Interview : Barth (05-2006)

Un français qui part faire un premier disque à Londres, le second à Paris…c’est rare! C’était quoi le plan de carrière?
Nan, c’est juste que je faisais mes morceaux à la maison, et qu’à un moment y en avait dix que j’aimais, ou j’ai eu un p’tit flash. Pourtant, je ne suis pas le genre à me cirer les pompes, mais là j’étais content des dix! Donc, j’ai essayé de me trouver un label, et en France j’avais l’impression que tout était long. J’avais un petit contact avec Source, mais là encore ça paraissait long. Du coup, il y a eu un moment ou j’en ai eu plein le cul, et j’ai juste pris mes dix disques préférés, j’ai regardé les labels et j’ai envoyé dix disques. Boss Music m’a répondu en Angleterre. C’est le label d’Andy Ross, un mec assez connu là-bas.En fait une semaine après que je lui ai envoyé les démos, il m’a envoyé un email pour me dire qu’il aimait bien et il voulait savoir si on pouvait se rencontrer. Donc j’y suis allé, j’ai pris l’Eurostar, et en arrivant il m’a montré les bureaux de Food Records avec les posters aux murs, il y avait Blur et tour le reste, et il me dit « bon ben voila c’est ton label ! ». C’était le seul label basé à Camden à Londres, le quartier bien authentique pour la scène rock londonienne, là ou les Madness jouaient dans les bars. Le disque est sorti super vite après, en fait il restait plus qu’a masteriser, et il y a eu un petit succès d’estime. Ce n’était pas une énorme sortie, il n’y a pas eu de promo, mais par contre on a fait des super premières parties de tournées, on a fait plein de scènes en Angleterre. On a fait la première partie sur la tournée des Pretenders, on a fait ça aussi pour des groupes plus jeunes, comme les Libertines. Plutot enrichissant comme premières expériences…C’était marrant surtout qu’on le faisait cheapos avec clavier, guitare, juste moi et Axel (Concato) et notre boîte à rythme. Et de temps en temps, quand on avait un tout petit peu de budget, on prenait un bassiste. On a dû changer cinq fois de bassiste pendant cette tournée! Les mecs, ils découvraient le répertoire au dernier moment… Sauf pour les Pretenders ou l’on a fait ça bien.Racontes nous donc un peu cette tournée Pretenders. T’as quand même fait un Bataclan pour ton premier album, ça fait 1500 personnes d’un coup…Ouais, surtout Fashion Week. Stella Mc Cartney dans le public, et dans l’escalier tu croises Kate Moss… Tu lâches carrément un pet tellement t’es nerveux… Pardon, excusez-moi.
T’as pas eu peur à ce moment-là de te retrouver face à un public trop difficile à convaincre?

Je te dis franchement, à ce moment-là je croyais que ce serait normal si on se faisait siffler. Quand tu viens voir Chrissie Hynde, une espèce de légende vivante, et que tu te retrouves avec nous qui faisions un truc un peu cheapos, on aurait pu s’y attendre. Mais ma musique, je l’assume complètement. Honnêtement, je crois que les gens ont été surpris. Et de toute façon, t’essayes tellement pas de rivaliser avec… Elle est pas mal cette petite brunette (qui passe avec sa copine devant le bar)! En fait, elle a tendance à avoir les chaussettes qui sentent la crotte, mais sinon c’est pas mal! Euh…Pareil, tu le retrouveras dans l’interview…Arrête, tu ne vas pas mettre le prout et les chaussettes qui sentent la merde! Pas à douze lignes d’intervalle… De toute façon, je ne peux pas m’en empêcher… Bon, tout ça pour dire je m’attendais pas à un accueil de fou. Et de toute façon, je trouve ça bien de se la jouer profil bas quand t’es en première partie, et surtout quand c’est des gens que tu respectes énormément après toi. Quand tu vois comment sont les Pretenders, avec Chrissie Hynde qui a 54 ans et qui joue pendant 2h30 comme une bête, à faire en plus pleins de morceaux inconnus de ses premiers albums, genre ‘Precious » que je trouve incroyable, et qu’en plus elle le fait avec la patate… Et ben, si tu joues avant ça, je trouve ça juste super! Tu te poses même pas la question de savoir si les gens aiment bien ou pas, du moment que je ne me fous pas de leurs gueules et que je fais la musique que j’aime…T’avais quel âge à ce moment