A Tant Rêver du Roi, il pourrait décrocher la lune

A Tant Rêver du Roi, il pourrait décrocher la lune

Acteurs de l’ombre, mais néanmoins essentiels même à l’heure ou l’autoproduction (voulue ou forcée) fait tache d’huile, les labels – pour les plus petits d’entre eux – sont souvent le reflet d’un dynamisme local, mais aussi de toute la passion engagée par celui ou celle qui tient les rênes. Loin des considérations financières et marketing, A Tant Rêver du Roi est l’un de ceux que vous croisez régulièrement dans nos pages. Car, depuis 15 ans cette année, la structure paloise incarne la créativité d’une scène rock qui engrange beaucoup plus de kilomètres que de billets de banque et qui, consciente de sa marginalité, ne cesse de la souligner en sortant des disques salvateurs tant ils prouvent à tour de rôle qu’une autre musique est possible. Même loin de la capitale, dans les Pyrénées Atlantiques, là ou 2018 sera une année toute particulière pour ce pôle activiste et son boss, qui passe ici à l’interrogatoire.

A Tant Rêver du Roi fête cette année ses 15 ans d’existence, ce qui commence à être un âge vénérable pour un label. Quels sont les secrets pour durer ?

Stéphane (photo ci-contre) : C’est un peu cliché mais je dirais la passion, rien que la passion, et beaucoup d’abnégation aussi ! Ce n’est pas l’appât du gain qui me fait tenir, ça c’est sûr. (rires)

Si on revient au début, pourquoi avoir monté un label ?

Au démarrage, c’était vraiment pour assouvir un fantasme personnel. Après quelques années passées à travailler dans des magasins de disques et voir passer de superbes objets publiés sur des petits labels, j’ai eu envie d’en faire autant. Les premières sorties étaient aussi pour mon groupe de l’époque, puis le label a vraiment pris une autre tournure.

Est-ce que le fait d’être situé à Pau a eu une influence sur la vie et l’évolution du label ?

Non pas vraiment. Enfin disons que, par rapport à certaines rencontres avec des groupes qui passent par Pau avant d’aller jouer en Espagne ou au Portugal, on peut dire que ça a facilité les échanges et les bonnes découvertes. La scène locale a aussi donné une certaine orientation au label sur les premières années.

Mais le nom A Tant Rêver du Roi ne réfère-t-il pas à ce bon roi Henri IV ?

Je risque de te décevoir mais non, aucun lien avec Henri IV, même si à une époque nous avions un groupe qui s’appelait Ravaillac…

En parlant d’évolution, il y a un moment où les sorties ont été de moins en moins paloise, et de plus en plus nationale, voire internationale…

Oui, en effet. Après avoir d’abord publié les disques des copains, j’ai eu l’opportunité de sortir des albums de groupes français, dont certains que j’aimais beaucoup comme Ulan Bator ou Heliogabale (photo ci-dessous). Je ne pouvais donc pas rêver mieux. Par la suite, au fil des rencontres et des tournées, le catalogue a pris un virage international avec des groupes belges, italiens, anglais, espagnols et luxembourgeois.

A quel moment A tant Rêver du Roi s’est mis à organiser des concerts ? Une logique DIY pour faire jouer les groupes du label et ceux des copains ?

Le premier concert a été organisé en 2005 dans notre local (Le Localypso) pour faire jouer les groupes du label, et par manque de lieu pour se produire sur Pau. C’était aussi une nécessité pour voir les groupes que nous aimions. Nous n’avions pas d’autre choix que d’organiser les concerts nous mêmes pour les voir. Il y a eu de grands et beaux moments dans ce lieu, et aujourd’hui nous poursuivons l’aventure dans notre nouveau local à Jurançon, la Ferronnerie. Nous en sommes à plus de 300 concerts organisés…

Quels sont les groupes que tu es particulièrement fier d’avoir fait venir à  Pau ?

C’est toujours difficile de ne citer que quelques groupes mais, en vrac, je vais citer Triclops, The Robocop Kraus, So So Modern, Shellac, Zu, Elysian Fields, Neptune, Mimas, Zeus, Enablers, Oxbow, Fajardo, Chausse Trappe, No Spill Blood, Za !, Faun Fables, Duchess Says et dernièrement Massicot, un super groupe Suisse.

La prog ATRDR, c’est aussi un festival…

Oui, un festival créé en 2012 pour fêter nos 10 ans. Une grosse bamboule avec plein de groupes qui sont devenus des amis au fil des années, une chenille aussi. Cette année, la 7ème édition du festival aura lieu les 4/5/6 octobre dans notre nouveau QG de La Ferronnerie, ainsi qu’à la Centrifugeuse/ La Maison de l’étudiant avec qui nous collaborons régulièrement.

