Interview – Chloé ne tourne pas en rond

Figure emblématique d’une electro qui regarde plus loin que le bout de son compresseur, la Djette Chloé a la bonne idée de revenir en 2010 avec un deuxième effort, « One In Other« , qui atteste d’un passage réussi et remarqué à la production. Au milieu d’un agenda qui l’amène à défendre le nouveau-né aux quatre coins de l’Europe, l’ancienne et discrète résidente du Pulp a pris le temps de répondre à quelques-unes de nos questions.

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Lors de ta récente prestation au festival Scopitone, je me suis dit que ton live aurait sans doute pris toute sa dimension dans un lieu clos, fermé, en tout cas plus intime qu’une ancienne usine réaffectée. Est-ce que ça t’a semblé être une contrainte ce soir-là?

Jusqu’à présent, j’ai surtout joué mon live dans des festivals: Sonar, Nuits Sonores, Name, Scopitone, Ososphère… A chaque fois, ils programment des artistes très différents les uns des autres sur plusieurs jours, et souvent dans des lieux atypiques. C’est précisément ce qui va faire la particularité de ces festivals, et rendre chacun d’entre eux unique. Contrairement au Djing où je  joue de la musique de club, le live me permet de chercher ailleurs afin de me ressourcer, d’expérimenter et surtout de ne pas tourner en rond. Accompagnée d’artistes visuels, je revisite mes albums, mes remixes et mes collaborations sur un tempo lent et lancinant, et je pense que le fait de jouer dans cet environnement donne une dimension intense supplémentaire au live.

Tu parlais des Vj’s qui t’accompagnent sur scène lors de tes lives. Est-ce que tu peux nous les présenter et nous dire comment est née l’idée de cette collaboration?

Transforma, c’est un collectif d’artistes visuels Berlinois qui m’accompagne sur chacun de mes lives. On a présenté ce live pour la première fois lors du festival Seconde Nature à Aix-en-Provence, en 2008, et la rencontre avait bien fonctionné. Quand on a commencé à réfléchir pour la tournée de « One In Other », on a voulu qu’ils soient présents sur toutes les dates et donc qu’ils créent des images pour l’occasion. L’intérêt de ce dispositif, c’est qu’il me permet d’accentuer les effets de styles, ces modes d’expression que je retrouve dans ma musique.

Photo: Anne Dri RollinToi qui est amenée à jouer des deux côtés du Rhin, est-ce que tu peux nous parler de la principale différence selon toi entre l’Allemagne et la France? Parce qu’on a l’impression que, là-bas, des clubs, des bars et des scènes se montent pendant qu’ici on pétitionne pour éviter que « la nuit meurt en silence »…

La chute du mur de Berlin a vraiment changé la donne. La majeure partie des soirées se déroulent à l’Est, car de nombreux lieux insolites existent, la population en prend possession et décide d’y organiser des soirées. En France, on a peu d’espaces accessibles financièrement pour monter des événements. Du coup, j’ai l’impression que de moins en moins de choses intéressantes se passent en semaine et qu’on tend vers une uniformisation. J’ai le sentiment que tout tourne davantage autour du business que de la création, il y a de moins en moins de plaisir à partager des choses. Partant de là, je peux comprendre que beaucoup d’artistes fassent le choix d’aller vivre à l’étranger.

Sur la page internet d’une émission de radio qui te recevait il y a peu, on pouvait lire ceci: « la spécialiste du morceau qui enfièvre illico les dance-floors et des sets qui rendent hystérique ». Comment t’y prendrais-tu si tu devais à ton tour définir tes prestations scéniques?

J’imagine qu’ils parlent de mes mixes plus que de mes lives. Quoiqu’il en soit, les deux performances – live et Djing – me nourrissent, j’aime passer de l’un à l’autre, changer de tempos, d’ambiances.

Parlons de ton nouvel album « One In Other ». Est-ce que tu penses avoir déjoué certains pièges, évité certaines erreurs en passant le cap-du-deuxième-album?

Disons qu’il y a trois ans, j’étais pleine de doutes et j’avais l’impression de ne pas réussir à achever mes morceaux. Cette fois-ci, j’ai été plus instinctive, plus intuitive, un peu à l’image de ce que je fais dans le mix finalement. L’album a été réalisé beaucoup plus rapidement et spontanément que le précédent, j’y ai peut-être pris plus de plaisir en fin de compte. Pour autant, je considère que les deux disques sont très liés, « One In Other » peut s’écouter dans la continuité de « The Waiting Room« . D’ailleurs, c’est en jouant live les morceaux du premier que sont nés quelques-uns de ces nouveaux titres.