la?J’avais 8 ou 9 ans… Non, j’en avais 25.Et j’imagine qu’à 15 ans, c’est la musique que t’écoutais?Nan, en fait ça s’est passé bizarrement. Le mec de Boss Records m’appelle à un moment ou j’étais à Paris, et me dit « Barth, est-ce que ça te tente de faire la première partie des Pretenders? ». Moi, je ne connaissais pas du tout, ou juste le tube « Brass in the Pocket », et au début je lui dis « ouais, pourquoi pas…’ Ensuite j’appelle mon père, et je lui demande naïvement « c’est quoi les Pretenders, Andy me propose de faire la première partie »? Il m’a évidemment traite de petit con, et je suis allé m’acheter un de leurs disques. En plus, c’était le premier, celui justement avec « Precious », et je suis tombe direct dedans.Bon on va parler un peu de toi aussi! « Essence of Giraffe », ça n’a pas pris en France alors qu’il tournait pas mal en Angleterre…C’est même pas que ça n’a pas pris, c’est même pas sorti! Il est sorti qu’en Angleterre et en Irlande. À l’époque, j’étais tout le temps en Angleterre, alors ça ne me changeait pas la vie que ça ne sorte pas en France vu que je n’y étais pas. Là bas, ça tournait sur la BBC. SBN, XFM… C’était cool.En 2002. tu sors donc « Essence of Giraffe ». 2002, 2003 tu tournes, et 2004 tu repars?Ouais, en 2004 on enregistre l’album à Londres. Entre les deux, je suis repassé à Paris pour faire des morceaux. On avait signé pour deux albums avec Boss. Donc on a fait ça pour pas très cher, on a tout enregistre dans le studio d’un mec qui s’appelle Mike Pelanconi, un producteur, qui est un mec exceptionnel, et qui a bossé pour Gregory Isaac. Pour le deuxième, le label a mis assez de blé pour qu’on puisse se payer un producteur. Pourtant, ce n’est franchement pas un énorme budget. Mais on a quand même pu se payer un bon studio, ou faire venir un quintet violon. Et avec le talent de Mike, ça sonne comme un album qui aurait coûté beaucoup plus cher. Et pourtant, ça a quand même été fait à l’arrache. Mais bon, le blé, ce n’est pas super important non plus… Ça a donc été enregistre pour ce label, mais ils n’ont pas pu sortir le disque car ils étaient dans une mauvaise passe et ils ne pouvaient pas se permettre de le sortir à ce moment-là. Et d’un autre coté, ils ne voulaient pas nous lâcher. Andy Ross, c’est un mec avec qui j’ai avant tout une relation d’amitié, et il n’osait pas me dire qu’il ne pouvait pas le sortir. Moi j’ai mis un peu de temps à réagir, d’où le délai entre l’enregistrement et la sortie du disque, et j’ai finalement pris les devants.On s’est séparés, à l’amiable. On s’est tous les deux remercie, et je suis reparti à Paris avec mes bandes. Donc les bandes sont à moi!! Personne ne peut me faire chier (rires). J’ai fait l’auto prod de l’enfant gare! À Paris, je rencontre Vincent Neyrolles par le biais d’un label qui s’appelle Third Side, qui me le conseille en disant que c’est un super manager.Nous, direct, on s’entend super bien, c’est grâce a lui qu’on a récupéré les bandes chez Boss Music. Puis il me dit qu’Ici d’Ailleurs aime bien, et on a signe une licence chez eux. On cherchait juste un label qui sorte le disque tel quel, on voulait un truc qui nous prépare à l’avenir, et pour tourner. Et Stéphane (Grégoire) d’Ici d’Ailleurs était parfaitement sur la même longueur d’onde.Si j’ai du cul pour un truc, c’est d’être tombe sur des mecs qui pensent comme moi: « si ça marche tant mieux, sinon on bosse, on fait du mieux qu’on peut, et on voit après. » Stéphane est comme ça, Andy Ross aussi, Vincent pareil, Mike le producteur est comme ça, Axel la même. Et moi, je suis comme ça depuis le début. C’est cohérent. De toute façon, c’est tous des potes.En parlant de ça, c’est quoi ta relation avec Axel Concato?Oh ben lui c’est mon ami d’enfance, on joue ensemble depuis qu’on a seize ans. Enfin lui 14 parce que c’est un bezoss. On jouait dans ma cave en formation guitare/batterie. C’est un super batteur aussi, un super clavier. À la basse, je le fous dans le vent quand même, faut pas deconner… Nan… Donc, souvent on se partage ces trucs-là: basse/guitare, c’est moi, clavier/batterie, c’est lui. D’ailleurs, sur le