Qui prend les décisions ? A-t-on à faire à une organisation autocrate ou plutôt démocrate ?

C’est bibi. Pour la programmation, je reste à l’écoute des propositions de l’équipe des bénévoles, mais je sais qu’ils me font entièrement confiance depuis le temps. Par contre, le label, c’est un peu mon bébé et je prends les décisions seul. J’ai plutôt tendance à être control freak.

Le label est aujourd’hui plutôt étiqueté noise. C’est une simple conséquence de tes influences ?

Oui et non, disons que j’aime bien écouter du noise rock mais pas que… Et ça a tendance à m’agacer un peu en ce moment car je trouve ça réducteur de dire que nous ne sommes qu’un label de noise ou de noise rock, comme j’ai pu le lire à droite à gauche ou si j’en crois les mails que je reçois. Si tu regardes bien notre catalogue et que tu écoutes Tom Bodlin, VvvV, Barberos, Bison Bisou (photo ci-dessous), Pyjamarama ou Big Ok pour ne citer qu’eux, tu verras que ce n’est pas vraiment de la noise. Mais les gens aiment bien mettre des étiquettes et des cases, c’est rassurant on dirait.

Mais peut-on quand même affirmer que vous êtes devenus une référence dans le style ?

Tu peux, ça n’engage que toi, même si je suis d’accord ! (rires) Quand je vois les retours que nous pouvons avoir dans les médias et les nombreuses sollicitations de groupes ou de salles, oui, je me dis que nous sommes devenus incontournables dans un certain réseau et une certaine scène. Un travail de fourmi qui porte ses fruits après des années.

Et la noise n’est du coup pas forcement une ligne à suivre dans les choix artistiques… Vous ne vous interdisez rien ?

Non non, au contraire, je reste curieux et ouvert à toute proposition. Et heureusement que nous ne faisons pas que de la noise, ce serait ennuyant au bout de 15 ans ! Mais nous recevons beaucoup de propositions et j’écoute vraiment tout. Même si parfois l’écoute est rapide, je réponds à tout le monde. Il m’arrive parfois de m’interdire de dire oui faute de budget et pour ne pas prendre trop de risques, même si l’envie est là et que j’accroche.

Il y a aussi un goût pour le bizarre, une affection pour les artistes hors normes ?

Ca oui ! J’aime quand ça dérape, quand ça pique, quand ça frotte et quand ça navigue hors des sentiers battus. Il y a tellement de musiciens passionnants qui ont des choses à dire et qui ne sont pas mis en valeur contrairement à beaucoup ‘d’artistes’ ou de produits mis en avant à grands coups de com et de marketing. Alors, nous essayons avec nos petits moyens de propager la bonne parole et les choses qui ont du goût.

Ça fait combien de références sorties en 15 ans ? Lesquelles ont été les plus marquantes ?

Nous en sommes à plus de 75 références depuis la création du label. Pour les moments importants, je dirais la première sortie en vinyle avec le Heavy de Kourgane car ce fût un tournant pour le label après avoir passé quelques années à publier des CD DIY faits main. Au départ, je réalisais des packagings originaux pour essayer de me démarquer avec l’arrivée du streaming et d’internet. Le premier album de Francky Goes to Pointe à Pitre a aussi donné plus de visibilité au label. Dernièrement, les albums de Mnemotechnic, Bison Bisou, Grauss Boutique ou It It Anita (photo ci-dessous) sont pour moi ce qui se fait de mieux en France en ce moment dans un style indie rock, post machin truc…

ATRDR, c’est aussi une esthétique, du visuel, des affiches, du packaging soigné… 

Oui, nous accordons une place importante aux visuels. Pour les pochettes de disques en général, les groupes travaillent avec leur propre graphiste ou leur réseau. Par contre, pour les posters ou les plaquettes de nos soirées, nous travaillons depuis pas mal de temps avec Yoan Puisségur, illustrateur, tatoueur et fin guitariste à ses heures perdues. Une amitié de longue date.

Comment va le label aujourd’hui ? Comment se présente la suite ?

Bien, je te remercie. J’ai trouvé un rythme de croisière depuis 2 ou 3 ans avec 5 à 10 sorties par an. Comme je suis seul à bosser sur le label et que tout ça est assez chronophage, je ne peux pas faire beaucoup plus. Je commence aussi à travailler avec des attachés de presse pour certaines sorties quand le budget me le permet. Sinon cette année, nous allons sortir le premier album de Braziliers (trio composé de Ropoporose et Piano Chat), le deuxième de Francky Goes to Pointe à Pitre, le premier long de Ingrina, un groupe de Tulle avec deux batteries, trois guitares et une basse. Une musique bien dense.

