Interview – !!! (Chk Chk Chk), leçons de vieux singes

C’était un dimanche, à l’heure de l’apéro. Même en l’absence d’une boule à facettes qui y aurait eu toute sa place, l’Aéronef de Lille s’est transformé en dancefloor au son des rythmes disco des !!! (Chk Chk Chk) venus présenter le très inspiré ‘As If‘, dernier album en date ou on les entend reprendre clairement du poil de la bête. Car, au-delà de la qualité de ce nouveau disque, Nic Offer et ses collègues ont prouvé une fois de plus ce soir-là que la scène était définitivement leur jardin. Entretien avec un leader encore en pleine sudation, après un live incandescent.

Avant de commencer, j’ai besoin de clarifier quelque chose. Où trouves-tu cette énergie ? Que manges-tu ? Où est cachée la drogue ? Je veux la même chose…

Nic Offer : (rires) En fait, ce soir, j’étais très fatigué parce qu’on a bien fait la fête à Londres hier. Mais l’énergie est dans la musique tu vois ! Si je me sens fatigué, j’ai juste besoin d’aller plus loin. Je n’ai pas de limite, je les repousse toujours. Le seul problème, c’est pour respirer ! (rires) Il y a des moments où je chante et je danse trop. J’ai de la chance que ce feu soit toujours là. Je descends de l’avion, on arrive à la salle, on monte sur scène, et c’est parti. On verra bien quand je serai plus vieux mais, pour l’instant, ça marche comme ça !

À l’image de ‘Sick Ass Moon’ ou ‘All U Writers’, ce nouvel album est définitivement plus orienté disco et house. J’ai parfois eu l’impression d’écouter un vieil EP de house de Chicago des années 90, ou un album de Prince ! Pourquoi avoir pris cette direction ? Vous sentez-vous nostalgiques de cette période ?

Pas nécessairement. Nous aimons beaucoup les albums modernes qui sonnent comme de vieux disques. Et on aime aussi le son old school. Tu sais, il y a des gens qui se sont plaints de l’album précédent. On a essayé de bien faire, mais les retours nous ont donnés le sentiment inverse. Quand on finit un disque, on se réunit toujours pour se demander si on aurait pu mieux faire. Les gens attendent toujours un son punk de notre part alors que ça ne nous intéresse plus du tout ! On ne veut plus faire de disques de dance-punk, c’est chiant. Mais finalement, si tu écoutes un vieil album de house, c’est carrément punk comme attitude : les mecs utilisaient des boîtes à rythmes et des machines, sans savoir comment ça fonctionnait. Ils voulaient juste sortir un disque, à chaud. Et ça sonnait brut et authentique ! D’une certaine manière, en adoptant cette énergie house, on reste connecté à l’esprit punk. On a aussi le sentiment que, d’album en album, les gens nous demandent de sonner exactement de la même manière à chaque fois. Ca ne nous intéresse pas. Tu vois, un ami avait une 909, et j’ai décidé d’en mettre un peu dans un morceau, même si je ne sais pas m’en servir à la base ! Quand ces mecs faisaient des albums, ils n’essayaient pas de recopier la magie d’un autre. Nous n’avons pas essayé de capturer ce style, mais plutôt cette philosophie et cette approche.

Il est vrai qu’en lisant des articles sur vous, on tombe à 90% sur ce mot ‘punk-funk’, cette étiquette qui vous colle à la peau depuis le début. Es-tu fatigué de cela ?

Ce n’est pas moi qui choisit, tu sais. On pourrait essayer de faire un disque de country pour décoller cette étiquette, mais je pense réellement qu’on sonne ‘dance’ et ‘punk’ naturellement. Si tu nous as vus en live, tu sais de quoi je parle. Il y a des choses que nous avons apprises en faisant partie de groupes punk, qui se retranscrivent sur scène, c’est certain. Et c’est ça qui est bon. On veut juste faire de la dance music ! Tu sais, les Sex Pistols ne se trouvaient pas punk. Et ça ne sert à rien de se battre contre ça. On pousse nos limites à chaque fois, mais on ne pourra pas aller à l’encontre de ce que les gens pensent, à moins de faire un album de country. Je crois que les Talking Heads en ont fait un ! C’était un groupe dance-punk par excellence, mais ils ont sorti ‘Little Creatures’. Et je n’ai pas envie de faire ce type de disque ! (rires)

Cela fait maintenant 19 ans que tu as créé le groupe. Penses-tu apprendre encore beaucoup de choses ?

