Interview : Cadence Weapon (04-2008)

Avant de parler de ton nouvel album, revenons sur Edmonton, ta ville natale. Peux tu nous parler de la scène musicale là bas, et de celle du Canada par la même occasion? Quelles sont leurs spécificités?

Cadence Weapon: La scène d’Edmonton est beaucoup pl’us focalisée sur la musique électronique et le rock que sur le rap. Quant à celle du Canada dans son ensemble, elle est assez solidaire. Le pays est énorme mais les gens arrivent quand même à se rencontrer et se connaître par le biais des concerts et des tournées. En plus, il y règne un climat amical. En gros, il y a largement moyen d’y trouver son inspiration et de s’y sentir bien.

Tu t’es fait progressivement connaître, ainsi que ta musique, par le biais d’internet. Comment juges-tu l’évolution de cet « outil » et que penses-tu de ces artistes révélés par Myspace? Y vois-tu une hausse de la quantité au détriment de la qualité?

Je pense qu’internet est un formidable outil marketing, mais je pense qu’il devient vraiment plus que saturé. Quand les gens voient Calvin Harris ou The Teenagers sortir grâce à Myspace, ils pensent qu’il suffit de se bouger un peu, d’avoir un site internet pour devenir connus. Ils cherchent un succès immédiat et oublient que la musique est avant tout un art.

Pochette de lalbum “Breaking Kayfabe” Tu as sorti ton premier album, « Breaking Kayfabe« , en 2005. Quelles ont été les réactions du public? T’ont-elles influencé pour la conception de « Afterparty Babies« ?

Les réactions suite à « Breaking Kayfabe » ont été incroyablement positives. Je ne m’attendais pas à ce que les gens comprennent ce que j’avais essayé de faire, et c’était super cool qu’ils rentrent à ce point dans l’album. Mais, pendant toute la période ou je l’ai défendu, je savais que j’étais encore capable de mieux. J’en déduis que tous ces encouragements m’ont poussé à repousser mes limites pour ce nouveau disque.

Depuis le premier album, tu as été approché par Big Dada qui s’occupe désormais de ta distribution européenne. Comment as-tu réagi au fait qu’un label, connu pour être un défenseur d’un son avant-gardiste et élitiste, s’intéresse à ton travail? As-tu eu peur de te cantonner ainsi à un auditoire pointu au lieu de l’élargir?

Je ne pense pas que le public classe ma musique si facilement que ça. De toute façon, chaque disque que je sortirai sera différent. Je ne veux surtout pas être comme ces artistes mainstream qui ne font que décliner le même album tous les ans. A leur place, j’aurais vraiment trop l’impression de ne plus voir ma musique autrement que comme un métier. Je pense que Big Dada est un endroit idéal pour casser les barrières artistiques, et je sais pertinemment qu’ils défendent ma vision des choses.

Tu dis pourtant que tu veux faire une musique éclectique, entre celle mainstream et une autre plus underground. Sais-tu exactement ou se situe ton public aujourd’hui? Est-ce que, de nos jours, ce mélange d’electro et de hip hop est une pratique aussi courante au Canada qu’en France?

Je suis sans cesse en train de tout faire pour élargir mon public, y compris au moment ou je te parle. Ce que je sais, c’est qu’il est très diversifié, et qu’il est principalement composé de gens qui cherchent à écouter quelque chose de différent. Aujourd’hui, je pense être l’artiste canadien le plus connu dans cette branche musicale, en termes de rap inspiré de l’electro.

Ton père était un des pionniers du hip hop à Edmonton et tu as grandi en écoutant beaucoup de musique. Quelles sont tes influences désormais en tant que Mc et producteur?

Les songwritters comme Bob Dylan, Andre Nickatina, Breezly Brewin, Posdnous, Dan Bejar, Cappadonna et Count Bass D m’inspirent beaucoup. En tant que producteur, je suis influencé par Tricky, Basement Jaxx, RZA, The Dust Brothers, The Bomb Squad, The Avalanches, George Clinton, Prince Paul et Daft Punk.

