Interview – Black Box Revelation, it’s only rock n’roll

Absolument redoutables sur scène, les deux Belges de Black Box Revelation n’en sont pas moins bons à l’exercice de l’interview. Alors qu’ils venaient d’offrir une prestation de haut vol au public du festival Rock en Seine, on les a chopés entre deux averses histoire de leur tirer les vers du nez quant à « My Perception« , un nouvel album à sortir en ce début de mois d’octobre et qui, sans surprise, tient toutes ses promesses. Incontestablement, ces deux gamins à la vingtaine tout juste passée ont le rock n’roll qui coule dans les veines, et prennent plaisir à le prouver à chaque occasion qui se présente. Rencontre.

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« My Perception », votre nouvel album, sort ces jours-ci. Comment le présenteriez-vous en quelques mots?

Jan Paternoster (chant/guitare): Cet album a été enregistré à Los Angeles en compagnie du producteur Alain Johannes. On a travaillé pendant six semaines dans son home studio ou on a vraiment passé un très bon moment. Ça changeait d’un enregistrement dans un studio classique comme on avait l’habitude de le faire jusque-là. Il y avait une atmosphère différente, on se sentait vraiment comme à la maison. C’était une sensation vraiment agréable qui nous a permis de penser uniquement et calmement à la musique. En plus Alain, au delà d’être un grand producteur, est un très bon musicien. On en est donc finalement sorti avec dix sept chansons: onze sont sur le disque, et les autres nous serviront comme b-sides ou bonus track pour des occasions spéciales. On est vraiment super content de ce qui nous est arrivé à Los Angeles, ce fut une expérience enrichissante et marquante. Quant à l’album en lui-même, il est à la fois catchy, plus sombre, et plus sauvage.

Comment a débuté votre collaboration avec Alain Johannes? Était-ce un choix personnel ou une suggestion de votre label?

L’idée de départ est venue de notre label. Ils nous ont demandé si l’idée nous tentait. On a alors écouté les projets auxquels avaient déjà participé Alain et, à vrai dire, tout nous a plu… On l’a ensuite rencontré en Allemagne lors d’un de ses shows en solo. C’est un type super attachant, un très grand musicien. De là, on a convenu qu’on allait se lancer dans cette aventure ensemble, d’autant que c’était excitant pour nous de travailler avec un nouveau producteur. Ça paraissait un peu fou pour nous de nous envoler pour L.A., mais on est parti avec une guitare et des baguettes de batterie, et on est revenu avec un album qu’on adore.
Dries Van Dijck
(batterie): D’une certaine manière, en écoutant ce disque, on peut déceler toutes les vibrations positives que l’on a ressenti. Le challenge était grand: on ne connaissait pas le producteur, ou à peine, on n’a pas joué sur notre matos, on faisait tout avec ce qui était mis à notre disposition chez Alain. Évidemment, il y avait une certaine dose de risque au départ, mais cette sensation s’est dissipée très rapidement. Et on est vraiment super heureux de tout ça. Ça s’entend sur « My Perception » je crois…

bbr2Quelle est exactement sa part de responsabilité dans ce disque?

Enregistrer dans le home studio d’Alain, c’est comme entrer dans une nouvelle dimension. Sa maison est pleine d’instruments, de trompettes, de violoncelles. Il y a de tout… On a pas mal expérimenté à nos heures perdues sur tout ce qui nous tombait sous la main, et cela a réellement créé un climat particulier durant l’enregistrement. On s’amusait en bossant. Voilà ce qu’Alain a apporté: il nous a facilité la tâche à tous les points de vue.

Vous n’allez peut-être pas être d’accord avec nous, mais il semble parfois qu’être un duo musical est une chose compliquée, non?

(il coupe) C’est très, très dur…

Comment voyez-vous, ou imaginez-vous, votre évolution future en tant que groupe?

cita21Jan Paternoster: Justement, le fait de travailler avec Alain pour la première fois nous a fait voir les choses d’une autre manière. Il entend la musique à sa façon, et nous a transmis beaucoup de choses. À son contact, on a commencé à écouter la musique autrement, puis à considérer et écouter la notre aussi d’une autre manière. A jouer différemment du coup. C’est ce genre d’expérience qui peut nous enrichir et faire que ce « handicap » d’être deux dans un groupe doit finalement devenir une force. On ne veut évidemment pas que nos futurs albums soient des pales copies de ce que nous avons déjà fait par le passé, mais un type comme Alain, comme l’expérience que l’on a pu acquérir à ses côtés, c’est vraiment le genre de trucs qui nous font évoluer en tant que groupe. On ne sait pas de quoi seront faits nos futurs albums parce qu’il faut toujours se réinventer pour ne pas tourner autour du pot, mais c’est un challenge qui nous plait.
Dries Van Dijck
: D’un autre côté, on est tellement habitué à n’être que tous les deux qu’on n’a pas besoin de parler. La musique sort toute seule, on s’entend à merveille là-dessus.

Vous avez déclaré également être amateurs de hip-hop. Les Black Keys ont fait rencontrer ces deux mondes autour de Blakroc. Peut-on imaginer ce genre de collaboration chez Black Box Revelation?

