Interview : Bananas At The Audience (12-2002)

Pouvez vous nous faire un historique du groupe (création, discographie, influences, changements de line up…)?

Bananas At The Audience existe depuis avril 1994. On a commencé avec la formation actuelle: Amar à la batterie, Franck à la basse, Julien au chant, Yan et Fred à la guitare. Personne ne savait jouer, c’était simplement un délire entre potes… Vu qu’on n’était pas vraiment capable de faire des reprises, on s’est tout de suite mis à composer. C’était bien, on faisait un nouveau morceau à chaque répète. On ne se prenait vraiment pas la tête, on jouait tout ce qui venait… Entre 1995 et 1997, un second chanteur, un sax et un percussionniste nous ont rejoints, puis nous ont petit à petit quittés pour diverses raisons. Et c’est en 1999 que Bertrand est arrivé pour nous faire le son et ajouter quelques samples… Pour ce qui est de la discographie, après trois démos et quelques participations à diverses compilations, on a enregistré cinq morceaux pour le split album « Kaiser Cabinet » avec Shub (Nîmes) et Mary Dress (Blois), qui est sorti en 1998 sur le label Nova Express Rec. Dernièrement, on a sorti notre premier album (en janvier 2001) et, avec le label SK Records (Lyon), on a sorti (en janvier 2002…) le split EP « Alerte Au Macaque En Ferraille » avec Kabu Ki Buddah… En ce qui concerne nos influences, elles ont bien évidemment évolué depuis nos débuts et sont surtout très variées… Nous sommes 6 et on écoute tous des choses différentes, mais certains groupes font l’unanimité. Je pourrais te citer par exemple les grands classiques: Fugazi, Bad Brains, Alice Donut, The Ex, Samiam, The Jesus Lizard, etc.

Cela fait huit ans que vous jouez et vous n’avez sorti qu’un album. Ressentez vous une certaine frustration ou faites vous confiance au cours de la vie?

Même si parfois on a envie que les choses s’accélèrent, je crois que cela fait partie de notre nature. Nous avons toujours évolué lentement. C’est pas comme si on montait un groupe aujourd’hui. Tout irait plus vite. Là, il a fallu tout construire depuis le début. Et il nous aura fallu huit ans pour en arriver là. Nous n’avons pas enregistré l’album plus tôt parce que nous ne nous sentions pas vraiment prêts. On est passé tranquillement par toutes les étapes: première démo K7 (trop de la balle…), deuxième (un peu naze !), troisième à la maison, ensuite le split-album et puis voilà la suite s’est imposée à nous. On a continué à composer et on s’est décidé à faire l’album avec ou sans soutien extérieur. On aurait pu se lancer plus tôt mais on aurait sûrement été déçu… Le disque regroupe des morceaux très variés parce que composés sur une période très longue. Il y a des vieux morceaux qu’on ne joue même plus en concert mais qu’on voulait mettre sur le disque, et des trucs beaucoup plus récents… Le prochain sera, je pense, plus compact, plus resserré, plus près de nous même (enfin, j’espère…). Le temps s’écoule en pente douce, on essaie de se concentrer sur la musique avant tout, ce qui fait qu’on néglige pas mal les autres aspects du groupe (recherche de concerts, promos, communication…). Mais, dans le fond, ça avance toujours, à notre rythme. On essaie de profiter de l’instant… Cette année on a quand même sorti un 45 tours avec les Kabu Ki Buddah sur SK records et ça, on en est vraiment content parce que Kabu Ki Buddah, c’est des potes des débuts et que c’est un vieux projet qui a abouti… (ça m’fait chaud au coeur…).

Comment jugez vous votre album avec un peu de recul? Que changeriez vous si c’était à refaire?

