Interview – Cloud Boat, des nuages vers la lune

Leur premier single officiel, ‘Lions On The Beach’, remonte à 2011. L’attente fut pénible, mais leur album ‘Book of Hours’ est enfin paru cette année, croisant allègrement folk et influences dubstep avec une certaine élégance. Indiscutablement rangé chez nous dans la case des groupes à suivre (surtout sur scène), Cloud Boat vient également de sortir un EP de remixes, prétexte idéal pour revenir sur la sortie du disque et la personnalité musicale des deux larrons Sam Ricketts et Tom Clarke.

J’ai découvert Cloud Boat en warm-up de la première tournée de James Blake. Est-ce que cette situation de ‘première partie’ vous a aidé dans votre carrière? De quelle manière?

Sam Ricketts: Je pense qu’à l’époque, nous étions trop occupés et terrifiés à l’idée de réaliser à quel point cette expérience pouvait être précieuse pour nous. On est toujours très reconnaissants envers James de nous avoir offert le meilleur départ possible pour démarrer notre carrière en tant que groupe. C’était un honneur d’avoir l’occasion de jouer dans des salles plus grandes, et avec un gros son, en Angleterre puis en Europe. Je pense que ça a relancé non seulement nos ambitions personnelles, mais aussi notre désir de tourner encore plus.

Vous avez sorti votre premier album après des dizaines de concerts. Pensez-vous qu’il est obligatoire aujourd’hui pour un artiste de donner une première vie à un morceau sur scène, afin de le faire évoluer jusqu’à sa version définitive?

Tom Clarke: Je ne pense pas que ce soit obligatoire, mais je crois que si on est un groupe qui a l’intention de se faire un nom en tant que live-act, on doit laisser de l’espace pour que les chansons puissent évoluer et grandir lorsqu’on les joue en concert.

L’étiquette ‘post-dubstep’ a définitivement été collée sur votre musique, au même titre que sur celle d’artistes comme Mount Kimbie. Si vous étiez journalistes, comment définiriez-vous votre son?

Sam: Je suis assez d’accord avec ce terme à partir du moment où il décrit quelque chose qui puise dans le dubstep en tant qu’influence majeure, même si ça peut musicalement se manifester de plusieurs façons différentes. Evidemment, c’est combiné à beaucoup d’autres influences. Bien qu’il soit flatteur d’être étiqueté comme faisant partie de la même scène ou du même genre que des artistes que nous adorons, ça reste un terme particulièrement inutile pour décrire une musique! Honnêtement, je trouve que notre son est difficile à définir, et je suis heureux de le constater car nous n’avons jamais cherché à devenir un groupe spécifique ou avec une destination musicale particulière en tête.


Qui fait quoi dans le groupe? Comment partagez-vous les tâches entre vous?

Tom: On fait tous les deux un peu de tout en termes d’écriture et de production. Mais pour simplifier le tout, Sam est guitariste et je suis chanteur. C’est parfois bon de se le rappeler lorsqu’on se laisse emporter dans l’écriture d’une chanson.

J’ai lu que vous aviez tous les deux joué dans un groupe de métal. Comment en êtes-vous arrivés à ce type de son aujourd’hui?

Sam: J’ai rencontré Tom quand il avait quinze ou seize ans, en jouant dans des groupes de métal avec d’autres potes du coin. Quand on s’en souvient, ça nous fait un peu grincer des dents, mais c’était vraiment fun! Quoiqu’il en soit, je pense que grandir en adorant la musique à base de guitares implique que tu rêves de rouler dans un van et de faire des concerts. C’est vraiment cool d’en être arrivé à ce son aujourd’hui, et je pense que le fil conducteur de notre musique n’est pas si différent de ce qu’on essayait d’imiter quand on était jeune… En tout cas, je pense que Tom et moi sommes tous deux musicalement très ouverts. Je joue du trombone depuis que j’ai douze ans, et lui joue du saxophone. A l’université, alors que j’étudiais la musique classique, j’ai commencé à m’intéresser à la musique électronique et j’ai pris l’habitude de passer du temps à écouter des trucs sur internet, ou dans des clubs comme le DMZ ou le FWD. Tom a vécu des expériences similaires à Bath et à Bristol. Quand nous avons tous deux été diplômés, nous avons commencé à expérimenter nos idées ensemble, en se libérant de toutes les limites propres à un véritable groupe.