Oui, j’espère. Le meilleur son vient de l’apprentissage continu. C’est cliché, mais les voyages ou les changements dans la vie personnelle ont une influence directe sur ta musique. Ça fait partie du process. La créativité est forcément marquée par les rebondissements de la vie. Il faut suivre une sorte de régime pour entretenir la créativité. Si tes idées stagnent, ça n’est pas bon du tout. Je suis vraiment dans l’optique de toujours avancer, et je pense vraiment que c’était le crédo de groupes comme Joy Division ou Gang of Four. Ils cherchaient toujours quelque chose de nouveau.

De manière plus ciblée, qu’as-tu appris du dernier album ?

Oh, on a appris énormément ! C’est sans doute le disque le plus difficile qu’on ait réalisé, notamment parce qu’on l’a produit nous-mêmes. On a rencontré beaucoup de producteurs dance en studio, mais les connections n’ont pas toujours fonctionné. Néanmoins, on a passé de bons moments, et on a appris grâce à eux. Les trucs qu’on a retenu ne sont pas forcément intéressants à raconter dans une interview. C’est du genre, comment faire un bon kick ? (rires). Ce sont surtout des choses techniques dont on n’avait pas l’habitude.

Après 19 ans, êtes-vous surpris d’être toujours ensemble ? Avec le recul, est-ce que tu imaginais un tel futur quand tu as créé le groupe ?

Je n’ai aucune idée de ce que j’imaginais à l’époque… Je pense qu’on voulait juste voyager et jouer notre son punk dans des caves ! La première fois qu’on a joué en Europe, c’était aux Transmusicales de Rennes. On était limite choqués par le monde qui était présent ce soir-là ! On s’est dit : ‘bordel, comment va-t-on s’en sortir ?!‘(rires). Et c’est ce qui s’est passé presque à chaque fois, on s’est toujours senti chanceux. Même ce soir, en montant sur scène, on était super content de constater que tant de gens s’étaient déplacés pour venir nous voir ! Bref, je ne sais pas du tout ce que j’imaginais, j’avais une vision à trois mois tu sais…

Es-tu prêt pour toujours plus d’albums et de concerts avec ce groupe ?

Je n’en ai aucune idée non plus ! (rires) Je suis comme avant, je ne me projette pas à plus de trois mois ! On peut très bien arrêter le groupe la semaine prochaine, ou durer encore dix ans. J’ai toujours voulu faire ça pour me sentir bien. On s’aime tous, on est comme une famille, on se marre à être ensemble, en backstage. Même si un jour on commence à craindre aux yeux du public, je pense qu’on partira quand même de temps en temps en tournée pour jouer des morceaux ! Tout ça ne m’empêche pas de faire autre chose dans la vie, et c’est justement ce côté ouvert qui nous aide à faire ce qu’on veut. On ne veut pas faire de country, on veut faire de la dance. On verra !

Au début, vous jouiez tous dans des groupes différents, vous n’habitiez pas au même endroit, des membres ont quitté le groupe, puis certains sont revenus… Vous êtes définitivement un groupe à géométrie variable. Est-ce toujours le cas aujourd’hui ? Votre organisation est-elle toujours aussi compliquée ?

C’est différent. La démocratie dans le groupe fluctue elle aussi. Au début, on était sept à jouer en même temps. Aujourd’hui, on travaille chacun de notre côté, puis on se réunit pour bosser ensemble, à deux, ou à trois, pas toujours tous à la fois. On aime bien faire plusieurs petits groupes, et c’est ce genre de permutations qui donne des sons différents sur l’album. Si tu regardes les crédits, je pense que chaque morceau correspond à une formation différente !

Combien de concerts avez-vous fait ?

Oh putain, je n’en ai aucune idée… Plus de mille je pense !

Et comment cassez-vous la routine du live ?

Ça évolue tout le temps, surtout à cause du fait que l’on joue rarement nos vieux morceaux. Ce soir par exemple, on a joué qu’une seule chanson datant d’avant 2012. D’habitude, on joue notre plus gros hit mais, sur cette tournée, ce n’est pas le cas, et c’est bien aussi ! Je suis convaincu que les chansons vieillissent mieux si tu les laisses se reposer pour les rejouer plus tard. Mais on les rejouera peut-être sur une tournée spéciale pour les 20 ans du groupe !

