Interview : Blockhead (03-2004)

On commence classique. Peux tu te présenter à ceux pour qui tu es encore un parfait inconnu?

Je suis Blockhead, je produis pour quelques MCs et je poursuis une carrière solo dans le hip hop instrumental chez Ninja Tune. J’ai commencé la musique il y a maintenant neuf ans et aujourd’hui je fais en sorte de mener différents projets, d’être occupé au maximum et de vivre de ma passion.

Tu as débuté en tant que MC avant de te mettre à la production? Pourquoi avoir fait ce choix?

Je savais très bien que je n’étais pas un très bon rappeur pour pouvoir espérer aller plus loin. Donc j’ai tout donné pour mon autre passion qui est la production.

Te considères tu comme un producteur ou un bon beatmaker?

Plutôt comme un bon beatmaker même si aucune autre étiquette plus flatteuse ne me vexerait pas du tout…

Considères tu « Labor Days » d’Aesop Rock comme un tournant de ta carrière?

Bien sûr. C’était en fait la première fois que j’avais un peu de reconnaissance avec ma musique. « Float » n’a pas laissé les gens indifférents mais « Labor Days » a vraiment conquis tout un public underground. Ca n’a certainement pas affecté négativement ma carrière.

Quels sont les bons et mauvais côtés d’être dissocié d’Aesop Rock aujourd’hui?

Le gros avantage est que ça ne fait jamais de mal d’être associé à une personne si talentueuse. Le seul inconvénient est que les gens ont ensuite beaucoup de mal à t’imaginer séparé de lui. Mais je comprends, ça ne me pose aucun problème aujourd’hui.

Comment as-tu abordé l’étape de ce premier album solo? Ressens tu une certaine pression due au fait que tous les projecteurs sont braqués sur toi?

Pas vraiment ou du moins pas encore. Je suis assez confiant envers cet album donc je ne me suis jamais senti tendu jusqu’à aujourd’hui. Et puis quelle est la pire chose qui puisse arriver? Qu’il ne marche pas? Et alors… Ca ne changera rien pour moi et surtout pour l’album.

Comment vis tu le fait que Ninja Tune mette la barre très haut en te présentant comme un nouveau RJD2 ou un nouveau Dj Shadow?

C’est à la fois inévitable et compréhensible. Je savais que cela arriverait, que cela se passerait comme ça. Mais je pense que si les gens écoutent vraiment mon album dans son intégralité, ils verront que chacun de nous a sa propre personnalité. Nous venons tous d’endroits différents et nous ne sonnons pas de la même manière.

Que veux tu que les gens ressentent après l’écoute de « Music By Cavelight »?

De l’émotion.

Selon toi, quelle est la touche personnelle et artistique de Blockhead? Qu’as-tu de plus que d’autres producteurs de talent?

Je trouve que le down tempo est souvent assez chiant. J’aime penser que ma petite touche à moi est de faire évoluer les morceaux. Jamais un de mes titres n’est le même du début à la fin.

Je trouve qu’il y a deux sortes de morceaux dans « Music By Cavelight ». Les instrumentaux hip hop et les morceaux plus downtempo mélancolique, plus musicaux. Peut-on en conclure à un manque d’homogénéité, une erreur de jeunesse?

Si c’est le cas, je ne m’en rends pas compte donc c’est vraiment involontaire. Je travaille avec ce que je sais, avec ce que j’ai. Mais tout ce que je produis provient de racines hip hop.

Tu fais partie de Party Fun Action Committee. Peux tu nous expliquer le concept de ce groupe?

Party Fun Action Committee est une sorte de comédie musicale que Jer et moi-même avons sorti sur Definitive Jux. On peut dire que c’est un peu moi et mon meilleur pote qui nous amusons. Nous n’avions jamais vraiment pensé à sortir un album mais El P trouvait ça drôle et l’a sorti. Tout a commencé au milieu des années 90 quand Jer et moi composions des morceaux marrants pour le fun. L’idée est un peu de cracher sur tout ce qui n’est pas bon dans le hip hop et le business de la musique en général.

Aujourd’hui, les médias parlent beaucoup de « hip hop blanc ». Comment expliques tu cela? Prends tu la défense des blancs minoritaires dans le hip hop?

Définir quelque chose comme du « hip hop blanc » est une pure connerie pour moi. C’est du hip hop point barre! Des mômes blancs peuvent rapper d’autres non. Tout comme les noirs, les latins, ou les asiatiques. Je défends juste les blancs dans le hip hop quand c’est mérité. Si quelqu’un critique Eminem, je le défendrai car je le trouve bon. Même chose pour Jay Z.

Quel est ton top 5 du moment?

« Trap Music » de T.I., les nouveaux albums de Twista, Kanye West, « Mmm…Food » de MF Doom et tous les LPs de Nina Simone.

Quels sont tes projets? As-tu des collaborations sur le feu?

Je vais commencer à travailler sur mon prochain album instrumental. Je vais sans doute bosser avec Aesop Rock sur son prochain album et peut être avec d’autres. Comme je te le disais, je fais toujours en sorte d’être occupé.

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