Et quel est le programme des festivités ?

Nous allons donc fêter nos 15 ans tout au long de la saison avec comme point d’orgue le festival A Tant Rêver Du Roi qui changera de période pour l’occasion. Il aura lieu début octobre. D’ici là, nous allons multiplier les soirées à la Ferronnerie mais aussi avec nos partenaires, La centrifugeuse, le Festival Rock this Town, le Festival BD Pyrénées et L’Atelier du Neez à Jurançon.

PLAYLIST COMMENTÉE
  • FINE - BISON BISOU
  • SECRETS - PYJAMARAMA
  • CASH COW - BLACKLISTERS
  • LOVE SICK - TOM BODLIN
  • BREATHER - MNEMOTECHNIC
  • OVCARA SUNFLOWERS - KOURGANE
  • IT'S YOUR NIGHT - BIG OK
  • SLUGS - VvvV
  • THE END - PAMPLEMOUSSE
  • ANTHEM - GRAUSS BOUTIQUE
  • MISSY & THE SAVIOUR - ULAN BATOR
  • EVENING - CHAPTER TWO - SHUB
  • APNÉE - PISCINE
  • EPROUVETTE - CALVA
  • LE SOLEIL DES ANTILLES - FRANCKY GOES TO POINTE A PITRE
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BISON BISOU – Fine
Une des sorties de 2017 dont je suis le plus fier et que j’écoute très souvent. Une énergie débordante et une production impeccable sur ce titre entre post-punk et indie-rock.
PYJAMARAMA – Secrets
Une chanson imparable, des harmonies de voix aux petits oignons, et des riffs entêtants. Un mix qui fait mouche entre pop, math-rock et rock foutraque.
BLACKLISTERS – Cash Cow
Peut être ce qui se fait de mieux en matière de noise rock/hardcore en Angleterre avec leurs potes d’Usa Nails. Les dignes rejetons de The Jesus Lizard. Incisif et percutant.
TOM BODLIN – Love Sick
Une belle sortie en co-prod avec les amis de Kerviniou Records à Rennes, entre Tom Waits et Captain Beefheart. La beauté.
MNEMOTECHNIC – Breather
Intense et puissant, une grosse claque quand j’ai écouté le master final pour la première fois. Je me souviens avoir été bien scotché sur les morceaux et sur la production de Thomas Poli.
KOURGANE – Ovcara Sunflowers
Impossible de ne pas mettre un morceau de Kourgane, c’est la famille. Mais j’étais bien emmerdé pour en choisir un, celui-ci me plait pour son coté animal.
BIG OK – It’s Your Night
Un groupe vraiment atypique et difficile à décrire. Une formation de Barcelone autour d’une batterie, violon, guitare bricolée et chant. Une vraie belle rencontre et une grosse claque en concert.
VvvV – Slugs
J’adore ce duo, et j’écoute leur album très souvent, c’est bourré de tubes. Ce morceau est bien catchy avec des synthés ‘à la Suicide’, et une boite à rythme qui martèle. Mon fils est fan de ce groupe.
PAMPLEMOUSSE – The End
Un groupe de l’île de la Réunion qui m’envoie un album et une bio disant : ‘quelque part entre Unsane, RL Burnside et Georges Michael…‘. Ça donne envie d’écouter. Résultat, j’ai dit oui au bout de trois morceaux…
GRAUSS BOUTIQUE – Anthem
Trio rock instrumental originaire de Tours avec un coté math-rock mais sans être chiant. Ca avance, ça transpire et ça groove.
ULAN BATOR – Missy & The Saviour
Une sortie un peu particulière pour moi car j’écoutais ce groupe il y a 20 ans, et je n’aurais jamais imaginé sortir un album sur mon label. J’apprécie le travail d’Amaury Cambuzat de façon générale.
SHUB – Evening – Chapter Two
J’ai pu partir en tournée avec eux en Espagne et tous les soirs il se passe quelque chose. C’est un groupe vraiment attachant. Ce titre n’est peut être pas leur plus gros tube, mais je l’aime beaucoup.
PISCINE – Apnée
Du rock à moustache avec de bon gros riffs, une rythmique qui danse et qui file tout droit. Ce sont des amis, j’ai pu donc les voir pas mal de fois en concert, c’est toujours super efficace.
CALVA – Eprouvette
Je n’étais pas chaud pour mettre un titre de Calva dans cette playlist, mais finalement je fais un peu d’auto-promo pour mon groupe avec cet extrait de notre deuxième album.
FRANCKY GOES TO POINTE A PITRE – Le Soleil des Antilles
Les copains de Francky, la caution soleil et palmiers du label. Ca joue collé-serré et ça balance un rock bien chaloupé. Parfait pour ambiancer.

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