Dans l’ensemble, nous sommes plutôt satisfaits de ce premier album. Un disque, c’est un peu comme une photo à un instant précis et, avec le recul, je crois que cet instantané est vraiment fidèle. On s’y retrouve tous. Il représente très bien ce que nous faisions à l’époque, tant sur le plan de la composition que sur celui de notre son… Bien sûr, il y a pas mal d’imperfections qui nous accrochent l’oreille lorsqu’on le réécoute mais, personnellement, je suis relativement content du résultat, surtout par rapport au son. Cela a été un véritable plaisir de travailler avec Fred Norguet et cela reste un très bon souvenir. Ça a été vraiment speed et, en très peu de temps (5 jours), il nous a fait un son qui correspondait parfaitement à ce que nous attendions… Il a su nous conseiller et nous mettre en confiance au moment où il y avait quelques hésitations et on ne le regrette pas… Et c’est d’ailleurs pour ça qu’on va enregistrer le second album avec lui… Maintenant, si c’était à refaire, on essaierait de prendre plus de temps. C’est la seule chose qui nous ait manquée, du temps pour le mixage surtout…

On sent parfois quelques touches jazz à vos morceaux. Ce style fait-il partie de vos influences? Si oui, qu’appréciez vous au sein du jazz?

Si tu entends par jazz, la musique que produisent certains virtuoses en balançant des solos interminables sur une grilles d’accords à coucher dehors, je ne crois pas que cela se ressente dans notre musique, même si certains d’entre nous affectionnent le genre… En revanche, le jazz peut évoquer une idée de liberté, de spontanéité, de faire dans l’instant un truc imprévisible où tout le monde se jette corps et âme. Ça peut donner naissance à toutes sortes de choses: des trucs tout à fait inaudibles, comme des petites merveilles, en passant par toute les nuances… Pour en revenir à ta question, tu fais sûrement référence à des passages un peu free, ou à ces moments (trop rares à mon goût) où Julien sort la clarinette et le sax… Dans ce sens, on peut dire que le jazz fait partie de nos influences. On essaie autant que possible de sortir des structures typiquement rock, de laisser des passages complètement libres (surtout en concert). Malgré tout, je crois que l’objectif du groupe reste dans l’émotion, l’énergie et le ressenti, et c’est pour ça que l’on ne fait pas que des trucs complètement barrés. Parce qu’au fond, même si on cherche à sortir des sentiers battus, à créer de nouveaux horizons, la seule finalité, c’est le rock à donf…

Comment allez vous aborder le prochain album? Quand est-il prévu?

On enregistre le prochain album en juin 2003. Ça va se faire au studio Pôle Nord avec Fred Norguet. Avec Fred, parce qu’on a vraiment aimé travailler avec lui sur le premier. On a eu envie d’aller plus loin, prendre plus de jours de studio pour avoir plus le temps d’essayer des trucs différents, au niveau des prises et surtout du mix. Au Pôle Nord, parce qu’on a pas les thunes pour aller dans un plus gros studio genre le Black Box d’Angers… La plupart des morceaux sont plus ou moins composés, mais pas vraiment prêts pour être enregistrés. Ça nous laisse pas mal de temps pour les travailler, les peaufiner. Après, on ne sait pas trop comment ça va sortir. On aimerait pouvoir s’associer avec un label pour qu’il soit distribué, mais on cherche…

Votre démarche est très indépendante. Est-ce voulu? Avez vous eu des propositions de labels?

Notre démarche n’est pas particulièrement indépendante, mais c’est vrai qu’on fait notre truc un peu dans notre coin. Je crois que c’est avant tout une histoire d’amis. On essaie de travailler avec des personnes qui apprécient notre musique et les paramètres extérieurs ont une moindre importance. C’est juste le seul moyen de continuer à faire la musique qu’on a envie. On n’a eu aucune proposition de labels, ni de petits, ni de gros… C’est pourquoi, à l’époque du premier album, nous avons tout naturellement décidé de le sortir nous même. C’est très passionnant de suivre et de gérer toutes les étapes de la production d’un album mais, malheureusement, nous ne sommes pas assez expérimentés dans ce domaine pour faire les choses au mieux. On aurait bien voulu, par exemple, que le disque soit réellement distribué… On est donc ouvert à toutes propositions pour le second album…

Pensez vous comme moi que l’indépendance abusive ne mène à rien sinon à une seule fierté personnelle?

