Beak> a réussi à s’enlever les menottes de l’industrie

Beak> a réussi à s’enlever les menottes de l’industrie

Fuyant une averse venteuse dans l’obscurité hivernale, nous entrons dans un bâtiment aux murs gris faits de béton. Trois visages avenants nous accueillent – Geoff Barrow, Billy Fuller, ainsi que Will Young qui a rejoint Beak> il y a deux ans – chacun avec une Jupiler à la main. Barbus ou mal rasés, l’intention n’est pas claire. Bien que la pièce soit aussi chaleureuse qu’une cantine d’école, les trois compères et leur ingé-son qui, durant l’interview, restera couché sur le canapé occupé à faire une sieste, restent fidèles à ce qu’on imagine d’eux : modestes, affables, à l’humour caustique, et surtout fans de bière. Courtois, ils nous proposent une cannette.

Vous jouez dans deux heures donc dites-nous quand vous êtes fatigués et on quittera cette pièce.

Will Young : Maintenant? (rires)

On va quand même finir notre bière… La première question concerne ce dernier album qui nous considérons comme un des meilleurs de l’année. Est-ce que quelque chose a changé dans la manière de l’enregistrer ? Il semble plus travaillé, plus abouti…

Geoff Barrow : Oui il l’est, mais pas de manière intentionnelle. C’est le premier LP enregistré dans ce studio (ndlr: à Bristol, UK), un peu trop bon pour nous parce que le son de Beak> est assez à part. Il ne vous donne jamais envie de jouer de longs morceaux tant ça résonne littéralement dans la tête. Les longues jam qu’on essayait de faire étaient généralement ennuyeuses, donc maintenant nous passons plutôt notre temps en studio à essayer de composer de nouveaux morceaux. C’est plus expérimental pour nous que d’écrire 18 minutes de musique comme on le faisait avant.

Est-ce que ce sont des morceaux que vous avez d’abord travaillé en live et que vous aviez en tête depuis des années pour finalement les retranscrire en studio ?

Nous avons approché cet album exactement de la même manière que les précédents. C’est à dire que nous sommes juste entrés en studio et avons commencé à jouer ces morceaux qu’on joue depuis longtemps. En commençant par la basse ou la batterie…
Billy Fuller : Comme Brean Down par exemple dont on avait quelques démos. On joue les morceaux en festival ce qui nous permet de tester la réceptivité du public, puis on en enregistre la majorité en studio, dans des conditions live. Mais on a fait 25 festivals durant lesquels ce titre a été joué.
Geoff Barrow : Mais ça ne veut pas dire qu’il sonnera mieux parce qu’on l’a joué auparavant. Au contraire, souvent ça sonne très mal en studio car on en a une idée préconçue. Il y a eu une multitude de versions différentes pour Brean Down. En fait, c’est celle enregistrée en Belgique durant Sonic City qui aurait dû finir sur l’album. Mais, en studio, on a finalement essayé de nouvelles percussions qui ont permis d’obtenir la version définitive qui est moins plate.
Billy Fuller : Oui elle est plus sautillante.

Est-ce que vous laissez mûrir le morceau pendant quelques temps ?

Geoff Barrow : Pas spécialement, mais ce qui est certain c’est que, le plus souvent, on joue un morceau live et celui que tu retrouves sur l’album n’a pas changé entre temps. Comme Abbots Leigh…
Billy Fuller : Même si on l’a raccourci parce qu’il était vraiment très long…
Geoff Barrow : Ok mais Harvester, on ne l’avait joué qu’une fois avant.
Billy Fuller : C’est d’ailleurs pour cette raison que ma guitare sonne si mal ! On dirait une démo !
Geoff Barrow : C’est aussi le cas d’Allé Sauvage même si on a ajouté quelques nappes de synthés par la suite.

Et qu’en est-il de When We Fall ?

C’est un peu une exception car il a suivi un processus plus traditionnel. On l’a écrit avec Matt (ndlr : Matt Williams remplacé par Will Young en 2016), lorsqu’il était encore dans le groupe. Le morceau était initialement beaucoup plus court et prévu pour un EP. On avait écrit une première version que nous avons ensuite étendu en live pour finalement ajouter, en studio, quelques cordes à la fin. Mais c’est un process plus compliqué pour nous, bien que plus traditionnel pour d’autres groupes…
Billy Fuller : Oui, lorsqu’on doit utiliser nos cerveaux, ça se complique…
Geoff Barrow : En réalité, c’est une démarche qui nous permet de nous pousser constamment dans nos retranchements, puisqu’on ne revient pas en arrière pour enregistrer une seconde fois une section qui n’a pas fonctionné.  Le morceau fonctionne ou non, point. Pour ajouter en complexité, j’essaie souvent de jouer des ‘beats’ nouveaux que je n’ai jamais joué auparavant (rires).
Billy Fuller : Comme quand on fait des lives à la radio…
Geoff Barrow : Oui c’est vrai ! En fait, mon cerveau est obsédé par l’idée de jouer correctement une partie… Et finalement je ne la joue pas du tout ! Donc pour résumer la démarche de Beak> : nous essayons de repousser constamment nos limites plutôt que de poser nos culs en faisant toujours les mêmes choses.