Tu as rencontré pas mal d’artistes et groupes comme TTC, Klaxons et Spank Rock durant ces derniers mois. Qu’as tu appris à leur contact? Es-tu d’accord quand on y trouve quelques similitudes avec ta musique?

Je n’ai rien appris d’eux, on a seulement partagé du bon temps. Je comprends que tu puisses retrouver quelques ressemblances entre ma musique et la leur, mais je n’ai jamais consciemment pris la décision de sonner comme Spank Rock, par exemple. Du point de vue du concept, nous abordons les choses vraiment différemment.

On parle souvent de hip house pour qualifier ta musique, mais je sais que tu trouves cela trop réducteur. Comment la définirais-tu alors?

J’ai pris l’habitude d’appeler cela du folks rap. Tout simplement parce que c’est du hip hop qui parle des gens, et que j’aborde l’écriture comme le font les artistes folk. Pour moi, chanter et faire de la musique est une tradition sociale.

Hormis un morceau (« Your Hair’s Not Clothes »), tu produis et chantes sur tous les titres. Comment as-tu abordé ce nouvel album? Ecris-tu les paroles avant de te pencher sur la musique, ou inversement?

Pochette de lalbum “Afterparty Babies”Je voulais que ce nouveau disque soit comme un document social sur ma vie du moment. J’avais quelques sujets en tête, quelques titres de morceaux aussi, et j’ai commencé à écrire à partir de cela. Dans un second temps, je m’attèle généralement aux beats. Cette fois, je les ai fait en fonction de ce que je ressentais à la lecture de ces titres. En fait, le plus souvent, mes morceaux voient le jour en plusieurs fois, il est très rare que j’en fasse un de bout en bout, sans que je me laisse distraire par un autre entre temps. Je suis totalement à la merci des fantômes de l’inspiration.

Il n’y a pas de featurings sur « Afterparty Babies ». Est-ce une réelle décision de ta part? Etait-ce une manière de prouver que tu pouvais te débrouiller seul, ou souhaitais-tu des collaborations qui n’ont pas pu aboutir?

C’était déjà le cas pour le premier album. La vérité est que je suis assez spécial quand il s’agit de contrôler la production d’un album. J’ai une vision très spécifique de mes morceaux, et plus il y a de personnes impliquées dedans, moins j’en suis satisfait généralement. D’ailleurs, j’ai enregistré un titre avec Buck 65 et Skratch Bastid qui devait apparaitre sur l’album, mais j’ai tripé dessus, et finalement je l’ai viré de la version définitive.

Dans une récente interview, tu disais que les Etats Unis était un passage nécéssaire pour un Mc. Est-ce vraiment ton opinion? Si oui, comment y vois-tu ton avenir? Comment vas tu t’y prendre pour parvenir à des retombées positives là-bas?

Oui, je pense vraiment que les USA sont un endroit absolument incontournable pour tous les musiciens. Notamment parce que c’est le centre de l’univers pour beaucoup de médias. Je suis actuellement en tournée aux Etats Unis avec Born Ruffians. Je m’aperçois que c’est très difficile d’y faire son trou en tant que Canadien, et en tant que rappeur. J’ai l’impression que les gens ont une idée très préconcue du hip hop, ou de ce qu’il est supposé être. Ils pensent que le rap, c’est 50 Cent et Kanye West. C’est notamment le cas d’Atlanta, ou il est très difficile de jouer puisqu’il y a une scène rap locale à l’identité très forte. Je travaille très dur en tournée, et j’espère vraiment pouvoir convertir les gens à ma musique.

Tu as aussi dit que tu laisserais des producteurs s’occuper de la musique de ton prochain album. Quels sont ceux avec qui tu aimerais travailler? As tu avancé sur le projet?

Oui, ça avance, j’ai déjà des beats de Dj Murge et Jammer. Daedelus est aussi en train de travailler pour moi, et Skratch Bastid devrait bientôt faire pareil. Mais, j’utiliserai aussi beaucoup d’instruments pour obtenir un son plus live. J’aimerais bien aussi faire des trucs avec Simian Mobile Disco

Le mot de la fin?

Merci à l’Europe pour son hospitalité. J’ai eu là-bas de belles expériences et j’ai hâte d’y revenir!

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