Interview – Aucan, une étoile filante ?

Il y a cinq ans, Aucan abordait une étape primordiale de sa carrière, et devait répondre à un choix crucial : surfer sur son succès en restant fidèle au mélange très efficace de rock et de dubstep de ‘Black Rainbow’, ou opter pour une remise en question, toujours louable chez les artistes à condition qu’elle leur permette de passer un nouveau palier. Rappelant constamment sa soif de liberté, mais aussi ses ambitions et prétentions, le groupe a préféré privilégier les machines et les mettre au service d’une musique électronique aux influences spatiales, dont on ne sait plus très bien si elle lui a finalement coûté l’implication totale de son batteur, ou si le duo fut comme contraint et forcé de s’y plonger devant la disponibilité moindre de son maître rythmique. Un sujet sur lequel les deux italiens manient manifestement la langue de bois. Toujours est-il que, deux mois après la sortie de ‘Stelle Fisse’, seuls Giovanni et Francesco rôdaient avec enthousiasme leur nouveau live en France. Comme à Lille, ou nous les avons rencontrés à leur sortie de scène.

Votre live était très différent de ce que j’ai pu voir sur la tournée de ‘Black Rainbow’

Giovanni : A vrai dire, c’est la deuxième fois que l’on joue ce live électronique.
Francesco : Il nous faut un peu de temps aussi pour rentrer dans le moule.
Giovanni : La deuxième partie est plus rythmée, plus psychédélique. Il faut aussi que les gens puissent entrer dedans progressivement.

Votre batteur est donc parti ?

Nous allons faire cette tournée en France et nous verrons. Avec Francesco, on a fait ‘Stelle Fisse’ en studio, avec des machines.
Francesco : Dans l’album, il y a très peu de batterie acoustique. Il y a plus de synthés, de samples et de percussions acoustiques, pour réchauffer le son. C’est ce que tu as entendu ce soir, c’est notre vision de l’album.

J’ai trouvé le live très différent de l’album, vous semblez laisser une grande part à l’improvisation !

Giovanni : Complètement, c’est notre style.
Francesco : Surtout avec ce live, c’est très important. Nous travaillons beaucoup sur le concept de liberté dans nos phases de recherche. Nous avons une structure, une rythmique, et nous essayons de broder tout autour, sans trop nous éloigner.
Giovanni : Il n’y a pas vraiment de base. Nous avons des patterns, et nous synchronisons cinq ou six machines. Parfois, nous cherchons même à aller jusqu’à l’erreur humaine. C’est intéressant pour nous d’essayer de garder le contrôle sur les machines, nous ne sommes pas simplement derrière des laptops. Je pense que cela va beaucoup nous aider à développer notre expérience live.
Francesco : Sur l’album, il y a moins d’impro. Le but est de le réinterpréter sur scène, tout en conservant ce concept de liberté, en faisant quelque chose de simple et direct.
Giovanni : Nous travaillons déjà en studio pour un prochain album sur le label Kowloon, et ça ressemblera probablement plus à ce que tu as vu ce soir.

Avez-vous déjà une idée de ce à quoi va ressembler ce prochain disque ?

Pas vraiment, on a juste une idée de la ligne de conduite. Nous aurons cette espèce de setup live dans notre studio, sans ordinateur.

Et allez-vous essayer de le faire en une seule prise, comme un vrai live ?

Francesco : Peut être! On peut dire qu’il y a une double direction. Nous avons de plus en plus envie de travailler sur l’électronique, et surtout sur la façon de l’interpréter en live, qui est très différente. Nous essayons de combiner ces deux extrêmes.
Giovanni : Concernant notre batteur, je ne me souviens même plus de la manière dont ça s’est passé. C’est juste une évolution naturelle.
Francesco : Il n’y avait pas besoin de batterie sur ces morceaux. C’est ce qu’on voulait faire, un album électronique.

Vous avez également sorti l’EP1, qui ressemblait pour certains à une transition entre ‘Black Rainbow’ et ‘Stelle fisse’. De mon point de vue, cet EP est lui aussi très différent du reste…

Giovanni : Nous l’avons fait pendant une période où nous travaillions également de façon différente. Il s’agissait plus d’une expérimentation.
Francesco : Pour moi, sortir un EP est l’occasion de travailler différemment. Tu dois dire quelque chose de précis avec peu de morceaux.
Giovanni : Il y a aussi le fait que le label voulait un EP, et non un album.
Francesco : Chaque EP est une petite parenthèse. Celui-là n’a pas servi à annoncer la nouvelle direction prise avec notre album.
Giovanni : Mais c’était cool, nous avons travaillé avec Otto Von Schirach, et c’était une occasion de commencer nos recherches dans l’électronique. Il n’y aura pas d’EP2, car nous ne sommes plus sur le même label. Dans les prochains mois, on va juste sortir un remix de Robert Lippok, un mec de Tarwater et To Rococo Rot. On sortira aussi un nouveau single en 2016.

