de l’album, on voulait tous les deux quelque chose qui soit sexy, avec de grosses drums, des synthés et de bons Mc’s.

Je crois savoir que c’est toi, Chris, qui est allé voir Phon.O quand l’aventure avec Michael Fakesh s’est arrêtée. Qu’est ce qui t’a poussé à aller à sa rencontre?

Chris: La première fois que j’ai rencontré Phon.O, c’était lors de la tournée « Disconnected » de Funkstörung. Il était là en tant que « guest »et j’avais vraiment apprécié son travail. Après qu’on ait décidé de mettre fin à l’aventure Funkstorüng, Michael et moi étions encore demandés sur quelques dates. Comme on ne tenait plus à jouer ensemble, on a décidé de se partager les concerts et de mon côté j’ai trouvé plus sympa de continuer en faisant appel à Phon.O. C’est au fur et à mesure des soirées passées ensemble que le projet CLP a pris forme.

Phon.O: Je me souviens très bien du jour où Chris m’a appelé, j’étais vraiment très content de son offre. Après ça, tout s’est passé très vite: on a branché nos ordinateurs, retravaillé quelques trucs, balancé des boucles ensemble et commencé à faire des concerts. C’était dingue, et le public aussi a accroché tout de suite.

Phon.O est l’un des rares Dj berlinois à jouer du Dirty South, de la Miami Bass, du Crunk… c’est aussi ce qui t’as attiré vers cette collaboration?

Chris: On a vraiment des goûts musicaux très proches, et effectivement il n’y a pas énormément de Dj/Producteurs investis dans la Miami Bass ou le Crunk en Allemagne. Donc bien sûr, c’est aussi ce qui m’a fait me tourner vers lui.

Phon.O: Je suis d’accord, on aime tous les deux les mêmes choses et Chris m’a aussi fait découvrir quelques sons oldschool inconnus pour moi, des trucs qu’il écoute depuis un bon moment déjà.

Depuis quelques temps, en réaction à la déferlante minimale en provenance d’Allemagne, on identifie certains groupes à une scène dite « maximale »: Boys Noize en Allemagne, Justice et d’autres en France, Crookers d’une certaine manière en Italie… Est-ce une façon de décrire votre musique qui vous convient?

Chris: C’est la première fois que j’entends le mot « maximal » dans ce contexte. Je ne pense pas que ce soit le terme approprié pour décrire ce qu’on fait, ça me paraît trop superficiel. On préfère parler de « Hiptronic », c’est à dire d’un mélange de Hip-Hop, d’electronic et de sons plus ou moins récents. C’est exactement ce que nous faisons.

Phon.O: On est content que de plus en plus d’artistes commencent à faire des choses différentes, se mettent à produire des pistes qui comprennent plus de cinq sons… C’est peut-être ce qui pousse les adeptes de minimal à parler de « maximal ». Eux ne peuvent pas vraiment se permettre de manier différents styles, différentes sonorités dans une seule piste. Ceci dit, je suis d’accord avec Chris pour dire que ça n’a pas vraiment de sens de parler de « maximal » pour qualifier une musique. La notre en particulier.

Vous faites également référence à Afrika Bambaataa en tant que pionnier du mélange electro/Hip-Hop. Au delà de ces deux courants musicaux, quels sont les artistes qui inspirent vos productions?

Chris: Comme j’ai commencé à écouter du Hip-Hop à l’âge de neuf ans, je suis très influencé par ce qui se faisait au cours des années 80 et 90. Des groupes comme JJ Fad, N.W.A., Kig Sun, The 2 Live Crew, Run DMC… Mais aussi par des artistes et des producteurs plus récents comme Pharrell, Jay-Z, Three 6 Mafia, Kanye West ou Zion I.

Phon.O: De mon côté j’ai été Influencé par tout un tas de musiciens et de producteurs différents : quelques trucs de Miami Bass des 80’s, ce que font certains producteurs Hip-Hop actuellement, des gens comme Pharrell, Timbo ou Dr Dre, mais aussi par le travail de personnes comme Aphex Twin, Chain Reaction Crew, Fennesz, Autechre, Jackson And His Computer Band, Kit Clayton… Tous ces gens m’influencent dans leur façon de travailler sur une idée, un concept, comment ils sont capables de créer certains sons pour construire telle ou telle atmosphère.

Avez-vous suffisamment de recul pour nous dire ce que chacun d’entre vous a apporté au projet?

Chris: On a chacun apporté beaucoup de nos connaissances et de nos expériences respectives. Et puis chacun a aussi des compétences qui lui sont propres. C’est le fait d’avoir combiné les deux qui fait la différence, yo!