prochain disque, il y a deux morceaux qu’on va co-signer.C’est avancé?Pour l’instant, je suis encore dans « Under the Trampoline » parce qu’il vient de sortir. Mais, comme ça fait deux ans qu’il est enregistré, c’est vrai qu’on a avancé pas mal sur le prochain. Il va être pas mal! Hé hé… Je bosse sur mon huit pistes, comme pour mes deux autres albums, je mets toutes mes idées dessus, et ensuite il faudra aller voir Mike pour mettre ça en forme. Il va être pas mal ska, mais pas vraiment parce qu’il y a toujours la boîte à rythme derrière… Mais pas tout, juste quelques morceaux. Il y aura aussi des trucs plus harmoniques. De toute façon, mon album, faut que ce soit un repas complet.Sujet plus délicat, qui embête généralement tout artiste qui se respecte: les influences!Tu parles souvent de reggae, les autres parlent beaucoup de Beck…Ben Beck, en plus, je ne suis pas un inconditionnel, j’aime bien quelques morceaux d' »Odeley » mais sinon je ne suis pas fan. J’aime bien la démarche, ce cote « je fais un peu ce que je veux » et encore, ça, c’était au début, maintenant plus trop. C’est un super musicien mais ce n’est pas forcément un truc qui me touche. Le problème quand on parle d’influence, c’est qu’il y a un lien direct, tu as l’impression qu’il n’y a pas de digestion. Moi, ce qui m’intéresse, c’est justement ce que tu digères. Donc je préfère qu’on parle de gens qui me touchent parce que, pour être touché, faut avoir pris un peu de recul. Les trucs qui me touchent c’est Kate Bush, c’est… Encore une fois, c’est super difficile de trouver des gens qui me touchent, à la différence des morceaux. J’ai du mal à aimer des albums en entier, sauf certains trucs exceptionnels. J’adore Harry Nilson, mais pour le personnage. C’était quand même le chanteur favori des Beatles à l’époque.Justement, c’est quoi ton rapport avec les Beatles?C’est ce que j’écoutais en boucle quand j’étais petit! Depuis que j’ai deux ans… Donc, effectivement, ça c’est complètement infuse, j’en suis conscient. Je trouve que c’est d’une finesse incroyable. Ce qui me déroule, c’est d’avoir tout compris à ce point-là.Et que ce sont deux personnes, Lennon/Mc Cartney, et pas juste un mec très doue. Ils étaient deux à former quelque chose d’incroyable. Mais j’adore les Specials, ou Suicide aussi. Donc, voilà le quartet: Kate Bush, Harry Nilson, Specials et Suicide. Et aussi le Rocksteady, le dub de Lee Perry… Voilà, t’as un petit patchwork.Barth, il y a un univers derrière non? Il y a le son, l’image, un certain état d’esprit…Tu veux dire par là que je suis du pain béni pour un label?En effet, on peut dire que t’es très « bankable »!Au début, ça part plus d’un truc reac de ma part. C’est juste que je fais confiance à très peu de gens, donc je me dis que le meilleur moyen pour être sur de ce que tu fais, c’est de tout faire tout seul et de déléguer vraiment quand t’es sûr de toi. Sur les doigts, je peux citer le nom des mecs avec qui je bosse: il y a Fabien Leroy pour tout ce qui est vidéo, mon pote Vincente Sahuc qui a fait toutes mes pochettes, et encore ça s’est fait par hasard, Mike c’est pareil, Vincent Neyrolles aussi…Qui apporte la contradiction la dedans?Moi, je crois… Je suis le plus dur avec moi-meme.On finit sur « Under The Trampoline ». L’album est sorti il y a un mois, t’es content?Ouais, je suis content! En fait je suis même plus content qu’il sorte en France. D’être à Paris et de vivre le truc, c’est super sympa. De voir l’album dans les bacs, ça me procure un plaisir de morpion. J’avais pas pu le ressentir avec « Essence of Giraffe ». Je trouve quand même ça exceptionnel! Quand tu sais que la pochette, on l’a faite en allant manger des moules au Touquet, et qu’on retrouve ça dans les bacs à côté de trucs vachement sérieux, je trouve ça trop drôle! Quand je vois l’album à la Fnac, je pense aux moules roquefort!Café de la Danse bientôt!Ouais, le 27 mai! C’est cool de se remettre à faire de la scène!Le mot de la fin?La musique n’est pas une fin en soit. Mais je crois quand même que je serais malheureux si je n’en faisais plus.

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