Cat Power en 10 titres et pas un de plus

Cat Power en 10 titres et pas un de plus

Chan Marshall est un personnage, un vrai, complexe et beau, nettement moins saisissable que sa musique. Car si Cat Power a su – dès ses débuts marqués du sceau du minimalisme, du dépouillement et de la mélancolie – se faire aimer des adeptes d’indie-folk, c’est aussi par ses réactions imprévisibles, sa timidité quasi maladive l’ayant déjà poussée à jouer dos au public, ou ses élans dépressifs la plongeant jusque dans l’alcoolisme et la drogue, que la native d’Atlanta s’est faite un nom. On vous l’accorde, le tableau dressé en guise d’introduction n’est pas très reluisant, mais la romantico-tragique Chan Marshall est tout cela à la fois : un yin et un yang indissociables qui trouvent leur attachement jusque dans sa plus tendre enfance, et sans lesquels cette songwriter exceptionnelle serait probablement devenue ‘une serveuse partagée entre peinture et karaoké‘.

Née en 1972 à Atlanta, Charlyn Marie Marshall fut brinquebalée de ville en ville tout au long d’une jeunesse durant laquelle elle a connu le divorce de ses parents, sans jamais rester assez longtemps au même endroit pour pouvoir se faire un cercle d’amis. A l’âge de 16 ans, entretenant une relation trouble avec sa mère, elle lui tourne le dos (durant huit ans sans recréer de véritables liens ensuite, ndr), et part vivre avec son père musicien au moment où celui-ci refaisait sa vie sans vraiment lui laisser la place qu’elle méritait. C’est donc seule, quatre ans plus tard, que Chan fuit sa ville natale pour New York ou, portée par la tendance expérimentale du moment, elle croise rapidement la route de Tim Foljahn (Two Dollar Guitar) et Steve Shelley, batteur de Sonic Youth, à l’occasion de quelques concerts semi improvisés

De cette rencontre naissent les deux premiers albums de Cat Power, Dear Sir et Myra Lee, puis Chan Marshall signe chez Matador. Triste sans être déprimant, son indie folk convainc toujours plus au fil des albums (What Would The Community Think? en 1996, Moon Mix en 1998), y compris lorsqu’elle se plonge dans l’exercice périlleux mais très réussi de la reprise (The Cover Record en 2000). Mais c’est en 2003, à la parution du plus rock et raffiné You Are Free ou l’on peut croiser Dave Grohl et Eddie Vedder, que Cat Power prend une dimension internationale, et ‘défend’ son disque en tournée alors qu’une rupture amoureuse la plonge pour de bon dans l’alcool, la cocaïne et l’isolement. Hospitalisée en 2005, Chan Marshall peine à remonter la pente, sort The Greatest en 2006 en compagnie des musiciens d’Al Green et Booker T. & The MG’s, mais interrompt ses concerts avant de les reprendre en meilleure forme quelques mois plus tard.

Peu de temps après ses premiers pas au cinéma dans le film My Blueberry Nights, Jukebox – deuxième volume de reprises toujours interprétées de manière radicalement différente que les originaux – voit le jour en 2008. Quatre ans plus tard, et quelques mois seulement après sa séparation avec l’acteur Giovanni Ribisi pour lequel elle avait volontairement mis la musique entre parenthèses, Cat Power offre avec Sun, plus électronique et spirituel, un visage inédit de sa musique. Ce qui nous mène à Wanderer, dixième long format produit par ses soins et sorti ce 5 octobre 2018 après un travail de composition débuté en 2016. Désormais signée chez Domino chez qui elle trouve refuge suite à un désaccord artistique avec Matador qui voulait l’entendre sonner comme Adèle, Cat Power opère un brillant retour au songwriting qui a fait sa renommée. Comme une boucle bouclée que l’on vous invite à retracer le temps de dix titres, et pas un de plus.

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