Votre configuration est très minimale. Pensez-vous que vous en atteindrez les limites un jour? Va t-elle évoluer dans un futur proche?

Tom: Je pense que l’une des choses les plus excitantes quand on a démarré le groupe était ce défi d’être capable de développer notre son, de manière à ne jamais nous ennuyer. Nous sommes tous les deux friands de cette idée d’explorer différentes manières de composer et jouer de la musique, et nous avons bien l’intention de continuer dans ce sens!

La musique de Cloud Boat est à la fois très calme et incroyablement intense. Y-a-t-il un lieu idéal dans ce monde où vous aimeriez jouer?

Sam: On a toujours vraiment adoré jouer dans les environnements les moins traditionnels, des petites églises londoniennes à la cathédrale de Carthage en Tunisie, ou une salle particulière à Düsseldorf. Il y a un côté éthéré à jouer dans des endroits religieux, et je pense particulièrement que ça peut amener le public à être réellement immergé dans ce que l’on joue. On a également joué au Pukkelpop festival récemment. On adorerait réitérer l’expérience d’une grande scène! Je ne peux pas répondre à cette question sans suggérer que, un jour peut-être, nous jouerons sur un bateau! (rires)

Vous avez donc joué au Pukkelpop et dans d’autres festivals l’été dernier. Avez-vous dû retravailler le live pour qu’il colle à l’ambiance festival? Votre musique est très intimiste, j’imagine que le mode festival était un challenge pour vous!

Tom: C’était une perspective plutôt intimidante au départ. Mais je pense que l’on a une musique assez vivante et accueillante pour la jouer en festival, au même titre que nos morceaux les plus intenses. Le Pukkelpop était vraiment excellent, et ça nous a motivé à faire plus de festivals l’année prochaine!

Mes morceaux favoris sur l’album sont les plus influencés 2-step/dubstep. Il s’agit des fantastiques ‘Lions On The Beach’ et ‘Pink Grin II’. Pourquoi ne faites-vous pas plus de morceaux comme ceux-ci pour des gens comme moi? (rires)

Sam: D’abord, je suis content que tu aies autant aimé ces morceaux! Musicalement, nous avons toujours été égoïstes et sans compromis. Je veux dire que nous aimerions couvrir le spectre le plus large possible, qu’il s’agisse de morceaux dansants, des tracks plus lourds ou des ballades à la guitare. Nous aimons l’idée d’être capables de jouer des sets sur mesure lorsque nous aurons plus de matière. Il ne faut donc pas exclure de potentiels futurs morceaux explosifs!

Que signifie ‘Book of Hours’, le titre de votre album?

Il s’agit d’un petit livre que les gens avaient l’habitude de porter sur eux. Il contenait leurs confessions, prières et illustrations. J’aimais bien l’idée de faire le lien entre notre album et ce type de carnet. Ça a du sens pour nous, c’est presque la même chose.

Maintenant que l’album est sorti, quels sont vos projets?

Tom: Jouer autant que nous le pouvons et composer toujours plus de musique!

Pouvez-vous me donner une petite liste de cinq morceaux qui vous ont émotionnellement influencé ces derniers temps?

Portishead – ‘Machine Gun’

Sam: Portishead est un groupe que j’ai toujours connu tout en pensant que je ne l’aimerais probablement pas. Mais, à vrai dire, je ne m’y étais jamais réellement intéressé. Maintenant, j’y ai remédié. Quel beat…

Gold Panda – ‘Back Home’

Tom: J’ai récemment recommencé à écouter cet EP de Gold Panda, et je me suis souvenu à quel point le son est bien produit et addictif.

 Jon Hopkins – ‘Open Eye Signal’

Sam: ‘Immunity’ est l’un de mes albums préférés de cette année. J’adore la manière dont Jon Hopkins construit ses textures. C’est très progressif sur six minutes, puis ça explose sous forme d’une idée complètement différente sur la fin.

Majical Cloudz – ‘Impersonator’

Tom: Leur premier album est incroyable. Tout est très bien ficelé et les paroles font réfléchir. Je l’ai énormément écouté ces derniers temps.

Nico – ‘The Fairest Of The Seasons’

Tom: Je ne sais pas vraiment pourquoi j’aime autant Nico, je n’ai pas d’explication. La musique est très étrange et mélancolique mais elle me paraît parfois très familière et édifiante.

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