Comme du jazz d’une certaine manière ?

Billy Fuller : Je vois ce que tu veux dire, mais c’est juste vrai dans un certain sens seulement puisque nous n’improvisons jamais en concert ! Le seul moment où nous improvisons, c’est en studio, en apprenant un morceau que nous reproduirons exactement de la même manière en live.

Et qu’est-ce qui a changé pour vous depuis cet album qui a été très positivement reçu par la critique ?

Geoff Barrow : Je pense que Beak> a juste été… remarqué, bien qu’on s’en foute ! C’est probablement lié à la mauvaise qualité des albums cette année (rires) ! On joue en live depuis des lustres, et le gens disent le plus souvent qu’ils reviendront nous voir. Je parlerais donc plutôt de progression naturelle après dix ans de carrière.

Et justement, après dix ans, économiquement, comment vous en sortez-vous ?

On n’a jamais eu d’argent.
Billy Fuller : L’argent part, revient, et on reste globalement… autour de zéro.
Geoff Barrow : On joue dans de grands festivals durant lesquels on se fait beaucoup d’argent, et puis juste après on va dans un endroit où tout coûte extrêmement cher… Et on en perd.
Billy Fuller : On prend souvent l’exemple des USA. C’était justement notre troisième tournée, après celles de 2010 et 2012, et on a encore perdu beaucoup d’argent. On a perdu 20,000 dollars !
Geoff Barrow : Du coup, on se retrouve souvent ensemble dans la même chambre et, bon, tu vois le truc… Ronflements et le reste… Mais on s’amuse, et on a l’impression de faire de la musique honnêtement ! Au milieu de la pub via les playlists spotify ! On n’a rien de tout ça et on est juste 4 vieux mecs dans un van.

Comment ça se passe pour vous avec ce Brexit ?

Billy Fuller : C’est horrible, on est dévasté ! C’est juste un vote de gens mal informés et égoïstes.
Geoff Barrow : C’est con parce qu’il y a plein de gens bien en Angleterre, mais ils ont été mal informés, un peu comme les américains lors de l’élection de Trump aux Etats Unis.

Et vous voyez des changements déjà aujourd’hui ?

Oh oui ! Les budgets diminuent doucement partout… Comme pour la NHS (Ndlr : la sécurité sociale et les soins de santé anglais) qui a de moins en moins de moyens.
Billy Fuller : Ca se ressent aussi dans une ambiance où on légitime le racisme. L’islamophobie est devenue prégnante. Tout le monde sait que ce foutu Brexit doit s’arrêter. C’est comme cette femme égoïste, folle, qui a Dieu et la droite à ses côtés (ndlr : Theresa May), qui préférerait mourir plutôt que de revenir sur la décision !
Geoff Barrow : D’ailleurs, beaucoup d’entreprises quittent le pays et vont en Irlande ou ailleurs.
Billy Fuller : Ça va être catastrophique pour les groupes comme nous. Quand tu vas aux USA, tu dois acheter un Carnet listant tout ton matos avec les numéros de série, etc. Ça coute 500 pounds par an. Alors imagine lorsqu’on sortira de l’Union Européenne et qu’on devra faire ça pour chaque pays ! À cela s’ajoutent les délais… C’est juste usant.
Geoff Barrow : Ça devient juste dingue et globalement déprimant.

Changeons un peu de sujet alors… Qu’est-ce que vous écoutiez pendant l’enregistrement de cet album ?

Billy Fuller : En fait, rien de spécialement différent, tout ce qu’on a toujours écouté. Ah si, il y a Paternoster ! Un groupe autrichien des années 70, un album un peu pastoral avec des étonnantes progressions de chœurs, un excellent disque.
Will Young : Et puis, je ne pense pas qu’on puisse nier James Holden…
Geoff Barrow : Après Allé Sauvage, on l’a contacté pour lui dire que c’était une sorte d’hommage.
Will Young : Il était sur le cul et super heureux!
Geoff Barrow : Il a fait une session chez nous, dans notre studio, et c’est presque du classique moderne. Je me demande parfois comment il fait… surtout sur Gone Feral. C’est pour ça qu’Allé Sauvage  s’appelle comme ça. On ne parle pas français, donc on a utilisé Google Translate et… voilà.