Vous semblez attacher de l’importance aux remixes. Vous avez sorti une version remixée de ‘Black Rainbow’ et de ‘EP1’. Y’en aura-t-il également une pour ‘Stelle Fisse’ ?

Non, pas pour celui-ci. Il n’y a pas non plus de collaboration. Nous en avons refusé une très importante, mais je ne citerai pas le nom !
Francesco : C’était très important pour nous de travailler sur notre identité. Je pense que chaque album est une bonne opportunité de s’analyser, de prendre du recul sur ta propre évolution. ‘Stelle fisse’ est un nouveau départ.
Giovanni : Les prochains albums ressembleront probablement à ‘Stelle Fisse’, il y a cette volonté. Il y a aussi l’égalité et la fraternité, mais c’est une autre histoire. (rires)

‘Stelle fisse’ se traduit par ‘étoiles fixes’ en français. Qu’est-ce-que ça signifie pour vous ?

Dans la vie des gens, il y a des choses qui évoluent, et d’autres qui ne changent pas. Il y a toujours un peu d’astrophysique dans notre musique, cela nous influence beaucoup. Beaucoup de sons rappellent l’espace, mais pas au sens de la science-fiction. Il n’y a rien de futuriste, nous pensons plutôt aux origines, à ce qu’il y avait avant l’humanité. L’étoile est donc symbolique, et elle est aussi liée au fait que certaines choses de la vie ne changent pas.
Francesco : Comme tes amis, ta famille, ta musique, tes passions, l’écriture… Musicalement, il y a des thèmes que nous avons repris de ‘DNA EP’ ou de ‘Black Rainbow’.
Giovanni : On a commencé à jouer tous les deux alors que nous étions étudiants à l’université de philosophie. Nous parlons souvent de ce type de sujet. La métaphysique est présente dans notre musique. Le ‘DNA EP’ fait référence à l’ADN de l’humanité. L’idée de ‘Black Rainbow’, c’était une petite lumière dans l’obscurité. Il y a tout le temps ce genre de vision un peu psychédélique du voyage dans l’espace.
Francesco : Nous allons souvent sur la Lune et sur Mars pour chercher nos influences. (rires)
Giovanni : On a acheté une navette spatiale avec l’argent qu’on a gagné avec ‘Black Rainbow’.

Et vous allez où prochainement ?

En Italie. (rires)
Francesco : Il faut trois secondes pour aller en Italie avec cet engin, ça nous aide beaucoup sur la tournée ! (rires)

Parlez-moi de cette pochette…

Elle représente exactement le concept d’étoile fixe. Celle-ci n’est pas dans l’espace, elle est juste par terre. C’est quelque chose de magique, mais elle est représentée dans notre environnement.

En France, on a l’impression que la scène électronique italienne est très réduite. Est-ce vrai ?

Giovanni : Je ne pense pas que ce soit vrai. Nous avons beaucoup d’amis qui font de la musique électronique: God Bless Computers, Populous, Neunau, Yakamoto Kotzuga… Viens voir en Italie, c’est un beau pays en plus !

Etes-vous plus populaire dans votre pays que dans le reste de l’Europe ?

Francesco : Nous sommes super célèbres, nous avons gagné plein de prix ! (rires)
Giovanni : Putain, on a joué au stadium de Milan, c’était cool. (rires) Plus sérieusement, en Italie, ça va, on peut faire des salles de 1000 personnes. Mais les promoteurs font bien leur travail aussi en France.
Francesco : A nos débuts, ça marchait mieux dans le reste de l’Europe qu’en Italie. Mais depuis, ils ont découvert, et nous avons un vrai public.
Giovanni : En Italie, le travail est fait, nous ne pouvons pas être plus gros. Si on veut grossir, il faut que l’on chante en italien. Et il n’y a pas moyen ! C’est l’unique chose que tu peux faire en Italie pour être une superstar.
Francesco : Sinon, on peut faire une collaboration avec Andrea Boccelli ! (rires)

Si vous pouviez ajouter un instrument dans votre live, ou en apprendre un nouveau, que choisiriez-vous ?

Giovanni : Une autre drum machine, avec de nouveaux sons. Tu peux demander à Francesco, je suis complètement accro à ces trucs-là. Si je pouvais en apprendre un, j’adorerais être un bon batteur.
Francesco : J’aimerais bien expérimenter avec toutes sortes d’instruments world, faire des samples avec des congas, des sitars…

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