Interview – Betunizer, tombé du camion

Betunizer est de ces groupes qui tracent leur route sans relâche. Depuis plusieurs années, une expérience indiscutable de la scène et une musique aussi tordue qu’hypnotique ont fait des poulains du label BCore une référence dans le monde du rock indépendant. Avec ‘Gran Veta’ , troisième album paru en fin d’années 2013, les catalans enfoncent le clou d’un rock jouissif et déluré. C’est au retour d’une tournée française avec Binidu que le trio de Valence – par le biais de son batteur Marcos Junquera – répond à nos questions.

Des milliers de kilomètres au compteur, des concerts partout depuis des années, une grosse expérience désormais, sûrement pas mal de recul aussi… Quel regard portes-tu sur la scène rock actuelle?

Marcos Junquera: Je crois qu’il ne fait plus de doute aujourd’hui que c’est dans l’underground qu’il faut aller chercher la meilleure musique. Le rock actuel est selon moi très similaire dans chaque pays, il est généralement neutre et sans plan de carrière. Je crois qu’un bon groupe se doit de montrer à la fois le meilleur et le pire de ses musiciens. C’est cela la vraie musique, c’est ça qu’on ne trouve jamais dans la musique commerciale. Je pense aussi que vous devez avoir un avis sur le monde qui se retrouve reflété dans votre musique. Sur ce point, je veux bien croire que Betunizer s’améliore à chacun de ses albums.

Selon toi, qu’est ce qui a changé pour Betunizer comparé à ce à quoi vous vous attendiez, à ce que vous croyiez au tout début du groupe?

Je ne sais pas. Je n’aurais jamais cru qu’on fasse tant de choses. Et je n’aurais jamais pensé non plus faire un jour un album avec des arrangements de cuivres. Tout est possible pour nous dans le futur, et j’adore cette idée!

Betunizer a été un des premiers groupes, si ce n’est le premier, à être signé sur Bcore sans être originaire de Catalogne. Comment avez vous rencontré les gens du label et comment vous ont-ils convaincu d’avancer avec eux? Etes vous contents de cette expérience?

Noooon! Nous avions un groupe appelé Estrategia Lo Capto qui y avait déjà sorti un album en 2007. Cela fait des années que nous sommes amis avec eux, ça date de la période durant laquelle ils programmaient pas mal de concerts pour les groupes du label. Désormais, nous sommes très proches.

Qu’est ce qui nourrit et inspire votre travail de composition?

Ca, il faudrait le demander à chacun des membres du groupe. En ce qui me concerne, voir mes amis jouer et travailler, c’est ce qui m’inspire. Des gens comme Dorian Wood, Alberto Montero, ou d’autres batteurs comme Edu (Za!), Pierre (Papier Tigre) ou Pau (Aina)… Aussi, la relation qu’on entretient dans le local de répétition est très importante, puisque c’est là qu’on improvise et qu’on compose ensemble. Nous y jouons au feeling, sans forcément s’attacher à des styles musicaux particuliers.

Individuellement, quel genre de musique écoutez-vous actuellement? Aussi, lesquels ont fait ce que vous êtes aujourd’hui?

José et moi, on écoute beaucoup de choses. Nous avons tous les deux 35 ans, donc dans le van on écoute des trucs comme Mac DeMarco, Connan Mockasin, Morphine, pas mal de funk, de soul, de vieille dance. Je n’écoute pas vraiment de choses nouvelles, mais José est toujours en train d’écouter de chercher de nouveaux trucs. Pei, lui, écoute pas mal d’albums de Miles Davis datant des années 70.

Parce qu’elle est assez répétitive et hypnotique, votre musique sonne un peu comme The Ex. Validez-vous cette comparaison?

Beaucoup de gens disent que notre musique est répétitive, d’autres disent qu’elle est complexe. Je ne sais vraiment pas. Personnellement, j’adore The Ex mais nous n’avons jamais vraiment écouté ce groupe. Je les considère comme une putain de grosse référence, notamment du fait de leur longévité dans ce business. Cette comparaison vient peut être des guitares rock, de l’utilisation de la cloche, mais je trouve plus de ressemblances avec Minutemen, Neurosis, Jesus Lizard ou Sonic Youth, comme c’était déjà le cas avec Estrategia Lo Capto!

Vous intéressez-vous à d’autres formes d’art?

Est ce que tu veux parler de l’art de fabriquer le vin et de faire de bonnes omelettes espagnoles?

Vous revenez d’une tournée avec Binidu. Est ce que la France est un pays important pour un groupe espagnol? Comment pensez-vous que votre musique y est accueillie?

Mmmm… Notre dernière tournée en France s’est très bien passée, le public français a bien réagi vis à vis de nous. La France est très proche de l’Espagne donc pourquoi les groupes espagnols ne viendraient pas y jouer? Pour nous, la France est une partie supplémentaire de l’Espagne, comme une autre région! C’est vrai qu’on a le sentiment que le côté latin de notre musique est quelque chose d’assez étrange en Europe. Mais c’est en train de changer!

Avez vous déjà considéré la langue espagnole comme un obstacle vis à vis du public étranger?

Jamais! Notre musique est tellement ouverte que la langue ne peut pas être une barrière. Nous utilisons la voix comme un instrument, nous ne sommes pas des chanteurs folk avec une histoire à raconter assez claire pour qu’elle soit l’élément central de notre registre. Bien sûr, c’est mieux quand le public comprend les paroles, mais avec Betunizer vous pouvez aussi apprécier le travail rythmique, comme les mélodies de la voix même si vous ne la comprenez pas.

C’était la deuxième fois que vous partiez en tournée avec Binidu. Comment les avez vous connus, et qu’est ce que les deux groupes ont en commun?

Ce sont des amis d’amis, et maintenant ce sont aussi les nôtres! Nous avons beaucoup de points communs. Ils travaillent de la même manière que nous, et voient le monde comme nous le voyons. Dans le camion, on écoutant autant Slayer que Bill Callahan! Ce sont des gens ouverts donc il n’y avait pas de raisons que ça se passe mal!

Vous avez joué dans beaucoup de pays jusque là. Quel est celui que vous n’avez pas encore visité et dans lequel vous voudriez aller jouer?

Dans mon cas, ce serait le Japon!!! Je ne vais pas te mentir, essentiellement pour les filles et la bouffe…

Quelles sont les projets de Betunizer pour les mois à venir?

Finir notre nouvel album, tourner en Angleterre, essayer de faire enfin notre tournée au Chili et en Argentine après maintes essais ratés, et tenter de survivre grâce à notre musique. Nous avons aussi beaucoup de side-projects, et Pei possède un studio d’enregistrement. Nous avons toujours beaucoup de choses en tête. On verra bien!

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