Mais non (rires) ? Ah oui, ce n’est pas tout à fait ça !

Billy Fuller : Ok mais le mot wild se traduit par sauvage non?

Oui mais pas Feral (rires). Autre chose que vous avez écouté cette année et que vous avez aimé ?

Will Young : On a écouté tellement de trucs mais là, maintenant, je ne me souviens d’absolument rien !
Geoff Barrow : Rien qui nous ait marqué je pense… Des vieux trucs.
Billy Fuller : Des BO de films. Comme celle de Johann Johnansson.
Will Young : Mais on a quand même écouté plein de trucs lors des sessions d’enregistrement.

Beak> est un projet qui a plus de dix ans maintenant. Est-ce toujours amusant pour vous ?

Geoff Barrow : Oui, ça l’est, et essentiellement parce qu’il n’y a aucune pression. Ou seulement quand on essaye de faire un morceau et que c’est nul. Mais on s’amuse bien. On se rassemble, on boit des bière, on mange des pasties (fourrés à la viande), des haricots blancs à la sauce tomate, on joue de la musique. Et si ça ne marche pas, on ne se lamente pas.
Will Young : Si rien ne vient, ça restera quand même toujours un des meilleurs jours de ma semaine…
Billy Fuller : …Ou ce sera toujours un B-side potentiel.
Geoff Barrow : …Ou alors, ça restera dans nos têtes durant quelques jours et on pourra toujours en tirer un riff. Ce fera comme office de barrière, on se dira : ‘nous sommes allés dans cette direction… Ca n’a pas fonctionné, allons ailleurs‘.
Will Young : C’est vrai qu’on a parfois eu des journées de merde, mais on a réussi à en tirer des riffs qui ont mené à de super morceaux.
Geoff Barrow : Ou même parfois juste des accords… Le fait d’être trois musiciens ayant passé autant de temps dans l’industrie musicale, et parvenir encore aujourd’hui à aller en répétition et apprécier cela, je pense que c’est très bon signe. On a tous été sous pression émotionnellement quand ce n’est devenu que du ‘business’ ou quand tu dois payer ton crédit hypothécaire. Une pression du genre : ‘Ça doit absolument être bon car il faut rembourser cet emprunt‘. On peut toujours être confronté à ce genre de contexte aujourd’hui, mais Beak> ne sera jamais – même si ça va pourtant beaucoup mieux qu’avant – une réponse à ça. Si tu as des dettes, tu ne vas pas aller jouer un concert avec Beak> (rires). Et c’est ça qui est bon !
Billy Fuller : Il faut dire que, cette année, c’est devenu un peu plus sérieux et on ne sait finalement pas si c’est ce qu’on désire réellement. Dans un sens, quand on était caché, personne ne nous connaissait et c’était bien.
Will Young : Quand je suis arrivé, je ne savais pas quelle forme ça allait prendre. Je ne connaissais pas ces deux mecs-là. Et puis je me suis rendu compte de ce que c’était… En gros, c’est comme quand je jouais avec mes potes dans leur garage… Sauf que maintenant les micros sont vraiment bons (rires).
Geoff Barrow : On a beaucoup de bol parce qu’on connait des gens qui font de la musique et qui n’ont pas du tout cette chance. Ils ont plein de contraintes, ne peuvent pas répéter parce que les gosses doivent aller à l’école, etc.
Will Young : C’est comme ce groupe que l’on connait bien et dont on taira le nom. Ils se détestent tellement qu’ils se foutent des pains dans la gueule sur scène. Eux doivent vivre avec ce genre d’ambiance pendant six mois de tournée.
Geoff Barrow : On s’amuse bien. Il n’y a pas d’énormes attentes alors que c’est justement la norme pour beaucoup d’autres groupes. Planifier pour le marché, tout ça… Nous on s’en fiche. Cet aspect-là, il a disparu pour nous. On a réussi à s’enlever les menottes de l’industrie.

Et vous vivez tous à Bristol ?

Billy Fuller : Bristol oui, mais Will vit à Londres, lui.

Comment vous organisez-vous pour jouer ensemble ?