Blakroc est un projet génial que l’on a beaucoup écouté. Ensuite, quand on regarde un peu en arrière, il y a une chanson sur notre précédent album – « Love Licks » – qui reprend un peu une base hip-hop, avec un beat au groove particulier. Au départ, ce n’était pas quelque chose de fait consciemment, mais finalement, ce qui prime c’est le groove, et s’il doit rappeler un peu le hip-hop, tant mieux. C’est un rythme très sexy qui collait parfaitement à ce que l’on voulait transmettre dans cette chanson.

Pas mal de vos chansons ont des parties instrumentales plutôt longues. Est-ce pour vous une manière de vous offrir plus de liberté sur scène? Aussi, quelle est la part d’improvisation en studio au moment de l’enregistrement?

Jan Paternoster: Tu as tout à fait raison. Ces plages instrumentales viennent de l’improvisation en studio, et elles nous donnent ensuite une grande liberté en live. En studio, ce genre de mouvements musicaux sont les plus spontanés que l’on puisse enregistrer. Et c’est finalement, pour nous, les moments les plus intéressants car c’est là que l’auditeur nous entend vraiment jouer ensemble, partager, se faire plaisir. L’essence du groupe est là… Les couplets et les refrains sur scène sont sans surprise pour nous. Le réel plaisir vient de l’impro sur ces interludes instrumentales que l’on propose sur nos chansons.

On vous a toujours comparé aux White Stripes ou plus justement aux Black Keys du fait notamment que vous êtes un duo. Y-a-t-il un moyen pour vous de vous éloigner de telles comparaisons?

On ne s’est jamais arrêté sur ces comparaisons. C’est quelque chose dont on a toujours fait abstraction. Si tu ne nous connais pas, il est évident que c’est la rapprochement le plus facile à faire… Ceux qui nous connaissent réellement savent que nous n’avons finalement pas tant de choses que ça en commun avec ces groupes là, mis à part le fait que nous sommes tous des duos guitare-batterie. On n’accable évidemment pas les gens qui font ce genre de comparaison, parce qu’on ferait les mêmes si l’on découvrait un nouveau duo guitare-batterie. Mais nous avons notre propre son, notre propre identité qui fait que, rapidement, la comparaison ne tient plus debout. Depuis quelques années, étant donné que plus de gens nous connaissent, ils font plutôt un rapprochement entre nous et des références comme les Rolling Stones ou Iggy Pop, ces artistes qui sont nos vraies influences.

bbr4Comment vous attelez-vous à la composition? Partez-vous d’un jam, d’une improvisation, ou avez-vous une recette bien établie pour créer?

Dries Van Dijck: En général, ça part d’un riff, d’une idée, et l’on commence ensuite à jammer autour. Ça vient toujours de la guitare, c’est évident puisqu’il est plutôt compliqué de débuter une chanson par un plan de batterie. On s’entend très bien tous les deux, et on a une grande facilité à se dire les choses, comme quand on trouve une idée merdique et qu’il faut qu’on l’abandonne. C’est l’un des avantages d’être en duo. Ce ne serait peut être pas si simple si on était plus nombreux, s’il fallait gérer les égos, les susceptibilités… Entre nous, il n’y a jamais aucun souci à ce niveau là. Notre relation est parfaitement saine.

La musique européenne se résume souvent à quatre ou cinq pays dominant comme l’Angleterre, la France, l’Allemagne, et la Belgique ou vous êtes un groupe unique. Vous sentez vous rattachés à la scène très active de votre pays?

cita3Jan Paternoster: C’est clair qu’il y a beaucoup de groupes belges. Mais pour être tout à fait sincère, on écoute quasiment jamais de groupes de notre pays. Cela ne nous intéresse pas vraiment. Nos influences et nos goûts actuels proviennent plus des État-Unis, de l’Angleterre.  On a une attirance particulière pour les vieux groupes, la plupart n’existe d’ailleurs déjà plus.
Dries Van Dijck:
Il ya de bons groupes belges, mais ce sont souvent de pâles copies de groupes américains ou anglais. Il y a peu de personnalité dans la musique belge je trouve.
Jan Paternoster:
On a tourné avec des groupes comme Ghinzu et dEUS par exemple, des groupes qui ont connu pas mal de succès en dehors de nos frontières. On les apprécie, mais ce ne sont pas nos références ni nos préférences… Les années où dEUS a eu le plus de succès, on était trop jeune, on n’écoutait pas encore vraiment de musique. Donc on est passé un peu à côté de tout ça, sans que cela soit quelque chose que l’on regrette. On a adoré tourner avec eux, on a passé de très bons moments, mais c’est juste que nos goûts musicaux ne vont pas forcément dans le même sens, et qu’on n’est pas particulièrement attiré par leur musique. Même si ce sont des musiciens géniaux.

Votre album référence?

« Lust For Life » d’Iggy Pop
Dries Van Dijck:
« Nevermind » de Nirvana… Il y a tant de raisons qui font que c’est l’un des albums de rock les plus vendus de l’histoire. C’est un album énorme, essentiel… Eux aussi, on n’est pas particulièrement en phase avec leur musique, mais ce sont de très bons musiciens!

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