Pour nous, l’indépendance n’est pas forcément le but recherché en soi. Si on nous propose quelque chose, on analyse, on pèse le pour et le contre, et si ça semble intéressant, on s’lance. Le plus important, c’est de ne pas faire n’importe quoi avec n’importe qui… Et c’est toujours plus enrichissant de travailler avec les gens que tu apprécies et qui aiment réellement la musique. En tout cas, on ne fait pas les choses dans le but de rester à tout pris « indépendants ». On essaie de rester ouvert à toutes les musiques et de ne pas s’enfermer dans un carcan Hardcore-emo. On essaie de faire notre musique avec passion et sincérité et donc avec une certaine éthique quand même.

Comment expliquez vous que Lyon ait vraiment une image de ville expérimentale du point de vue musical?

C’est parce qu’il y a vraiment eu des groupes excellents!!! Des groupes comme Condense, Bästard, Deity Guns, Parkinson Square ont sans aucun doute tracé un sillon dans l’inconscient de chacun et peut-être ont-ils su véhiculer à travers leurs musiques cet envie d’exister, d’expérimenter et surtout de vivre à leur façon, sans se soucier des codes. Aujourd’hui, il y a une vague de nouveaux groupes lyonnais tous aussi différents les uns que les autres, qui poursuivent un peu cette idée, chacun à sa fenêtre… On peut citer Kabu Ki Buddah, Ned, Dick in Your Brain, Pacino Blast, Jr Merill, Doppler, Plod, Miss Goulash et sûrement plein d’autres qui naissent, ou meurent, ou se cachent dans leur cave…

Avez vous déjà joué à l’étranger? Si oui, racontez nous cette expérience et dites nous comment vous l’avez appréhendée…

Au mois de mai dernier, nous sommes partis faire quelques dates en Suisse, Allemagne et Belqique avec nos amis de Jr Merill et Kabu Ki Buddah… C’était la première fois, pour nous tous, que nous enchaînions plus de 3 concerts d’affilé et cela a été une très bonne expérience… Nous sommes partis tous ensemble à deux camions et tout s’est vraiment bien passé (mis à part 2 ou 3 galères de camions…). Nous avons rencontré et sympathisé avec pas mal de gens et le public était, dans l’ensemble, plutôt bien réceptif à notre musique… Cela restera un excellent souvenir et on va essayer de remettre ça cette année. On est en train d’essayer de booker tout ça et, visiblement, y’aurait peut-être moyen qu’on aille faire un petit tour en Belgique, en Allemagne et aux Pays-Bas… Donc, si tout va bien, on espère partir en avril prochain, mais cette fois, tous seuls, comme « des grands »…

Quelles sont vos activitées en dehors du groupe?

Professionnellement parlant, c’est vraiment compliqué… On s’est toujours beaucoup investi dans le groupe, c’est un truc essentiel dans nos vies respectives, mais ça impose une certaine liberté totalement incompatible avec un job. Yan est le seul à avoir un boulot stable, pour les autres c’est la démerde: chômage, RMI, et boulots alimentaires divers…

Quel est votre top 10 musical de tous les temps?

Sans ordre, The Beastie Boys « Check Your Head », The Clash « London Calling », Bad Brains « Rock For Light », Red Hot Chili Peppers « Freaky Stealey », Fred Frith « Step Across The Border », Shiv Khumar Sharma « The Call of The Valley », Fugazi « Repeater », The Cure « Faith », Fishbone « The Reality of my Surroundings », Alice Donut « The Untidy Suicides of Your Degenerate Children ».

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