Geoff Barrow : Quand Matt est parti, Bill et moi nous sommes demandés ce qu’on allait faire. C’est alors que Ben (Blanck Mass) de Fuck Buttons m’a appelé et m’a conseillé quelqu’un. Donc j’ai contacté Will, il est venu et il a joué.
Will Young : J’ai écouté et regardé quelques trucs, puis Geoff m’a appelé deux jours après que Matt soit parti. ‘Est-ce que tu veux te joindre au groupe ? On a des festivals de bookés déjà…‘. Euh, ouais d’accord. (rires)
Geoff Barrow : Ca a été immédiatement amusant et simple.
Billy Fuller : Ouais d‘ailleurs tu as été le seul et unique qu’on a testé. Je ne pense pas qu’on avait la patience de tenter avec quelqu’un d’autre de toute façon. Will était nul mais on n’avait pas le temps ! (rires)
Will Young : ‘Il n’a jamais frappé personne, gardons-le‘.

Je suis curieux d’en savoir plus au sujet du label Invada. Quelle est la dynamique ?

Geoff Barrow : Invada est…. C’est un peu comme Beak>… Nous avons commencé comme un label rock et expérimental. Puis je suis parti en tournée et Fat Paul – qui était mon partenaire – a monté un club dont il était promoteur. Nous devions beaucoup d’argent à un distributeur et les ventes de disques étaient en train de mourir. Ce n’était donc pas une dynamique particulièrement positive. Nous avions un groupe appelé Cripple Black Phoenix qui s’en sortait plutôt bien, puis Fat Paul m’a parlé d’un de ses amis, un certain Redge qui avait eu un label mais qui maintenant était au chômage. L’idée était donc de l’embaucher pour remonter la pente. Ce n’était pas longtemps après la sortie de la bande originale de Drive – le film. Redge m’a donc appelé et m’a demandé si j’avais entendu cette B.O. C’était le cas et je l’avais beaucoup aimée. Il m’a dit ‘Je vais essayer de l’avoir‘, ce à quoi j’ai répondu ‘Ouais, bonne chance‘ parce que c’était déjà sorti en CD et en numérique, mais pas en vinyle. Il a donc contacté le gars de Lakeshore Entertainment qui en avait les droits, et on lui a proposé un deal avec un split 50/50 des revenus. Il était ok, donc on a commencé à presser les vinyles de Drive, on l’a sorti immédiatement et les disquaires l’ont très bien vendu. Après ça, on a fait un jeu vidéo, Far Cry, puis on a commencé à faire des films, à connaître les gens du cinéma chez Netflix, puis à moi-même faire de la musique de film. Comme j’avais fait Ex Machina et d’autres, je pouvais me permettre de téléphoner à d’autres compositeurs et leur proposer de sortir sur Invada.

Il s’agissait de solidifier l’entreprise en fait. Et ça n’a fait que grandir, pas en taille – les bureaux sont tout petits, probablement 25 mètres carrés – mais nous avons aussi un studio sur le côté pour que les groupes puissent enregistrer l’album et le presser immédiatement. C’est vraiment chouette vu le contexte des maisons de disque aujourd’hui. C’est une belle aventure et nous avons tout de suite signé dessus pour avoir le contrôle de ce qu’on voulait faire. Il en est de même pour tous nos artistes. On a aussi The KVB, un duo électronique mixte qui fait de la cold wave et qui a pas mal de succès en ce moment. En tous cas, de notre côté, on n’a aucun meetings avec les managers de playlists Spotify. Pour le meilleur ou pour le pire, on se base uniquement sur la ré-émergence du format vinyle et des magasins de disques qui ont ouvert au Royaume Uni et autour. Et plus spécifiquement sur les gens qui vont dans ces magasins-là le weekend, qui achètent deux albums – un de Roxy Music, un autre de Tangerine Dream – et qui ensuite vont s’en offrir un troisième. Et cette année, pour une raison qu’on ignore, cet album c’est le nôtre ou…
Billy Fuller : Ou le dernier Low.
Geoff Barrow : Ou ce groupe dont on parlait avant ?
Will Young : Ouais, enfin ceux de qui on ne parlait pas justement, tu veux dire ?
Geoff Barrow : Je n’ai pas dit que c’était ceux qui se foutaient des pains dans la gueule (clin d’œil, rires). Plus sérieusement, ce groupe (Ndlr : Parquets Courts) est une des meilleures choses que Danger Mouse ait produit. Il a fait beaucoup de merde, mais ça c’est très bon.
Billy Fuller : Et le nouvel Idles, un autre groupe de Bristol.
Geoff Barrow : Ah ouais, bien sûr !

