Interview : Beat Assailant (04-2008)

Quand un Mc originaire d’Atlanta débarque à Paris pour monter un projet de hip-hop instrumental, forcément ça intrigue. Après la révélation de son premier opus « Hard Twelve » et une multitude de concerts pléthoriques vivement salués, rencontre avec Beat Assailant à l’occasion de la sortie de « Imperial Pressure« , un album généreux aux inspirations funk/jazz qui, on l’espère, devrait rencontrer un succès mérité.

Tu es arrivé à Paris il y a sept ans mais auparavant tu rappais déjà. Est-ce que tu peux revenir brièvement sur ton parcours dans le hip-hop aux USA?

J’ai vécu longtemps à Atlanta, j’ai commencé à m’intéresser au hip-hop quand j’étais adolescent et à cette époque j’étais influencé par Sol Messiah, membre de la Zulu Nation, et le label Rowdy Records qui a produit mes premières maquettes. Après, j’ai étudié la psychologie à l’université d’Athens en Géorgie et c’est là que j’ai commencé à monter un groupe de rap. On a sorti plein de mixtapes mais jamais de maxis et encore moins d’album.

Est-ce que tu constates une grande différence entre la façon de faire ici et là bas?

Oui et non. C’est quand même plus ou moins pareil, c’est juste de la musique mais après, effectivement, le fait de bosser avec des musiciens originaires de Paris a changé beaucoup de choses pour moi. Et au delà de ça, je pense qu’il y a peut-être plus de professionnalisme en France dans le sens où les démarches pour monter un groupe et organiser une tournée sont facilitées. Il y a plein de salles de concert dispersées à travers tout le pays, et ça c’est quelque chose qu’on ne retrouve pas forcément aux Etats-Unis.

Beat Assailant en concert

Tu joues ce soir à Nantes, la ville d’origine de Hocus Pocus. Est-ce qu’avec ce groupe et quelques autres vous avez l’impression de former une scène confidentielle bien spécifique? Est-ce qu’il y a des contacts entre vous?

On a fait quelques dates en France avec Hocus Pocus, j’aime bien ce qu’ils font, je kiffe leurs shows et leurs albums, mais je pense que ce qu’on fait est un peu différent. Après, pour ce qui est de notre notoriété, je pense que c’est surtout une question d’exposition et de manque de médiatisation. Mais tout le monde a la chance de pouvoir écouter notre musique ou venir nous voir en concert et ça contribue à faire évoluer les choses, même s’il ne faut pas perdre de vue le fait que nous sommes des indépendants. Ce que je cherche avant tout, c’est faire en sorte que tout le monde puisse avoir accès à ce qu’on fait parce que je pense que notre musique peut toucher tout le monde. Et quoi qu’il en soit, au delà du succès commercial, on est avant tout dans la musique pour le plaisir.

L’album a été enregistré après une longue tournée au cours de laquelle vous avez fait l’unanimité sur scène. Est-ce un aspect des choses que vous travaillez particulièrement? Est-ce que vous en avez tenu compte dans la réalisation de « Imperial Pressure »?

Au début, c’était plus spontané, mais maintenant il y a beaucoup de travail derrière, on est toujours en train de répéter nos shows et d’une manière générale on s’organise bien plus qu’avant. Beaucoup de choses ont évolué depuis le premier album, à l’époque il n’y avait que moi et Danny Wild, mon producteur. On était le plus souvent tous les deux en studio avec l’aide d’un pianiste et du trompettiste Thibault Renard qui s’occupe de la partie cuivres. En fait, c’est à l’occasion de la tournée qui a suivi la sortie de « Hard Twelve » qu’on a monté le groupe de dix musiciens. En deux ans, on a fait tellement de dates et tellement de fêtes ensemble qu’on a créé une nouvelle entité à part entière, d’où l’idée de ramener tout le monde en studio pour composer le nouveau disque.

Est-ce que tu peux nous en dire plus sur votre façon de travailler ensemble? Est-ce que tu composes tes textes en fonction de l’instru proposée ou est-ce qu’au contraire les musiciens s’adaptent à ce que tu écris?

C’est notre producteur Danny Wild qui balance l’idée en premier, ensuite je choisis un morceau que j’aime bien et je commence à écrire un texte. Si tout se passe bien on passe le morceau à Thibault pour qu’il rajoute des cuivres, puis au clavier Nicolas Gueguen qui propose aussi des idées et, une fois que les bases du morceau sont posées, on le répéte tous ensemble et c’est parti.

C’est justement pour se rapprocher de vos performances sur scène que les titres de l’album ont été enregistrés en une prise, dans les conditions d’un live. Comment avez-vous abordé cette difficulté supplémentaire? Quelle était l’ambiance entre vous pendant l’enregistrement?

L’enregistrement a duré une semaine à Lyon et c’était vraiment cool, très intéressant pour chacun de nous. Avant de rentrer en studio, on a fait plein de répétitions parce que la conception de l’album a été un travail à part entière, et d’autant plus qu’il n’y avait pas beaucoup de personnes dans le groupe à avoir déjà enregistré dans ces conditions. Donc ça a été un peu difficile pour tout le monde, mais après une semaine de travail on a écouté le résultat et on l’a tous trouvé très bon.

Le premier single de l’album (« Better Than Us ») est un featuring avec José Fontao. Pourquoi lui? Comment s’est passée la collaboration?

En fait, c’est grâce à Danny Wild qui est bon ami avec José et son groupe Stuck In The Sound. On a fait pas mal de festivals ensemble et c’est de là qu’est partie l’idée d’une collaboration en studio.

Est-ce qu’à l’avenir tu envisages de collaborer avec des rappeurs/producteurs français ou américains?

Pourquoi pas… S’agissant de la France, je suis toujours ouvert à toutes les propositions et je n’ai pas de nom qui me vienne immédiatement en tête. Après, pour ce qui est des Etats-Unis, j’ai toujours quelques amis producteurs/rappeurs et comme je rentre là-bas assez souvent, que j’y passe environ deux mois par an, je continue de les voir donc oui, pourquoi ne pas tenter des collaborations dans le futur.

Est-ce que tu as des retours sur la manière dont est perçu ton album aux USA? Est-ce que tu as pour projet de retenter l’aventure là-bas?

Oui, depuis qu’on a sorti notre premier maxi aux Etats-Unis, on a toujours des gens qui nous suivent et les retours sur l’album sont vraiment bons. C’est aussi pour ça qu’on projette de partir en tournée là-bas avec le groupe, on a tous cette ambition et je pense qu’on va le faire. Maintenant, pour ce qui est d’enregistrer sur place, ce n’est pas une priorité parce que finalement l’endroit m’importe peu, je peux composer n’importe où. La priorité pour l’instant c’est vraiment de faire une tournée américaine pour aller à la rencontre de nos fans.

Pour finir, est-ce que tu peux nous dire ce que tu écoutes en ce moment?

Je crois que le dernier album que j’ai écouté c’est celui de Gnarls Barkley, et puis récemment j’ai entendu le « New Amerykah Part One » de Erykah Badu et le nouveau Snoop, « Ego Trippin« .

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