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J’imagine que ton expérience de remixeur t’a également servi?

Je fais toujours en sorte que mes travaux en tant que Dj, productrice, collaboratrice ou artiste live se répondent. C’est ce qui me permet de garder une spontanéité dans ma façon de travailler. Je reprends donc des textures inutilisées dans certains projets pour les réinjecter dans d’autres. J’essaie de recycler chaque fois que je peux.

Cet été, on a aussi parlé de ta collaboration avec le chorégraphe Fabrice Ramalingom (Pandora Box/Body @ Montpellier Danse), tu peux revenir sur cette expérience?

En 2007, on avait déjà collaboré pour sa création solo « Comment Se Ment ». J’avais composé la musique en ayant le sentiment d’une véritable rencontre artistique, c’était incroyable, pour la première fois nos univers se parlaient et se faisaient écho l’un à l’autre. Dans « Pandora Box/Body », je diffuse de la musique en live, sur scène, et je bouge dans l’espace afin d’interagir avec les danseurs de la pièce. Il y a une certaine prise de risque mais ça a été une expérience très enrichissante, d’une part parce que j’ai suivi les différentes étapes de la création de la danse, mais aussi parce que ça m’a permis d’aborder mon live d’une manière totalement inédite, sous un angle auquel je n’avais jamais eu affaire jusque là. Je considère que c’est une étape supplémentaire pour moi dans la « performance », et je me réjouis qu’on ait l’occasion de rejouer ensemble à la MAC de Créteil, en décembre.

Une autre de tes collaborations dont on se souvient c’est « The Dysfunctional Family » avec Ivan Smagghe.  Quatre ans après, est-ce qu’on doit considérer ce projet comme un « one shot », ou travaillez-vous à nouveau sur quelque chose?

On n’a pas vraiment parlé de refaire une compilation de ce genre, mais pourquoi pas. Pour le moment, c’est vrai qu’on a pas mal été pris par les sorties d’albums de Battant, de Jason Edwards et le mien. Et il y a encore pas mal de choses qui se préparent.

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Toi qui est amenée à jouer aux quatre coins du monde, si tu devais nous donner le Top trois de tes clubs préférés ça donnerait quoi?

Je n’ai pas de préférence de territoires, mais plus des affinités avec des clubs. Et je commencerai par le Robert Johnson, à Francfort, parce qu’il fait partie de ces rares lieux, un peu comme le Pulp, où l’on ressent une réelle liberté d’expression. C’est un petit endroit convivial, le sound system est dément et le Dj joue autant de temps qu’il le souhaite. Ça peut durer longtemps et ça permet vraiment d’installer son ambiance. Je n’y ressens aucune contrainte. Ensuite, je dirais Le Rex Club à Paris. J’y suis résidente depuis la fermeture du Pulp et j’invite régulièrement des artistes dans mes soirées « Closer ». Ici aussi le sound sytem est dément et il s’agit selon moi d’un des meilleurs clubs d’Europe. Enfin, il y a Le Pitch à Porto, un club minuscule (150 personnes maximum) mais l’ambiance y est géniale.

Depuis quelques mois, on a l’impression que la machine à turbines 2.0 commence à se gripper, que le public commence à se lasser de cette vague maximale. Toi qui es régulièrement au contact des auditeurs, est-ce que tu partages ce point de vue et est-ce que tu vois une nouvelle tendance émerger?

On a eu l’eletroclash, puis la minimale, puis la house, puis la maximale. Je serais incapable de dire vers quoi on s’oriente parce que je ne fonctionne pas en suivant les courants, ça fausse les choix musicaux. Mais ce que je sais, c est que je trouve de très bons morceaux un peu dans chacun de ces styles. Personnellement, je ne distingue que la bonne de la mauvaise musique.

Hormis tourner, quels sont tes projets pour les mois à venir?

L’Atelier de Création Radiophonique (tous les dimanches de 23h à 00h20 sur France Culture, ndlr) m’a proposé de faire une création radio. J’ai choisi le thème du surréalisme donc, en ce moment, je collecte des matières, des voix, des interviews d’époques… Le tout paraitra en avril/mai 2011 sous la forme d’un CD et d’un livre dans la collection « Dis Voir ».

À lire ou écouter également:

Une réponse à Interview – Chloé ne tourne pas en rond

  1. Trambert 4 novembre 2010 à 15 h 50 min #

    http://www.myspace.com/pleinsol

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