Ça me parait tellement étrange que les labels soient encore définis par leur pays d’origine. Aujourd’hui, alors que je peux lire une critique d’un journaliste de n’importe où dans le monde et acheter ce que je veux, pourquoi est-ce que les groupes de musique, vous y compris, ne sont pas plus internationaux ? Pourquoi est-ce si difficile pour vous de faire une tournée aux USA par exemple ?

Il y a clairement un problème par exemple si tu considères les copies physiques de vinyles. Tu regardes la France, l’Allemagne, la Belgique : il y a simplement peu de magasins car tout ce que les gens écoutent est en ligne. L’autre chose, c’est que les maisons de disques prennent un gros risque quand il s’agit de sortir l’album d’un nouveau groupe. Ça devient ridiculement risqué. C’est un investissement de dix mille livres. Ca va ensuite chez le distributeur qui doit lui-même faire du bénéfice. Par exemple, pour nous qui sommes chez PIAS qui est basé en France, on a rencontré un disquaire à Lyon qui nous a dit qu’il ne pouvait pas vendre notre disque car la majorité de ses rentrées se font via des vinyles d’occasion, de fausses versions ou des bootlegs moins chers.
Will Young : Ce qui signifie que le disquaire doit visiblement vendre un disque Pias à un prix que personne ne serait prêt à payer vu que les coûts sont trop élevés.
Geoff Barrow : A moins que ça devienne connu. Maintenant, les magasins français veulent bien de nos albums, mais seulement parce qu’ils ont entendu dire que c’était bien et parce qu’on en a déjà vendu quelques-uns en France. Mais c’est la seule raison ! Si on leur avait dit il y a quelques années de mettre leurs billes sur Beak>, ils auraient refusé.

Et au niveau digital alors ? Prenons Parquets Courts justement. Qu’est-ce qui m’empêche, moi qui vit en Europe, d’acheter leurs chansons ou leurs vinyles ? Pour les vinyles, les frais de port peuvent être une raison, mais est-ce qu’une solution ne serait pas d’envoyer des quantités par bateau un peu partout à bas coûts, et ensuite…

Ok, mais il ne faut pas oublier que les magasins n’aiment pas que les distributeurs aient un magasin à eux parce que sinon ils peuvent se prendre une commission supplémentaire. Côté digital, disons que tu aies une chanteuse sur ton label qui parvient à être sur la playlist Sunday Chillout de Spotify, qui en Angleterre est très populaire…
Will Young : 2,5 millions d’écoutes si tu es sur la version américaine.
Geoff Barrow : C’est comme Gym Hits. Des morceaux techno pour aller faire du sport.
Will Young : On est dimanche matin et tu bois ton thé vert Matcha en lisant le Guardian. Là, tu t’en fous des artistes qui passent, puis tu éteins après deux heures et tu dis ‘Wow, super matin. Merci Spotify !‘.
Geoff Barrow : Ils se sont appropriés l’expérience. Le problème, c’est que les gens de l’industrie savent qui sont ces artistes. Vu qu’ils font 2,5 millions d’écoutes, quand un festival cherche à booker quelqu’un, l’agent leur dit ‘mon artiste a fait 2,5 millions de vues‘.
Will Young : Donc il est populaire…

Et qui compile ces playlists ? C’est un algorithme ou alors…

Geoff Barrow : Des gestionnaires de playlists qui travaillent pour Spotify. Ce sont eux les gens les plus importants dans l’industrie de la musique en ce moment. Si Invada était un vrai label, on parlerait certes aux distributeurs, mais la personne la plus importante à qui on parlerait serait un gestionnaire de playlist chez Spotify.
Will Young : Invada pourrait tout simplement dépenser de l’argent, trouver ces gens, et les groupes d’Invada seraient sur ces listes Spotify…Mais bon, c’est n’importe quoi.
Geoff Barrow : De toute façon, la musique alternative ne fonctionne pas vraiment sur Spotify. Les gens ne découvrent pas cette musique-là de cette façon. J’ai aussi lu l’autre jour qu’il y allait avoir un nouvel investissement de la part d’Apple destiné à la musique alternative. Je ne sais pas pour quelle raison, mais apparemment c’est ce qu’ils vont faire. Donc les gens qui disent que Spotify est génial pour se faire découvrir, ce n’est pas vrai pour la musique alternative. Sur Spotify, c’est juste la guitare acoustique et la musique ‘chillout’ qui sont considérées comme ayant de la valeur.

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