Phon.O: C’est à chaque fois différent. On n’a pas vraiment de spécificités, si ce n’est que Chris est bien meilleur que moi pour cuisiner les pâtes.

Le fait d’avoir débuté cette collaboration sur scène a t-il influencé la manière de concevoir l’album? A l’écoute on a l’impression d’une succession de pistes taillées pour les clubs…

Chris: D’une certaine manière, oui. On a joué tous nos titres sur scène et c’est vraiment là qu’on a pu tout vérifier, du mixage jusqu’à la réaction du public. Et le fait qu’on aime tous les deux les beats qui tappent forts fait que l’album devrait également fonctionner en club.

Phon. O: Chaque titre a été approuvé en live, sur un sound system de qualité et face à un public critique. Pour autant, on a aussi tenu à ce que le disque fonctionne en voiture, à la radio, dans la cuisine d’une mère de famille…

Vous ne craignez pas qu’on vous reproche cette enfilade de « bangers »? Que votre album soit jugé trop linéaire?

Chris: Je ne pense pas que l’album soit linéaire, il va du pur Hip-Hop aux sons club, technoid, en passant par des chansons un peu plus pop. Le seul point commun c’est que chacune d’entre elle sonne très direct, frappe tout de suite l’auditeur.

Phon.O: On n’est pas vraiment effrayés. Même s’il est vrai qu’aucune piste ne fait dans le « cheesy lounge », l’album reste varié et procure de l’énergie à ses auditeurs. Un peu comme un bon triple expresso.CPL en concert

Comment s’est fait le choix des Mc’s présents sur le disque? Ils sont pour la plupart inconnus et j’ai lu que MySpace vous avait aidé dans votre démarche. Vous confirmez?

Chris: En effet, on a trouvé la plupart des Mc’s via MySpace. C’est un très bon outil pour découvrir des artistes talentueux, encore inconnus et avec lesquels tu peux entrer directement en contact. On n’a pas cherché à collaborer avec des Mc’s célèbres, ce qu’on voulait avant tout c’est que chacun des invités ait quelque chose de spécial, d’unique à proposer. Par exemple, lorsqu’on a contacté Yo Majesty il y a un an et demi, c’était de parfaits inconnus en train de travailler sur leur album. Depuis, ils ont signé sur Domino Records et ils sont en route vers le succès. Les concernant, ce qui est cool c’est qu’ils ont souhaité intégrer le morceau qu’on a fait ensemble au tracklisting de leur album, c’est une opportunité formidable pour nous.

Phon.O: C’est très excitant d’avoir la possibilité de contacter beaucoup d’artistes via internet. On était vraiment libre de choisir, sans aucune obligation pour finir le titre. Au fond, c’est un peu comme choisir le bon synthé lorsque tu composes, choisir celui qui correspond à l’idée précise que tu te fais du morceau. En plus, ça a aussi été l’occasion de se faire de nouveaux amis… C’est formidable.

Y a t-il des artistes que vous avez sollicités et avec lesquels ça n’a pu aboutir?

Chris: Il y a environ un an, on a demandé à Santogold de participer au projet. Elle semblait intéressée mais son manager nous a dit qu’elle devait travailler en priorité sur ses propres chansons. C’est regrettable mais on respecte la décision.

Phon.O: C’est vrai que c’est dommage parce qu’on aime beaucoup ce qu’elle fait, depuis le début. On a vu son potentiel artistique dès qu’elle a commencé à mettre des titres sur son MySpace. Elle est incroyable. Peut-être qu’on essayera de re-tenter notre chance dans le futur.

Plus précisément, comment se sont déroulées les collaborations? Est-ce que vous aviez déjà conçus les beats en amont ou sont-ils le fruit d’un dialogue entre vous et les Mc’s?

Chris: L’Idée, c’était d’envoyer des sortes de « brouillon » au Mc et de lui dire ce qu’on avait plus ou moins en tête pour le morceau. Dès qu’il nous renvoyait son couplet, on retravaillait le beat, parfois en supprimant seulement certaine partie de l’original, parfois en le changeant de manière plus importante. Ce qu’il faut savoir lorsque tu travailles avec un Mc, c’est que tu dois laisser des blancs dans l’instrumentale pour qu’il vienne y poser son texte. Ca a été la difficulté principale avec laquelle il a fallu traiter. On avait jamais eu autant de travail sur des paroles par le passé. Les Mc’s tiennent une place vraiment importante sur Supercontinental ».

Phon.O: On est toujours restés critiques mais ça fonctionnait plutôt bien, on a jamais eu à parlementer avec eux. Ils nous ont toujours renvoyé des pistes vraiment « hot » avec des textes à la fois amusants et intéressants. Je pense qu’à chaque fois on a su attribuer la bonne instru au bon Mc.

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