Qui est ce singe sur la pochette ?

(rires) Oh elle est très connue ! C’est une actrice, elle s’appelle Crystal. Elle a joué dans plusieurs films, comme ‘Dr Doolittle’ ou ‘Hangover’. Je l’ai vue sur une photo tirée du film ‘Hangover’ justement, et je me suis tout de suite dit que je la voulais. Seulement, cette photo était créditée 20th Century Fox, et il fallait payer 70 000 dollars pour se la procurer ! On a donc préféré louer le singe et prendre des photos avec un photographe qu’on connait. C’était beaucoup moins cher !

Si je prends par exemple ‘Myth Takes’ et ‘As if’, je constate qu’il y a de grosses différences, et c’est valable pour tous vos albums. Penses-tu que votre groupe de fans se renouvelle à chaque sortie ?

Oui, j’en ai l’impression ! Je sens aussi qu’on en perd, car les gens arrêtent d’aller aux concerts. Ce n’est pas vraiment le cas en France, et on l’a bien vu ce soir. Mais, globalement, ce n’est pas pareil qu’il y a quinze ans, en particulier aux Etats-Unis. Dès que les gens ont des enfants, ils ne vont plus aux concerts. Ceux qui venaient lors de nos premiers lives ont maintenant la quarantaine ! Ils sont finis, ils ne vont plus voir de rock ! Mais ce soir, il y avait un bon mix : j’ai vu des très jeunes comme des plus vieux. Il y a des gens qui viennent parfois me dire ‘Oh tu sais, j’écoute toujours ‘Louden Up Now’, ça me rappelle le lycée !‘. Là, j’ai juste envie de leur répondre : ‘non mais tu sais, on fait toujours du rock mon pote !‘ (rires). Quelque part, ça m’offense même un peu ! On est toujours bons tu sais, viens voir nos concerts !

En parlant de ‘Louden Up Now’… Cet album est sorti chez Warp. Aujourd’hui, vous êtes toujours sur ce label. En quoi est-ce si confortable ?

J’adore être sur ce label. Au tout début, on était du genre : ‘Quoi ? Warp Records nous veut ??‘ (rires) C’était ridicule pour nous ! Pour eux, l’artiste passe avant tout, ils n’ont jamais essayé de nous orienter vers des conneries. Je pense que l’on est également lié par la même philosophie. Ces mecs vont toujours de l’avant. Ce sont d’ailleurs eux qui ont lancé l’une des premières plateformes mp3, avec Bleep.com. Quand tu envoies des démos, ils ont une réaction sincère. Là où le manager d’une major te dit que c’est génial, les gars de Warp te disent qu’ils ne trouvent pas ça forcément novateur. C’est cool, car dans l’industrie de la musique, tu ne sais jamais qui te dit la vérité. Warp t’encourage à faire quelque chose d’inhabituel, ils ne cherchent pas à te faire passer à la radio. J’apprécie ça !

Avez-vous déjà été approchés par des majors ?

Oui, on a eu droit à quelques dîners avec certains de leurs représentants. Mais on ne s’est jamais senti à l’aise. On avait l’impression que les mecs ne cherchaient même pas à discuter. Quand on disait non, ils disaient ok, et partaient tout de suite !

Quel est ton mot français favori ?

Je suis resté quelques temps à Paris, donc j’apprenais un peu le français avec une appli. Il y a beaucoup de mots que j’aime vraiment ! J’aime bien quand les américains disent ‘ménage à trois‘. Il y a bien un mot que j’aime mais je suis incapable de m’en souvenir (il réfléchit au moins 30 secondes sans dire un mot, ndlr). J’aime bien les vieux trucs ou l’argot black du genre ‘Say what ?‘. J’aurais donc trouvé super cool d’avoir un groupe qui s’appelle ‘De Quoi ?’ (rires).

C’est vrai que vous auriez été plus facile à trouver sur Google avec ‘De Quoi’ qu’avec ‘!!!’

(rires) Probablement ! Mais je ne pense pas que les gens en France utilisent souvent cette expression !

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